Knox, p
2. Anderson, t. II, p. 173, pour le procès-verbal de cct interrogatoire.
3. Goodall., Append., p. 66. — Chalmers, t. I, p. 368, note z, et t. III, p. 468, 469, Tait observer que le journal de Birrel, qui rapporte l'arrestation d'un certain Blackader le 17 juin 1567, est muet sur celle de Dalgleish, avec sa cassette et scs lettres; que l'/lfsl. de Jacques Vf, ouvrage contemporain, garde le même silence; que James Melvil, que les nobles employèrent à détacher James Balfour, commandant du château d’Edimbourg, du parti delà reine, et qui ensuite fut envoyé par eux au-devant de Murray ü Benvick, le 10 août 1367. pour le mettre au courant rie tout ce qu’ils avaient fait pendant qu’il était en France, alors qu’ils avaient renversé Marie Stuart, ne dit pas un mot de la saisie de ces précieuses lettres. Ceuxlà seuls en parlèrent, qui les employèrent contre la reine après les avoir fabriquées.
4. Lettre de Rnbert Melril à C ecit , 1" juillet 1567, dans Tytler, l. V, p. 439, édit. 1845.
Il y avait parmi les serviteurs de Bothwell un Français, nommé Nicolas Hubert, et désigné par le sobriquet de Paris. C'est lui qu’on lit le porteur de plusieurs des lettres de Marie, notamment la première de Glasgow et la première de Stirling. Réfugié en Danemark avec son maître, il fut livré par Frédéric II, roi de ce pays, à Murray, qui l’enferma au château d’Édimbourg, février 1568. Là, oublié en apparence, il ne fut pas produit, ni à l’époque où Morton annonça comment il avait saisi la cassette, /ii pendant les conférences d’Angleterre, qui durèrent d’octobre 1568 à janvier 1569. Pourtant quel écrasant témoignage il aurait pu rendre contre la reine sur sa correspondance et son intrigue avec Bothwell! Murray laissa ce précieux auxiliaire se morfondre dans la nuit du cachot. Il ne s’en souvint que pour le transporter tout à coup dans son propre château de Saint-André, à la fin de juillet 1569.
Quand elle apprit qu’il possédait un prisonnier si important, Élisabeth lui expédia coup sur coup trois messagers pour le réclamer. Mais l’habile homme avait pressenti la difficulté; dès le 15 août, Paris était pendu à Saint-André, sans jugement. Le régent exprima son regret que l’exécution eût été faite avant l’arrivée des lettres de Sa Majesté : « Mais j’ai la confiance, ajouta-t-il , que le témoignage qu’il a laissé sera trouvé assez authentique pour que la valeur n’en paraisse douteuse ni à Votre Altesse, ni à ceux à qui la nature fournit les plus puissants motifs (les Lennox) de désirer le digne châtiment du crime; » et il envoya deux interrogatoires subis par Hubert le 9 et le 10 août 1569, incriminant : le premier , le comte de Bothwell ; le second , Marie Stuart; plus, Maitland de Lethington et sir James Balfour, avec lesquels Murray s’était brouillé depuis peu. La mention de leurs noms dans cette pièce préparait l’arrestation de Maitland, qui eut lieu le même mois. Hubert mort, on lui faisait dire tout ce que l’on voulait sur la complicité de Marie Stuart, sur les lettres qu’il avait colportées entre le<* d'-ux amants; tant qu’il avait vécu, on l’avait couvert
d’un silence impénétrable. Sur l'échafaud, le calomniateur malgré lui déclara qu’il n’avait jamais porté de lettres de cette sorte, et que la reine n’était pour rien dans l’assassinat du roi*.
L’acte original de la deuxième confession de Paris tinit en ces termes : « La teneur de cette déclaration et déposition , marquée à chaque page de la propre main dudit Nicolas Hubert’, ayant été lue en sa présence, il l’a reconnue dans toutes ses parties et ses clauses pour être incontestablement vraie, en présetice de M. George Buchanan, maître du collège de Saint -Léonard à Saint- André, de M. John Wood, sénateur du collège de justice, et de Robert Ramsay, rédacteur de cette déclaration, au service de Sa Grâce milord Régent’. »
En d’autres termes, l’acte a été dressé par l’homme qui avait composé la Delectio l’année précédente, et par deux secrétaires du régent. Cécil trouva la caution légère au moins pour le public , et demanda une expédition certifiée de la confession de Paris, comme on lèverait une copie légalisée, sur la minute régulière. Alors on dressa une copie dont on fit disparaître les trois noms, et on leur substitua l’affirmation d’Alexandre Hay, secrétaire du Conseil privé du roi et notaire public ( ita est, Alexander Hay, scriba secreti consilii S. ü. N. regis ac notarius publieus). Ce noiaire est une autre créature de Murray ; il certifie ce qu’il n’a ni vu ni entendu, puisque les trois précédents personnages seuls ont été indiqués comme ayant reçu la confession d’Hubert*. Apparemment, cette double confession 11e trouva créance nulle part dans l’origine, puisque Buchanan lui-mème ne la publia
1. Leslie. A Defence nf queene Marie' s honour. dans Anderson, 1. I, p. 19.
2. Marquée, non pas signée; il ne savait pas écrire. (Goodall, t. I, p. 14ô. Chalmers, t. II, p. 343, note o. Miss Strickland, t. VII, p. 17.)
3. Anderson a supprimé cette dernière phrase si importante, que Chalmers a rétablie d’après l’original du Paper Office, t. II, p. 343, note o.
4. Sur tous ces laits, Chalmers, t. il, p. 341 et suiv. ; t. III, p. 310. — Miss Strickland, t. VI. p. 201, 202; l. VII , 14-17.
pas à la suite de la Dctectio, avec les confessions des autres accusés ; et Keith remarque (p. 366) qu'il n’en fit jamais usage dans ses écrits. C’est avec le temps qu’elle a fait illusion. Quelle odeur nauséabonde de fourbe et de scélératesse s’exhale de ces ténébreuses officines d’Edimbourg et de Saint- André! Jamais l’allure franche et nette de la vérité. Toujours la démarche oblique, les embûches, l’horreur du soleil, comme dans une caverne de faux-monnayeurs. Obscurité quant aux originaux, et obscurité calculée, puisqu’on les tint sous Je boisseau; obscurité sur la saisie des lettres, puisqu’on ne l’articula qu’au bout de quinze mois; obscurité dans la procédure, puisqu’on n’interrogea pas celui-ci, qu’on ne fil parler celui-là qu’après sa mort; fourberie certaine, puisque dans la rédaction de l’acte on prend les imposteurs sur le fait. Voilà sous quels auspices se présente le dossier.
Comme ces lettres se rapportent à deux faits séparés par un espace de trois mois, le voyage de Marie Stuart à Glasgow à la fin de janvier 1567, et son voyage à Stirling sur la fin d’avril, nous sommes obligés de les partager aussi en deux groupes, afin de suivre la marche des événements. Ici donc nous parlerons seulement des quatre lettres de Glasgow. Pour en donner d’abord une idée sommaire, la première contient le récit du voyage de la reine depuis le moment où Bothwell prit congé d’elle après l’avoir accompagnée une partie du chemin , l’entrevue de Marie et ses explications avec Darnley, ses hypocrites protestations de tendresse à son mari, ses ardentes protestations d’amour à Bothwell, sa jalousie contre la femme du comte, et ses transparentes allusions au projet arrêté entre eux de se défaire du roi. La seconde lettre exprime des plaintes sur le silence de Bothwell qui ne lui a rien fait dire. Marie annonce à son complice quel jour elle amènera * l'homme » au lieu convenu et lui demande ses instructions. Dans la troisième, qui roule sur le même fond d’idées, elle s’excuse humblement, en alléguant son amour et sa jalousie, d’avoir écrit au comte quoiqu'il le lui eût défendu, et lui demande encore de ses nouvelles. —
Nouveaux transports passionnés dans la quatrième; ardent riésil' d’obéir à Bothwell en tout et d’achever leur entreprise; chagrin des soupçons jaloux, que celui quelle aime parait avoir conçus contre sa fidélité.
Maintenant étudions la première lettre en détail. Elle est d’une longueur démesurée 1 2 , sans signature et sans date. Mais comme la seconde est datée de Glasgow « ce samedv matin, » que Marie est censée être arrivée dans cette ville le jeudi soir 23 janvier, et que, dès le samedi matin, elle fait allusion au messager, déjà en route porteur de la première, il est clair que celle-ci est du vendredi 24 janvier, au plus tard. Elle se divise en deux parties inégales, dans la proportion de trois à deux cinquièmes.
Le mieux serait de la transcrire en entier, parce que l’analyse, en la resserrant, atténuera les superfétations, les redites qui l’alourdissent, et lui donnera un mérite relatif de rapidité et d’enchaînement qu’elle est loin de posséder en effet. Elle mettra mieux en relief quelques endroits qui tranchent par un tour plus vif et un certain bonheur d’expression. Ainsi émondée, elle gagnera contre notre thèse. N’importe.
Marie Stuart est censée entrer ainsi en matière : « Estant ' partie du lieu où j’avoye laissé mon cœur, dit-elle à Bothwell, il se peut aisément juger quelle estoit ma contenance, avec ce que peut un corps sans cœur, qui a esté cause que jusques à la disnée je n’ay pas tenu grand propos; aussi personne ne s’est voulu avancer, jugeant bien qu’il n’y faisoit bon’. »
Ensuite elle rapporte sa rencontre et son dialogue avec Thomas Crawford, divers incidents peu compréhensibles, relatifs à des Hamiltons et autres qui se joignirent à son escorte,
1. Elle lient quatorze pages petit in-fol., dans Anderson, t. II, p. 131-144.
2. Nous reproduisons la traduction qui se trouve dans les Mémoires de l'F.stat de France, et dans le volume de M. Teulet, Lettres de Marie Stuart. Dès cette première phrase, il y a contre-sens sur les textes écossais et latin. Il faudrait « pendant la disnée.» Cette inexactitude, peu importante en ellemême, est le prélude de beaucoup d’autres plus graves.
et elle en vient au roi. Il a demandé à Joachim pourquoi elle ne loge pas prés de lui ; pourquoi elle est venue, si c’est pour une réconciliation; si Bothwell l’a suivie; « si j'avais pris Paris et Gilbert, afin qu’ils m’écrivissent....1 2 * 4» (Gif I had takin Paris and Gilbert to wryte to me.) Puis sa conversation avec Darnley ; « Je l’ai enquis de ses lettres oii il s’estoit plaint de la cruauté d’aucuns. Il respondit qu’il esloit aucunement estonné *, et qu’il se trouvoit si joyeux de me voir, qu’il pensoit mourir de joye. Cependant il estoit offensé de ce que j’eslois ainsi pensive. » Elle va souper. « Celuy qui vous porte ces lettres, dit-elle à Bothwell, vous fera entendre de ma venue. » Ensuite elle retourne près de Darnley. t 11 me déclara son mal, adjoustant qu’il ne vouloit point faire de testament, sinon cestuy seul, c’est qu’il me laisseroit tout; et que j’avoye esté la cause de sa maladie pour l’ennuy qu’il avoit porté que j’eusse l’affection tant éloignée de luy. » Il se plaint de la rigueur avec laquelle elle le traite, et il s’humilie ; » Je confesse que j’ay grandement offensé.... j’ay aussi péché à l’encontre d’aucuns de vos citoyens, ce que vous m’avez pardonné1. Je suis jeune.... je ne vous demande rien davantage, sinon que nous ne faisions qu’une table et un lict, comme ceux qui sont mariez : à cela si vous ne consentez, je ne relèverai jamais de ce lict.... Dieu sçayt quelle peine je porte de ce que j’ay fait de vous un Dieu \ et que je ne pense
1. Ces derniers mots sont singuliers; Paris, venu avec la reine, lui écrira donc, ou écrira pour elle? Mais sa deuxième confession, en 1569 . montre qu’il ne savait pas écrire. (Clialmers, t. Il, p. 3-'i3,noleo. — Miss Strickland, t. V. p. 165, note ; t. VII, p. U.) On ne comprend guère non plus que Darnley connaisse si bien Pans, attendu que Paris vient seulement de quitter, è Cailendar, le 23 janvier, le service de Bothwell pour celui de la reine.
2. Kslonné, dans le français (lu seizième siècle, a souvent le sens dVniu. Nous avons expliqué plus haut que la venue de sa femme n’a pas pu le surprendre. La crutntlc il'nucuns devient, quelques phrases plus bas, la cruauté de Mario, qui ne veut pas accepter ses promesses et son repentir.
.3. Glorieux galimalhias. Le texte écossais veut dire : De même ont failli aussi beaucoup de vos sujets, à qui vous avez pardonné. (Goodall, t. I, p. 91 , 92.)
4. 11 n’est pas croyable que Darnley parle ainsi, lui qui a été le lléau el presque l’assassin de celle à qui il était tant redevable.
à autre chose qu’à vous. » Il fut question ensuite du projet qu’il avait formé de quitter l’Écosse, de l’affaire d’Hiegatu que les deux interlocuteurs quitlent et reprennent tour à tour, du château de Craigmillar, où elle comptait le mener', de l’ordre de l’arrêter mort ou vif « qu’un du Conseil « avait présenté à la reine et qu’elle avait refusé de signer*. » 11 dit qu’il ne peut rien soupçonner de moy, et qu’il ne croira jamais que moy, qui suis sa propre chair, luy fasse aucun desplaisir ; et qu’il sçavoit bien que j’avois refusé de souscrire à cela; et que si quelqu’un cherchoit à lui oster la vie, qu’il feroit en sorte quelle luy seroit chèrement vendue.... » Il veutqu’elleveille près de lui, parce qu’il ne peut bien dormir, « et je faingnoye, dit-elle, que tout cela me sembloit vray et que m'en soucioye beaucoup. » Elle continue : « Je* ne l’ay jamais veu mieux porter, ne parler si doucement; et si je n’eusse appris par l’expérience combien il avoit le cœur mol comme cire, et le mien estre dur comme diamant, et lequel nul trait ne pouvait percer, sinon descoché de vostre main, peu s’en eust fallu que je n'eusse pitié de luy : toutesfois ne craignez point, ceste forteresse sera conservée jusqu’à la mort ; mais vous, regardez que vous ne laissiez surprendre la vostre par ceste nation infidèle *, qui avec non moindre
1. « Il adjousta qu’il avoit entendu que j’avoye amené une litière, et qu'il eust mieux aymé aller ensemlile avec moy. J'estime qu'il pensoit que je IcA’ voulusse envoyer prisonnier quelque part. » A cette époque on voyageait à cheval. Marie avait une litière qu'elle avait apportée et réservée pour le convalescent. Elle devait rendre à cheval la route du retour & côté de son mari. Comment Damley peut-il dire qu'il auraitpréféré aller avec elle? D’où vient aussi cette idée de prison que rien ne motive?
?. Un du Conseil. 11 ne faut pas faire beaucoup de chemin pour trouver le nom de Bothwell. Mais l’écossais porte : - that sum of lhe Counsell had brocht , • plusieurs du Conseil. Buchanan a jugé à propos de rendre en latin sum par le singulier « querndam e Concilio. » Etrange atteinte au texte.