L’écossais porte : « Vous ne l’avex jamais vu
4. F.u écossais,» that fais race.» qu’il faudrait traduire en français par cette esp ère ou relie race infidèle, comme nous disons en manière de reproche familier, mauvaise race. Il s’agit de la femme de Bothwell, lady Jane Gordon, qui par le fait ne disputa pas du tout le cœur ni la main de Bothwell k Marie, et se prêta sans aucune résistance au divorce.
opiniastreté débattra le raesme avec vous. J'estime qu’ils ont esté enseignez en mesme école. Cestuy-ci a tousjours la larme à l’œil; il saii’e tout le monde.... Aujourd’hui' le sang est sorty du nez et de la bouche à son père; vous donc devinez maintenant quel est ce présage. Je ne l’ay point encore veu, car il se tient en sa chambre. .. Ne vous prent-il pas envie de rire de me voir ainsi bien mentir, au moins de si bien dissimuler en disant vérité?... Je le poursuy par force de flatteries et prières, afin qu’il s’assure de moi.... Nous sommes conjoints avec deux espèces d’hommes infidèles'. Le diable nous veuille séparer, et que Dieu nous conjoingne à jamais.... Voilà ma foy, et veux mourir en icelle. »
Elle écrit mal, Bothwell ne pourra pas lire ; il devra deviner la moitié des choses; mais elle a une grande joie de lui écrire pendant que les autres dorment : « Puisque de ma part je ne puis dormir comme eux, ni ainsy que je voudroye, c’est-à-dire entre les bras de mon très-cher amy, duquel je prie Dieu qu’il vueille destourner tout mal et luy donner bon succès. Je m’en vay pour trouver mon repos jusques au lendemain, afin que je finisse icy ma Bible (my Bybilt ); mais je suis faschée que ce repos m'empesche de vous escrire de mon fait, parce qu’il dure tant’.... Je suis toute nue’, et m’en vay coucher, et néantmoins je ne puis me tenir que je ne barbouille encore bien mal ce qui me reste de papier. Maudit soit le tavelé qui me donne tant de travaux ; car, sans
1. Même contre-sens que plus haut,» twa fais races,» son mari et ta femme de Bothwell.
2. Complication de fautes. Bytiill ne veut pas dire Bible, mais lettre, écrit, court poème. Au lieu d’a/în que..., il faut dire où je finirai ma lettre. Le traducteur applique mal à propos les mots « parce qu’il dure tant » au sommeil de la reine; Goodall et Teulet les expliquent par : mais je regrette de ne pas pouvoir vous en écrire davantage , parce que celle lettre est déjà si longue. (Goodall, t. I, p. 86, 87: Teulet, p. 19, note I.) Ce sens lui-même est peu satisfaisant; il y a bien d’autres endroits rétifs à la clarté et au bon sens.
3. Erreur bien digue de Buchanan. Au lieu du texte « Iam irkit, »je suis fatiguée-, il a lu » nakit, • je suis nue (belle tenue pour se mettre à écrire la nuit, à Glasgow, au cœur de l’hiver! mais le cynisme de la reine n’en sera que plus révoltant).
luy, j’avoye matière plus belle pour discourir. Il n'a pas esté beaucoup rendu diforme, toutesfois il en a pris beaucoup. Il m’a quasy tuée de son halène.... »
C’est sur cette imprécation et sur une table des matières résumant tout ce qui précède, que tiuit la première partie de la lettre1.
La seconde partie débute par une allusion aux amours de Marie et de Bothwell. Pendant le souper, le sieur de Livingston en a plaisanté tout bas avec lady Itérés5. En sortant de table, la reine s'appuie sur lui pour se chauffer devant le feu : « Voylà, lui dit-il, une belle visitation de telles gens5, mais toutesfois la joye de vostre venue ne leur peut estre si grande, combien est la fascherie à celuy qui a esté délaissé seul aujourd’huy, et qui ne sera jamais joyeux jusques à ce qu’il vous ayl veué. » De reciief*, je luy demanday qui estoit cesluy-là? Luy, m’embrassant plus estroilemeul, me respondil : « C’est l’un de ceux qui vous ont laissée. Vous « pouvez deviner qui est cestuy-là‘ »
Cette scène effrontée sertd'acheminemeutaulanguge déplus en plus compromettant que Marie tient à son amant. Après quelques mots sur un bracelet qu’elle fait pour lui, elle dit :
« Maintenant je vien à ma délibération odieuse. Vous me contraignez de tellement dissimuler que j’enay horreur, veu que
1. Du messager du |>ère sur le chemin ; — du dire du sieur Jacques Uambleton; — de ce que le prévost (laird) de Lusse m’a rapporté, etc.; — de ce qu’il (üarnley) s’est enquis à Joachim; — du réglement de la famille (contre-sens, pour mon état de maison) ; — de ma suite ; — de la cause de mon arrivée; —de Joseph; — item du devis entre moy et luy; — de la volonté qu'il a de me complaire et de sa repentance; — de l’interprétation de ses lettres; — du fait de Guillaume Hiegait et de son départ; — du sieur de Levingstoun.
2. Lady Reres dont nous avons vu que Buchanan a fait la complice officieuse des deux amants.
3. Non-sens, pour : un beau (ou un triste) voyage que d’aller voir des malades.
V. Ces deux mots que rien ne justifie ne sont pas dans le texte écossais.
5. Le rôle inconvenant qu’on donne ici à Livingston a pour objet de flétrir, dans la personne de ce seigneur, un des amis les plus dévoués et les plus honorables du Marie Stuart.
vous me forcez de ne joüer pas seulement le personnage d’une trahistresse *. Qu’il vous souvienne que, si l’affection de vous plaire ne me forçoit, j’aymeroye mieux mourir que de commeltre ces choses; carie cœur me seigne en icelles. Bref, il ne veut venir avec moy, sinon soubs cette condition, que je luy promette d’user en commun d’une seule table et d’un mesme lict, comme auparavant, et que je ne l'abandonne si souvent; et que, si je le fay ainsy, il fera tout ce que je voudray, et mesuivra. »
Darnley examine alors avec sa femme quel plan de conduite ils devront tenir à l’égard des seigneurs. Mais, à en juger par les paroles qu’on prête à l’un et à l’autre, leurs idées ne sont pas claires. En effet, Marie, après avoir averti de nouveau Bothwell qu’elle dissimulait vis-à-vis de son mari, « en feingnant que je croyoye à ses belles * promesses, que je m’y accorderoye pourveu qu’il ne changeast d’advis, » poursuit: « Mais cependant qu’il regardast que personne n’en sceust rien, parce que les seigneurs ne pourroient eslre offensez de nos propos, ni conséquemment nous en vouloir mal ; ains seroienten crainte de ce qu’il m’auroit suivy*; etsi nous pouvions estre d’accord ensemble, qu’il pourroit donner ordre qu’ils entendroient combien peu ils l’avoient estimé ; item, de ce qu’il m’avoit conseillé que je ne recerchasse la bonne grâce d'aucuns sans luy et pour ces raisons qu’ils seroienl en grand soupçon si je troubloye ainsi maintenant la face du théâtre qui avoit esté appresté pour jouer une autre fable. Alors, estant grandement joyeux, il adjousta : et pensez-vous que pour cela ils vousen estiment davantage? Mais je suis bien aise que vous avez fait mention des seigneurs; maintenant je croye que vous désirez que nous vivions ensemblement
1 . Le sens : que tous me faites jouer presque le personnage d’une traîtresse.
2. Ce mot bellet n’est pas dans l'écossais. Buchanan i'a introduit dans le latin , sans doule pour aiguiser l'ironie.
3. Non-sens, au lieu de: ilsseraienten crainte de ce qu'il les avait menacés que si nous pouvions être d’accord ensemble, etc.
k. Le sens est : par d’autres que par lui,
en paix; car, s’il n’estoit ainsi, beaucoup plus grandes fascheries nous pourroient advenir à tous deux que nous ne craignons; mais à présent je veux ce que vous voulez et ainieray ce que vous aimerez, et désire que pareillement vous acquériez leur amitié; car, puisqu’ils ne pourchassent à m’oster la vie, je les aime tous également. » Touchant ce chef, dit la reine à Bothwell, le porteur vous récitera plusieurs particularités, d’autant qu’il y a trop de choses qui restent à écrire et qu’il est déjà tard. Vous ajouterez foy « selon vostre parole. En somme, il ira où vous voudrez par • mon commandement'. » Hélas! je n’ay jamais trompé personne; mais je me submets en toutes choses à vostre volonté. Faictes-moy sçavoir ce que je doy faire, et quoy qu’il en puisse advenir, je vous obéiray. Et pensez en vousmesme si pouvez trouver quelque moyen plus couvert que* par breuvage, car il doit prendre médecine etestre baigné à Gragmillar.... Brief, à ce que j’en puis entendre, il est en giand soupçon1 2 3 4 5; néantmoins, il adjouste beaucoup de foy à ma parole, mais non encore tant qu’il n’en descouvre quelque chose; toutesfois, je confesseray et recongnoistray tout devant luy, si vous le trouvez bon *. Mais si ne m’esjouirayje jamais à tromper celuy qui se fie en moy ; néantmoins vous me pouvez commander en toutes choses. Ne concevez donc point de moy aucune sinistre opinion , puisque vousmesme estes cause de cela; car je ne le feroye jamais contre
1. Ces deux derniètes phrases sont des contre-sens. Elles signifient : « Je me fie en lui (le porteur) d'après votre parole. En somme, il (Dam le y) ira partout ou je voudrai. » — La version française dans le texte est un contresens perfide. — Summ», he will ga upon ray Word to ail places. — Breviter, meo jussu quovis ibit. — Du quovis . qui signifie « n’importe où, » on a fait deux mots : quo vis , « où vous voudrez. »
2. M. Teulet, p. 28, note 1 , veut supprimer comme dépourvu de sens ce que , qui, nous le verrons plus loin, constitue la signification de la phrase.
3. Rien absolument dans ce qui précède n’a pu donner lieu au grand soupçon de Darnley. Il vient de dire : « À présent je veux ce que vous voulez et aimeray ce que vous aimerez. ®
4. La phrase est mal traduite : • Néanmoins j’obtiendrai cela de lui, si
vous voulez que je lui confesse tout. » Mais elle n’est pas plus intelligible.
iuy pour ma vengeance' parliculière. Cependant il m’a donné atteinte du lieu suspect, et a jusques icy discouru bien au vif que ses fautes sont cogneuës ; mais qu’il y en a qui en commettent de plus grandes, encore qu'ils estiment qu’elles soient cachées par silence, et toutes fois que les hommes parlent des grands aussi bien que des petits*. »
Darnley cependant n’est pas entièrement rassuré : « Quant à Heres, il dit, je prie Dieu que les services qu’elle vous fait vous soient à honneur. Il dit aussy qu’il y en a qui croient, et que de sa part il l’estime véritable, je n’ay point en moi la puissance de nroy-mesme, d'autant que j’ay refusé les conditions qu’il avait offertes. Brief, il est certain qu’il se doute de ce que sçavez et de sa vie mesmes. Quant au reste, soudain que je luy propose deux ou trois bonnes paroles, il se resjouit et n’a point de crainte*. »
De là Marie passe à diverses choses : le bracelet qu’elle brode pour Bothwell, et qu’elle lui recommande bien de ne pas laisser voir; de l’argent à lui envoyer; la colère du roi chaque fois qu’il entend prononcer le nom de Bothwell, de Murray ou de Lethington; l’affluence des Hamiltons. Le porteur de la lettre, conlident des secrets de l’un et, de l’autre, « dira le surplus » au comte, comme s’il restait encore quelque chose à dire après cette rapsodie interminable.
1. Nous avons établi précédemment que Marie ne haïssait pas Darnley, qu’elle avait contribué de son mieux à sa guérison. Elle n’a donc aucun motif de parler de \ engeance.
‘2. Rétablissons le sens : 11 m’a donné quelque atteinte de ce que je crains, et même bien au vif. 11 va jusqu'à dire (il avoue) que ses fautes ont été publiques; mais qu’il y a des gens qui commettent des fautes et s'imaginent qu’on n’en parlera jamais ; et cependant on parle des grandes et des petites. — L'exactitude de la traduction n’élucide guère la pensée.
3. Voilà des énigmes. — Quelles conditions a-t-elle refusées? La lettre la montre accordant toutes les demandes de son mari, sincèrement ou non, peu importe. — Qu’est-ce à dire la puissance d’elle-môme? Est-ce sa passion pour Bothwell? Mais puisque Darnley n’en est encore qu'à s’en douter, il ne peut pas tenir ce langage. Serait-ce pour préparer ce que dirent les ennemis de la reine, que Bothwell l’avait ensorcelée? — Darnley craint pour son honneur et pour sa vie : quant au reste, il n’a point de crainte, (elle expression ridicule devrait être remplacée d’après le texte, par ; « mais en définitive.... »
■ Maintenant donc, mon cher amy, puisque, pour vous complaire, je n’espargne ny mon honneur, ny ma conscience, ny les dangers, ny mesme ma grandeur, quelle qu’elle puisse estre, je vous prie que vous le preniez, en bonne part, et non selon l’interprétation du faux frère de vostre femme1, auquel je vous prie aussi n'adjouster aucune foy contre la plus lidèle amye que vous avez eue ou que vous aurez jamais. Ne regardez point à celle de laquelle les feinctes larmes ne vous doivent estre de si grand poix que les fidèles travaux que je souffre, afin que je puisse mériter de parvenir en son lieu. Pour lequel obtenir, je trahis, voire contre mou naturel, ceux qui m’y pourroient empescher. Dieu me le vueille pardonner et vous doint, mon amy unique, tel succez et félicité que vostre humble et lidèle amye le souhaitte, laquelle espère en brief autre récompense de vous, pour ce mien fascheux labeur. »
Elle s’arrache enfin à ses loquaces transports par quelques phrases plus vives que le traducteur a émaillées de non-sens. « Excusez mon ignorance à escrire et relisez mes lettres. Excusez la briefveté des charactères’, car hier je n’avoye point de papier, quand j’écrivis ce qui est au mémoire *. Ayez souvenance de vostre amye et lui rescrivez souvent. Aimez-moy comme je vous aime et ayez mémoire du propos de Mlle de Reres.
« Des Anglois.
« De sa mère.
« Du comte d’Arghley (Argyle).
« Du comte de Bothwell.
« Du logis d’Edimbourg. »
C’est ainsi que la lettre se termine.
1. Le comte de Huntly. Encore une énigme. Comment Bothwell ne prendrait-il pas en bonne part tous ces sacrifices que Marie Stuart lui faits “ Quelle est cette interprétation du perfide beau-frère, un des défenseurs de Marie ?
î. Excuser ma mauvaise écriture.... Excusez mon griffonnage.