‹ Marie Stuart et le Comte de BothwellChapitre 78 sur 257 · I. Mi3s Stricklami, t. V, p · texte numérisé non relu

I. Mi3s Stricklami, t. V, p

cembre 1568, devant les commissaires anglais, il avait rédigé tout cela dès le mois de janvier 1567 à l’intention du comte de Lennox, mot pour mot, et son dialogue avec la reine en avant de Glasgow, et les conversations sans témoins * que Darnley lui avaient racontées. Si, au contraire, nous nous en rapportons à la lettre de juin 1568, qui nous découvre le fond vrai des choses, nous avons le droit de conclure que le fameux manuscrit de janvier 1567 n’existait pas, et que ce fut seulement à l’approche des conférences d’Angleterre, qu’on le rédigea par un travail en commun. Quand donc, six mois après les instructions de son patron (juin-décembre 1 568), Crawford joindra triomphalement son témoignage conforme à celui de la Detectio, du journal de Murray, et des lettres de Mûrie Stuart à Bothwell, nous en déclinerons l’autorité comme d’une pièce fabriquée après coup*.

11 est un autre genre de preuves qui aurait pesé davantage dans la balance. Puisqu’on disait que l’épouse avait abreuvé son mari de mépris et d’affronts domestiques, Lennox avait dû recevoir les plaintes d’un fils qui ne se contraignait guère sur ses mécontentements. N’aurait- il pas édifié l’opinion en publiant quelque lettre de l’infortuné jeune homme, le cri d’un cœur qui succombe sous l’outrage? Apparemment on ne trouva rien dans les papiers de Darnley pour incriminer les mœurs de sa femme. Il ne sera fait mention que d’une seule lettre du fils au père sur Marie, et celle-là, écrite peu de jours avant la catastrophe, respirera l’amour.

1. Crawford paraît avoir été l’un de ces hommes effrontément audacieux que les chefs de parti lancent en avant pour désigner les victimes. Plus tard, la chute de Marie consommée, Maitland et Murray se brouillèrent. Le second attira le premier & Stirling par de feintes caresses, sous prétexte d’une séance du Conseil privé (août 1569). Soudain Thomas Crawford entre dans la salle et déclare au nom du comte de Lennox qu’il accuse Maitland d’étre l'un des assassins du roi (ce qui était vrai). Murray fait arrêter le secrétaire et fixe le jour du procès. Mais l’énergie de Kirkaldy de Grange, ami de Maitand, et la mort prématurée de Murray sauvèrent l’accusé pour un temps. Pendant l’interrègne qui sépara la fin de Murray de la régence de Lennoi, Maitland subit un simulacre de jugement le 14 février 1570. Crawford ne parut plus dans l’affaire. (Goodall, t. I, p. 397-398; Chalmers, t. III, p. 579 et suiv.)

De la source qui produisit la déposition de Crawford, la Üelectio et le journal de Murray, sortirent également les lettres de Marie Stuart à Bolliwell.

Ces lettres sont au nombre de huit : les quatre premières, écrites pendant le voyage de Glasgow, janvier 1567 ; les trois suivante, de Stirling, avril 1567, immédiatement avant l'enlèvement de la reine par Bothwell; la dernière, sans indication de temps ni de lieu, et dépourvue de signification. Viennent ensuite deux conlrats ou promesses de mariage entre les deux amants; enfin, douze pièces de vers appelées les sonnets, adressées, comme les lettres, à Bothwell. L’authenticité des unes et des autres est un des grands problèmes de l’histoire moderne. C’est avec les lettres que l’on a marqué Marie. Sluart du stigmate du crime. Les lettres à la main, on sanctionne les noires trahisons sous lesquelles elle succomba. A peine le juge qui lui signifie sa condamnation laisse-t-il échapper quelques mots d’ironique pitié.

Nous soutenons qutP’ces lettres ont été forgées. D’abord un premier motif général : c’est que les faits qu’elles viennent étayer sont faux. N’avons-nous pas établi jusqu’ici que Marie Stuart n’était pas la maîtresse de Bothwell, qu’elle ne ressentait pas à l’égard de son mari la haine qu’on lui attribue, que les faits prétendus d’amour et d'animosité dont ces allégations s’autorisent, sont controuvés ou totalement dénaturés? Par conséquent, les lettres que produit l’accusation ne peuvent pas être authentiques, puisqu’elles énoncent des actes et des sentiments en contradiction directe avec la vérité. Elles ne sauraient être autre chose qu'une des parties du vaste système de calomnies que nous voulons percer à jour.

Si, maintenant, on les examine de près, on apercevra partout et à chaque instant, soit dans leur origine et leur contenu, soit dans les pièces destinées à les compléter et à les appuyer, des difficultés et des impossibilités de tout genre, dont la fraude, quelque habile qu’elle soit, ne saurait se garantir dans une entreprise aussi compliquée.

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D’abord, rien de plus ténébreux que leur histoire. Ces documents, lettres et sonnets, étaient en français, on nous le dit du moins; car les originaux supposés, qu'il importait essentiellement aux adversaires de Marie Stuart de mettre sous les yeux du monde entier pour légitimer leurs actes, ne sortirent jamais du cercle étroit de ceux qui avaient intérêt à les accréditer et à s’en servir. Jamais ils ne furent communiqués à Marie Stuart ni à ses commissaires en Angleterre, malgré leurs demandes réitérées'. Ils disparurent dès le seizième siècle, c’est-à-dire aussitôt qu’ils eurent fourni une arme pour diffamer la reine captive. Jamais ils ne furent imprimés. En revanche, les gouvernements écossais et anglais en répandirent quatre traductions. La première se lit dans les circonstances les plus suspectes. Nous avons vu plus haut que lorsque, en mai 1568, Marie Stuart, vaincue par son frère, eut été forcée de chercher sur le territoire anglais une hospitalité qui lui coûta si cher, Murray expédia en toute hâte son secrétaire John Wood près de la reine Élisabeth; il le munit, non pas des lettres ou des copies des lettres à Bothwell, mais, comme il le ditlui-mémedansses instructions à un autre agent, le 22 juin 1568, « de copies desdites lettres traduites en notre langue, » c’est-à-dire en écossais*. N’est-il pas bien extraordinaire que, s'il existait un texte primitif en français de la main de Marie Stuart, Murray, pour en communiquer le contenu à la reine d’Angleterre, ait jugé à propos de le mettre en écossais, langue beaucoup moins familière à cette princesse que le français, dont elle se servait pour correspondre avec la reine d’Ecosse, et même si peu familière, queChalmers déclare avoir vu au Paper Office une traduction anglaise de ces lettres, faite sur le texte écossais pour l’usage personnel d’Élisabeth, qui l’a notée de sa plume5. Chaliners démontre, par les extraits de Sadler, un des commissaires

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