Tyller, t. V, p. 82, 91 , édit
COMMENCEMENTS DE BOTHWELL
lions , une flexibilité d’esprit qui le mettait au niveau de chacun sur quelque terrain que ce fût’, le plaçaient, de l’aveu des Anglais, au premier rang des hommes d’Etat. Mais, ainsi que la plupart de ses contemporains , et tout converti qu’il était, il n’avait ni foi, ni loi. Le besoin de l’intrigue, plus peut-être encore que la méchanceté, le poussa dans les rangs de l’aristocratie. Une fois là, il devint l’un des ennemis les plus funestes de Marie Stuart, qu’il mena au précipice avec un art diabolique. Son adhésion aux trames de 1559 resta secrète d’abord ; il demeura dans les conseils de la régente pour la trahir plus utilement’. Le complot avait trois objets : achever la destruction de l'Eglise catholique; renverser la régente et chasser les Français de l’Écosse. Il éclata le 15 octobre. Mais quand la Congrégation eut, avec les douze mille hommes qu’elle avait réunis, occupé Edimbourg, constitué deux conseils pour les affaires de politique et de religion , déclaré Marie de Lorraine suspendue de la régence (21 octobre) et qu’elle en vint à l’attaque des retranchements de Leith , elle trouva l’entreprise au-dessus de ses forces. L’argent manqua de nouveau.
Elisabeth, malgré les instances et les représentations de Cécil , qu’il valait mieux soudoyer la guerre en Ecosse que de s’exposer à l’avoir chez soi , ne se décidait pas à fouiller dans ses coffres. Cependant elle y puisa enfin mille livres sterling. Déjà John Cockburn d’Ormiston , porteur du précieux subside, avait gagné Hadington sans encombre, sur le chemin d’Kdimbourg , lorsqu’il tomba entre les mains de Bothwell, qui intercepta la somme tant désirée (commencement de novembre 1559) : amer désappointement que ne pardonnèrent jamais ni l’avare Élisabeth, ni les avides rebelles. Honni dès lors dans les correspondances anglaises, Bothwell n’y figura plus que sous les traits du réprouvé.
1. Il avait embrassé le calvinisme en 1555, et disputé sur la foi en si bon théologien, que Knoi se félicita d'avoir converti plus habile que lui. (Chalmers, t. III, p. 530.) î. Tytler, t. V. p. 101, édit. 1845.
Après cette mésaventure, les membres de la Congrégation, battus dans deux sorties de la garnison de Leith, se prirent d'une telle frayeur qu’ils s’enfuirent d’une traite jusqu’à Stirling. Ils dépêchèrent près d’Élisabeth, Maitland de Lethington, passé ouvertement de leur côté depuis peu. L’adroit négociateur vainquit les incertitudes de la reine d'Angleterre (novembre-décembre 1559); on posa les bases d’une alliance d’où fut exclu soigneusement le mot même de religion. Il ne fut parlé que de la tyrannie de la France et de son intention évidente de conquérir l’Ecosse et de détrôner finalement Élisabeth. Tytler ne peut pas s’empêcher ici de remarquer que le parti religieux d’Écosse acceptait de l’orgueilleuse reine un rôle bien modeste1. Ces préliminaires aboutirent au traité de Berwick (27 février 1560), alliance offensive et défensive entre Élisabeth et les lords, pour l’expulsion des Français. La reine d’Angleterre, afin de ne pas paraître patronner des rebelles, fit insérer que les lords agissaient pour leur souveraine, et qu’ils continueraient à lui obéir en tout ce qui ne serait pas incompatible avec les antiques droits et libertés du royaume: phrase élastique, propre à recéler sous un voile de légalité tous les prétextes de refus d’obéissance.
Toutefois malgré la coopération d’une flotte et d’une armée anglaises, la garnison de Leith maintint sa gloire; deux fois elle bouleversa les travaux ou repoussa les assauts des assiégeants. Alors Élisabeth dégoûtée, Marie de Lorraine qui se mourait de consomption, Marie Stuart et François II ou pour mieux dire les Guises, contre qui la conjuration d’Amboise venait d’éclater en France (mars 1560), souhaitèrent la paix en Écosse. Elle fut signée par Jean de Montluc, évêque de Valence, et la Rochefoucauld, seigneur de Randan, au nom de la cour de France, par Wotton et Cécil, au nom d’Élisabeth. Ce dernier prit sur le terrain des affaires , où il était maître passé, la supériorité que les armes de sa