Goodall. , I. I, p
6. M. Mignet (t. I, p. 429) croit que la version française a ôté faite sur l’écossais. Goodall a démontré parfaitement (t. I, ch. ir) que le français fut calqué sur le latin. Telle est aussi l'opinion de M, Teulel ( Lettres de Marie Stuart, avertissement, p. ix). Eu ellet, l'examen attentif des trois textes ne peut pas laisser d’incertitude.
pièces qu’on ne montre pas’ Elles étaient en français! Pourquoi donc, si on voulait les vulgariser dans cette langue, prendre la peine de les déguiser sous une triple traduction, pour arriver à les présenter dans une version française de troisième main, et quelle version? l.es seuls documents capables défaire autorité, on les ensevelit dans le mystère; et l’on ne donne l’essor qu’à de prétendus équivalents, dépourvus par cela même de toute autorité.
Ces différents libelles, c’est-à-dire la vie de Marie Stuart ou Uetcctio, les lettres, les sonnets, etc., qui n’existaient encore qu’en manuscrit en 1568, parurent en Angleterre par les soins de lord Cécil en latin et en anglais, vers la fin de 1571, la traduction française de la Deieclio, accompagnée des lettres et sonnets dans la même langue, en février 1572, sous un faux nom, celui de Thomas Waltem à Edimbourg, en réalité soit à la Rochelle, soit plutôt à Londres'. Nous n’avons pas à traiter ici cette question de lieu, quoique intéressante. Disons cependant que des trois endroits que l’on indique, la France nous paraît le moins vraisemblable. La traduction française, surtout en ce qui est des lettres, provient évidemment d’un homme qui savait peu l’écossais (peutêtre n'eut-il pas ce texte sous les yeux), et très-faiblement le français. Cette version, reproduite dans le recueil dit Mémoires de l' Estai de France sous Charles IX, imprimé à Middelbourg en Hollande (1578), fourmille de fautes également grossières et ridicules, quant aux mots et quant au sens. Nous croyons impossible qu’une rédaction si barbare ait élé écrite par un Français et en France*.
J. Voy. la lettre d'Alexandre Hay, clerc duconseil privé Ju régent, à John Knox, Leith, H décembre 1571; dans Goodall , Append., p. 371, 373-376. — C’est du cabinet de Cécil que parlaient toutes ces publications mensongères, même celles en écossais. Miss Strickland cite (t. VI, p. 223, note 2) une lettre de Thomas Wilson, un des sons-secrétaires de Cécil , X son pa tron (8 novembre 1571) : « J’envoie sous ce pli è Votre Honneur tout ce qu'il y a de traduit en bel écossait, vous priant de m’envoyer Paris (la confession de Paris) scellé hermétiquement. On ne saura pas d’où cela vient. »
2. Pour tout co qui lient au texte français des lettres de Marie Stuart h
Comment ces lettres, à la possession desquelles Bothwell devait attacher le plus grand prix, tombèrent-elles entre les mains de ses plus cruels ennemis? Ceux-ci gardèrent le silence sur ce point pendant quinze mois.
Enfin, le 16 septembre 1568, lorsque allaient commencer les conférences d’Angleterre et qu’il fallait se mettre en règle, Morton remit les papiers au comte de Murray, en racontant que Bothwell, obligé de fuir précipitamment d’Edimbourg, les avait oubliés au château; que, au moment de quitter l’Ecosse après sa défaite irréparable et l’emprisonnement de la reine à Lochleven, il avait envoyé un de ses serviteurs, George Dalgleish, avec mission de lui rapporter une petite cassette d’argent doré qui contenait ces lettres et d’autres papiers; que lui, Morton, avait capturé et le porteur et le coffret, le 20 juin 1567'. Knox complète ce
Bothwell, M. Mignet cite constamment ces Mémoires de l'Estat de France. On tes prendrait pour des documents précieux et authentiques, tandis que ce n’est qu’une très-mauvaise traduction de la Deteclio et d’un autre pamphlet non moins fallacieux. Veut-on savoir ce que cela vaut comme critique historique? Voici de quelle manière sont racontées (t. 1 , p. 175) l'évasion de Marie Stuart hors de Lochleven et sa fuite en Angleterre on 1568:« Enfinaprès avoir corrompu ses gardes par argent et par belles promesses, elle se dosrohe du chitteau en habit dissimulé. Mais pensant tenir la route de France, elle aborda en une ville d’Angleterre, ou estant reconnue par quelques-uns, qtioy qu’on l'eust receue assez honorablement, si est-ce que peu après, h royne d'Angleterre la donna en garde à un seigneur du pays , et s'asseure de sa personne. »
I. Goodall, Âppend., p. 90. — Deteclio, mémorandum : « Que dans le château d'Edimbourg il avait été laissé par le comte de Bothwell, avant sa fuite, et qu'il fit chercher par un certain George Dalgleish, son serviteur, qui fut pris par le comte de Morton, un petit coffret doré, long d’un peu moins d’un pied, orné en divers endroits de la lettre F, en caractère romain, surmonté d’une couronne royale, et que dans ledit coffret étaient certaines lettres et écrits bien connus, et que l’on peut affirmer avoir été écrits par la reine d’Ecosse, de sa propre main, au comte de Bothwell.
« Outre les lettres, le coffret contenait une pièce en français, en caractères romains, que l’on reconnaît pour avoir été écrite par ladite reine d'Ecosse, de sa propre main et qui est une promesse de mariage faite par elle au dit Bothwell. Cette pièce sans date semblerait, à en juger par certains passages, avoir été écrite après la mort du roi; mais on est fondé à croire le contraire. » (Teulet . Leur, de Marie Stuart, p. 105, Goodall, t. Il, p. 53.) Nous n’avons pas voulu diviser ce mémorandum. Nous ne discuterons pas la dernière phrase, qui trouvera sa place dans la suite du récit.
récit, en ce que sir James Balfour , commandant du château d’Ëdimbourg (ami de Bothvvell avant sa chute, son ennemi dès que la fortune chancela), aurait averti sous main le comte de Morton de la venue de Dalgleish et du précieux butin qu’il remportait'.
Dalgleish fut arrêté, en effet, le 20 juin 1567, et interrogé le 26 â Ëdimbourg par Morton, Athol, leprévèt de Dundee, et le laird Kirkaldy de Grange *. Ils le questionnèrent sur l’assassinat de Darnley; mais, chose bien surprenante, ils ne proférèrent pas nn mot au sujet de la cassette ni des papiers qu’elle contenait; cela, six jours après qu’ils s’en seraient emparés. Le malheureux fut pendu le 3 janvier 1568, sans qu’il existe aucune trace d’interrogatoire sur ce point, qui, assurément, en valait la peine. HuÜ mois seulement après sa mort , on s’avisa de révéler qu’on avait saisi la cassette entre ses mains*.
Sir James Balfour, dont l’autorisation était indispensable à Dalgleish pour pénétrer au château et fouiller dans le mobilier royal, ne fut pas appelé davantage à fournir des explications devant le Conseil privé, où l’on voit cependant qu’il siégeait de juillet à décembre 1567*. Plus tard on prit un moyen détourné pour donner à cette histoire une sorte de consistance.