I. Peleclio, p
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Marie et Bothwell) revint à Craigmillar. Ils commencèrent à raisonner sur le divorce entre elle et le roi son mari; et ils restèrent là jusqu’au 3 décembre. Pendant ce temps , le roi , vint do Stirling et se présenta devant elle ; il fut repoussé. » Tout est imposture; impostures de dates : le 17 novembre, Marie était à Coldingham ; le 20 seulement à Craigmillar. Elle quitta ce dernier château non le 3 décembre, mais le 5 au plus tôt, et le 7 peut-être1. Impostures de faits : la lettre de Lethington du 19 novembre et celle de sir John Forster établissent que la reine ne voyageait pas seule à seule avec Bothwell , mais accompagnée de ses ministres et de la noblesse du pays environnant. Si elle raisonne divorce en compagnie de Bothwell, pourquoi repousse-t-elle, plusieurs jours après, la proposition que ses ministres, Bothwell compris , lui présentent, proposition qui aurait dû combler ses vœuxï — Üarnley ne vint pas de Stirling, mais de Glasgow, qu’il habitait avec son père, nous l’avons vu. Il ne fut pas repoussé, repulsit, suivant la formule consacrée dans le journal, ce qui veut dire exclus sur le champ ; mais il fut reçu , puisqu’il resta du 26 novembre au 3 décembre, et s’en alla volontairement: témoin, du Croc. On ne saurait souhaiter un échantillon plus complet du système de mensonge employé contre la malheureuse reine.
Lethington et ses associés abandonnèrent le divorce. Ce n’était pour eux qu’un moyen et non pas un but. Ils résolurent de tuer celui qu’ils ne pouvaient dégrader du trône , de même qu’ils avaient déjà voulu l’assassiner pour l’empéchcr d’y monter. Sir James Balfour, un des meurtriers du cardinal Beaton, vingt ans auparavant, rédigea un band portant : « qu’attendu qu’il était jugé convenable et trèsutile au bien public, par toute la noblesse et les lords soussignés, qu’un jeune fou et un tyran de cette espèce ne régnât,
I. Chalmer», t. I, p. 302; t. Il, p. 640. — Miss Strickland, t. V, p. 59, 61. Rappelons-nous aussi que du Croc, écrivant le 2 décembre, dit que le roi doit quitter Craigmillar le lendemain, et ne fait pas mention d’une intention semblable chez la reine.
ni n’exerçât le pouvoir sur eux : pour divers motifs, ils avaient résolu de s’en débarrasser par un moyen ou par un autre. En conséquence, ils étaient convenus de défendre et de soutenir quiconque se chargerait de l’exécution , le fait de chacun d’entre eux étant réputé le fait de tous1. » Huntly , Argyle , Lethington signèrent l’acte qui (ut remis à Bothwell, pour lui servir de garantie; car c’était lui qui prenait en main ce triste exploit. Ne peut-on pas dire que la teneur du band démontre assez que la reine y était étrangère? Sans «cela, on n’eùt pas manqué de se targuer de son nom et de l’y compromettre. Une autre circonstance met bien en lumière l’origine et le vrai caractère du fait. Un certain Archibald Douglas qui, exilé avec Morton pour le crime du 9 mars, avait obtenu son pardon, grâce à Charles IX et à l’ambassadeur français Castelnau, fut à cette époque envoyé en Écosse .par Morton, Ruthven et Lindsay, auprès des comtes de Murray, d’Athol, de Bothwell, d’Argyle et du secrétaire Lethington , atin de les prier de s’employer à leur rappel. La réponse des ministres fut qu'ils avaient jugé à propos de se réunir en une ligue et confédération avec quelques autres nobles, pour refuser l’obéissance au roi dont ils étaient las; que si Morton et ses amis voulaient entrer dans cette ligue , ils s’emploieraient à obtenir leur pardon ; mais qu’ils n’agiraient pas avant de savoir leurs intentions à ce sujet. Ils assignèrent pour délai le baptême prochain du prince royal. Archibald , n’ayant pas d’instructions pour cette ouverture imprévue, retourna près de Morton à Newcastle, où il va sans dire que son message ne rencontra point d’objections1. La chose est donc bien claire. Le complot contre Darnley, commencé dès l’an 1565, est un complot aristocratique, conçu et tramé en dehors de la reine.
La reine quitta Craigmillar pour Holyrood vers le 7 dé-
1. Miss Strickland, t. V, p. 57, 58. — Chalmers, t. Il, p. 300 et noie *;
2. Lettre d' Archibald Douglas à Marie Stuarl , avril 1584. Dans Robertson , pièces historiques, ir 4".
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cembre; et Holyrood, pour Stirling, le 10 du môme mois'. C’est dans cette ville qu’elle voulait baptiser solennellement son fils. Elle parvint à ramener son mari de la maison de Willie Bell qu’il occupait, dans le château, près d’elle. Cela était plus convenable que de donner aux envoyés étrangers la preuve palpable des dissentiments qui régnaient entre les deux époux. Ce n’est pas là l’opinion du Journal de Murray : « 5 décembre. Ils allèrent à Stirling; elle tira le roi de son logement dans la maison de Willie-Bell pour le mettre au château, dans l’endroit le plus obscur. » La date est fausse. Us, c’est toujours le couple , la reine et Bothwell. Il semble que l’Ecosse soit vide autour d’eux, que les voyages d’apparat au travers des provinces , que les fêtes nationales les plus éclatantes et les plus attendues, ne soient que des tête à tête de débauche.
La baptême fut célébré avec beaucoup de pompe, le 17 dé-, cembre 1566, dans la chapelle du château de Stirling. Le roi de France et le duc de Savoie, parrains, étaient représentés, le premier, par le comte de Brienne ; le second , par du Croc, en l’absence de l’envoyé piémontais, comte de Moretta, qui n’était pas encore arrivé. La reine d’Angleterre, marraine, avait délégué le comte de Bedford , et plus particulièrement la comtesse d'Argyle pour la participation religieuse à la cérémonie. Bedford apportait en présent d’Élisabeth un riche bassin de vermeil qui servit à baptiser l’enfant par immersion. La cérémonie fut faite selon le rite catholique, par l’archevêque de Saint-André, assisté des évêques de Dunkeld et de Dumblane. Darnley n’y voulut point paraître; en revanche, d’après Buchanan, Bothwell aurait paru beaucoup trop.
Sur la foi de cet écrivain et d’une lettre de sir John Forster, mentionnée dans Tytler, M. Mignefa dit : » Bien qu’elle (la cérémonie religieuse) s’accomplît selon le r ite catholique par l’archevêque de Saint-André, ce fut le protestant Both-
t. Cbalmers, II, p. 540. — Miss Strickland, V, p. 63.
well qui la dirigea Darnley n’y parut point , quoiqu’il fût au château de Stirling. Irrité tout à la fois et confus, il avait menacé deux jours auparavant de partir. Il resta néanmoins, mais il s’enferma chez lui pendant le baptême et les
fêtes qui le suivirent L’humiliation ne pouvait pas être
plus grande. Le roi était méprisé au milieu de la cour, le père n’avait pas de place au baptême de son fils » (I, p. 254) ; c’est-à-dire que Marie Stuart afticha son mépris éhonté des devoirs de la famille, dans la circonstance où ils s’imposent à une mère plus touchants et plus sacrés; que Darnley irrité d’un tel affront s’exclut lui-même delà fête, offensé également comme roi et comme père.
Examinons : A défaut du texte de la lettre de sir John Forster, que Tytler ne reproduit pas, remarquons que l’officier anglais n’était pas présent à Stirling; il écrit de Berwick et ne sait les choses que de seconde main. La date de la lettre, dans l’historien écossais, est du 1 1 décembre, antérieure de six jours au baptême ; l’indication se rapporte donc au gros des préparatifs dont Marie, souffrante et délaissée de Darnley, aurait délégué la surveillance au comte de Bothwell. Il s’agirait de la réception à faire aux étrangers; pas du tout de l’acte religieux. Ce renseignement, fût-il ce que l’on dit, ne saurait prévaloir contre deux documents authentiques, émanés de témoins oculaires. Une chronique du temps, The Diurnal of Occurrenls (Journal des événements) , très-précieuse pour son exactitude à relater les dates et les détails *, décrit l’ordre dans lequel le cortège se rendit à la chapelle: D’abord, les représentants des parrains et marraine, avec le jeune prince dans les bras du comte de Brienne ; immédiatement après, le comte d’Athol, portant le cierge d’usage; le comte d’Églinton, le sel ; lord Sempill, le chrémeau (bonnet destiné à l’enfant); l’évêque de Ross, les fonts. — Et Both-
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t. Tytler, Histoire cC Écosse, Edimbourg, 1845. t. V, p. 369 : « On remarqua que Bothwell, bien que protestant, fut chargé de la disposition de la cérémonie (the arrangement of tlie ceremony). »