‹ Marie Stuart et le Comte de BothwellChapitre 70 sur 257 · Chalmer*, t. II, p. 545, note l · texte numérisé non relu

Chalmer*, t. II, p. 545, note l

LES ASSISES I)E JEUBUROH

nous y engager et de marcher vers la catastrophe désormais imminente, jetons un coup d’œil en arrière sur le chemin parcouru. N’est-il pas évident que les faits antérieurs, et particulièrement ceux de l’année 1 566, ont été falsifiés par les ennemis de Marie Stuart? Ils ont dit qu’à partir de l’assassinat de Riccio, elle avait tout mis aux pieds de Bothwell : dignités, argent, crédit, et son propre honneur. Nous avons démontré qu’il tenait presque toutes ses dignités de ses ancêtres; qu’après les plus grands services, il reçut de la reine seulement la capitainerie de Dunbar ; en argent, des avantages de peu d’importance. Quant à son crédit, que Murray, son ennemi, l’emporta dans toutes les luttes d’influence; quant à son empire sur le cœur et les sens de Marie, que les faits allégués sont calomnieux, et pour le voyage d’Alloa, et lors du séjour à Edimbourg en septembre, et lors de la course de l’Ermitage, et pendant le séjour de Jedburgh, pendant le voyage de Jedburgh à Craigmillar, et lors du baptême du prince royal, et durant le mois qui suivit. Pas une des assertions de Buchanan, source première de ce flot d’infatnies, qui supporte le grand jour. Nous avons eu la bonne fortune de voir les faits racontés dans leur simple vérité, au moment où ils avaient lieu, par les mêmes hommes qui, plus tard, les ont travestis (ainsi le voyage de Jedburgh à Craigmillar) ; et, par là, le secret de leur tactique est mis à découvert. Il est donc permis de l’affirmer : au commencement de 1567, Marie Stuart est toujours pure et irréprochable dans ses mœurs.

Reste cependant à éclaircir un point que nous n’avons pas encore discuté. L’accusation portée contre la royale victime est double : amour désordonné pour Bothwell, haine implacable contre son mari. Tel abandonnerait le premier grief, qui soutiendrait le second. En effet, on comprendrait sans peine que la femme de Darnley, après le rôle abominable de celui-ci dans le meurtre de Riccio , n’eût jamais voulu le revoir, et en eût gardé une colère sans fin. C’est sur une telle supposition, conforme à la nature humaine, qu’on bâtit sans

ET LE BAPTl'ME DU PRINCE ROYAL. 153

invraisemblance apparente la complicité de Marie Stuart dans le châtiment du coupable. Ulcérée jusque dans les derniers replis du cœur, elle fut, dit-on, imperturbable à dissimuler pour le mener traîtreusement vers l’expiation. — D’abord , nous prétendons que rien, dans le caractère de la reine, n’autorise un raisonnement de ce genre. On peut citer d’elle des traits de clémence et de générosité ; où sont ceux de méchanceté Y;t de rancune? On répond que, par la suite, en 1571, elle manifesta de la joie du meurtre du comte de Murray ; plus tard encore, en 1582, de la mort du prince d’Orangc dans les Pays-Bas ; qu’elle peut donc « être regardée comme capable d’avoir trempé dans un crime qui la débarrassait d’un mari contre lequel elle avait d’ailleurs tant de justes motifs d’aversion et de haine ‘. » Nous croyons que, pour apprécier la reine d’Écosse au commencement de 1567, il ne faut pas regarder ce qu’elle put devenir après des années de captivité et d’atroces souffrances, ni juger le fond et l’essence de son âme par quelques bouffées d’exaspération longtemps après les événements qui nous occupent ; il faut la considérer avant l’année 1567, et voir ce quelle venait d’être pendant les vingt-quatre premières années de sa vie, pour conjecturer équitablement ce qu’elle était en entrant dans la vingtcinquième. Or, nous l’avons trouvée généreuse partout et toujours. A Murray, à Lethington, à tant d’autres qui ne vécurent que pour la trahir, elle rendit leurs biens et leurs dignités, elle rendit sa confiance, dès qu’ils simulèrent le repentir. Que ce fût l’effet d’un calcul, pour se concentrer sur le soin de creuser la fosse de son mari, cela supposerait un esprit de suite , une raideur et une énergie de volonté qu’elle n’avait pas; une immoralité féroce, dont sa jeunesse, aimante et douce, n’a pas donné un seul indice. 11 faudrait qu’elle fût la femme dont Buchanan a tracé le portrait; portrait dans lequel tout est faux. Sortons, au reste, de ces observations générales, et cher-

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