Miss Strickland, t. IV, p. 325, d’aprés Adam Blackwood
2. Ce précieux document existe. Miss Strickland en a eu communication et en a donné une analyse étendue, I. V, p. 200 et suiv.
avec lequel je fus épousée. » De l’autre côté, un peu plus bas : « Pour le roi qui me le donna1 2. » N’est-ce pas une de ces preuves tout intérieures que nous cherchons ?N’ est-ce pas le cœur qui s’ouvre de lui-même ? La crise suprême approchant où elle va peut-être laisser sa vie et celle de son enfant, que son mari leur a arrachée à moitié, au moment de paraître devant le tribunal divin, recueillie dans le secret de ses pensées et de sa conscience, elle le comble de présents; elle fait plus : elle lui rappelle par le gage muet de leur union, les doux et passagers instants de leur amour. Dites 1 si c’est une vengeance, quelle est loin de l’explosion de Kirk-of-Field !
Bothwell ligure pour un diamant monté sur émail noir et un autre bijou de deuil, appelé « enseigne, » composé de onze diamants et d’un rubis. Murray, Huntly, Argyle sont traités beaucoup plus libéralement.
Après ce testament, les elforts de Marie, soit par elle-même, soit par l’intermédiaire de du Croc, pour ramener Darnley pendant l’automne de 1566 ; le violent chagrin que lui cause l’obstination du jeune homme; le refus qu’elle oppose à ceux qui lui offrent de briser son mariage, sont autant de signes d’une disposition persistante à aimer et à pardonner.
Citons encore deux faits qui ont une étroite relation avec ce sujet, bien qu’éloignés en date. Au mois d’août 1586, Élisabeth lit saisir inopinément à Chartley les joyaux, la vaisselle, les papiers , les cassettes de sa captive. Parmi ce honteux butin, on ramassa plusieurs petites boites d’or en forme de livres. Elles s’ouvraient, et laissaient voir deux ou trois miniatures, entr’autres celles de François II, le premier époux tant regretté; et dans une sorte de tryptique, Darnley, Marie, avec leur fils au milieu*. Conçoit-on, si elle avait eu à se reprocher de la haine et une part dans le meurtre de celui
1. Miss Slrickland conjecture avec vraisemblance que cet anueau était celui du mariage secret, qui précéda le mariage solennel où Marie porta trois bagues très- riches.
2. Miss Slrickland, t. V, p. 223: t. Vil, p. 409. — LabanofT, t. VII, p. 242 et suiv. : Inventaire des objets saisis à Chartley.
LES ASSISES DE JEDBUKGII
qu’elle appela toujours « feu son seigneur, le roi Henri , » conçoit-on qu’elle eût gardé précieusement cette triple image pendant vingt années de tortures ? qu’avide de consolations et de force parmi ses angoisses, elle embrassât du même regard et l’enfant qu’elle chérissait, et le mari qu’elle aurait trahi et assassiné ?
Il y a quelques années, on trouva dans les ruines du dernier séjour de Marie, le château de Fotheringay, où la hache finit sa captivité, un cachet en forme d’anneau, portant d’un côté le lion d'Ecosse sur un écusson avec ces mots: «Henri L. (lord) Darnley, 1565, » et à l’opposite, les initiales M et H réunies en monogramme Ce bijou ne ligure point dans le minutieux inventaire de 1586 dont nous venons de parler, que les Anglais dressèrent en l’absence delà reine d’Ecosse, ni parmi les objets qu’elle avait répartis entre sesserviteurs,espérantlessoustraireaux recherches, et qu’elle destinait pour son üls, ses parents et ses amis. Il faut donc penser qu’elle le portait habituellement au doigt. Comment fut-il perdu ? est-ce dans l’agonie, au billot, qu’il lui glissa de la main? fut-il entraîné avec les sanglantes épaves de l’exécution? quelle preuve plus parlante de la pureté du souvenir chez la malheureuse reine? Aurait-elle en quelque sorte appelé Darnley comme témoin et soutien de l’heure suprême', si elle avait mis le crime entre elle et lui ? Quoi qu’il en soit, jusqu’au bout sa prison parle de Darnley. Jamais, au contraire, le nom ou l’image de Bothwell. Jamais on n’a dénoncé dans les nombreuses saisies de ses joyaux en Écosse et en Angleterre, un seul memento de Bothwell, aucun de ces clairs indices des attachements du cœur. L’animosité implacable de Marie contre Darnley est une fable , comme sa passion pour le comte.