es notes qui terminent la 1" partie
Celte fin est étrange. One l’écrivain, manquant de papier la veille, au milieu de sa lettre, ait employé, comme on le prétend, la feuille où étaient ses notes; cela peut s’admettre à la rigueur, quoiqu’il soit étonnant que le développement soit venu finir juste au-dessus des notes préparées; mais ici, aux derniers mots, à quoi bon cette seconde table des matières, qui d’ailleurs a le défaut de n’en être pas une? car elle ne correspond pas aux développements de la seconde partie. Comme'nt Marie prie-t-elle le comte de Bothwell de se souvenir du comte de Bothwell? Pourquoi ce logis d’Edimbourg, quand, dans cette lettre et la suivante, la résidence de Craigmillar seule est sur le tapis? Veut-on faire croire que le crime de Kirk-of-Field se combine déjà? Que signifient aussi ces mots : « des Anglois, de sa mère? »
Les trois autres lettres datées de Glasgow, beaucoup moins longues, sont aussi très-importantes; mais, pour ne pas abuser ici, nous nous réservons d’y puiser en temps utile, ta première et principale suffira comme spécimen de fond et de forme; elle montre ce que vaut cette traduction française, publiée parles soins de Cecil et de Murray, et nousramène plus fortement à cette question : Puisqu’ils avaient les originaux français de la main de Marie Stuart, pourquoi, au lieu de les imprimer tout simplement, avoir donné de préférence une traduction barbare faite sur l’écossais et le latin? N’est-ce pas une présomption très-sérieuse en faveur de l’opinion de Goodall, que les originaux français n’existaient pas, et que les lettres premières furent composées en écossais ' ?
Un illustre défenseur de Marie Stuart, le prince LabanofT, s'est voué à exhumer, des archives et des bibliothèques, la correspondance de la malheureuse reine, depuis sa plus tendre jeunesse jusqu’au jour où elle monta sur l’échafaud. Il a enrichi la science d’un trésor du plus grand prix. Grâce à
t. Voir, à la fin de ce chapitre, un appendice où sont discutés les motifs d’après lesquels M. Mignot a cru pouvoir admettre l’authenticité des lettres.
lui, nous possédons en nombre considérable les lettres de Marie Stuart. Que l'on compare leur style simple et noble, leur allure nette et dégagée, la vigueur de la pensée dès qu’elle s’anime, à la marche embarrassée et décousue de la lettre à Bothwell. Comment concevoir que la passion, et la passion effrénée, ne suggère à une femme d’esprit et d’élan que de plates ignominies 1 En vain aussi dirait-on, pour expliquer l’épaisse obscurité du texte, que des complices, préméditant un grand crime, doivent s’écrire à mots couverts. Encore faut-il que le mystère de leurs communications ne dégénère pas en un pathos inintelligible.
Parfois on fait faire à Marie de l’érudition. Elle qui , dans sa correspondance authentique, s’inquiète peu de l’Antiquité et de la Fable, y songe dans sa troisième missive à Bothwell, qui probablement ne s’en souciait guère. L’endroit est trop curieux, et le talent du traducteur en français y triomphe trop bien, pour ne pas le citer. La reine se défend contre les soupçons jaloux du comte. Elle les prend en bonne part à cause qu’ils proviennent « de l’amitié » qu’il lui porte, « dont tant de devoirs que je fay, dit-elle, me rendent certaine et assurée. Quant à moy, je n’en désespérera)' jamais, et vous prie que, suivant vos promesses, vous me faciez entendre votre affection ; autrement, j’estimeray que cela se faist par mon malheureux destin et par la faveur des astres envers celles qui, toutesfois, n’ont une tierce partie de loyauté et vo'onté que j’ay de vous obéir, si elles, comme si j’estoye une seconde amye de Jason, malgré moy, occupent le premier lieu de faveur; ce que je ne dy pour vous accomparer à cet homme en l’infélicité qu’il avoit, ny moy avec une femme toute esloignée de miséricorde comme estoit cellelà, etc....' * (Teulet, p. 41-42.) D’où vient ce rapprochement
1. Pourquoi encore ces uon-sens inextricables lorsqu'on avait les originaux? — Médée fut dépossédée de l’amour de Jason par Glaucé; le traducteur prend Médée pour la deuxième femme de Jason et renverse cette his: toire, sans compter qu’en mettant le pluriel pour le singulier, il suppose que Marie Stuart parle de rivales nombreuses, au lieu d’une seule. — Ces
entre Marie Stuart et Médée? C’est qu’à l'époque où l’on écrira la Deicciio, les ennemis de Marie lui prêteront l’intention d’immoler son fils à l’ambition de Bothwell. Elle n’aura pas, comme Médée, de père à égorger; mais elle tournera comme elle sa fureur sur le fruit de ses entrailles. Au reste, la comparaison, absurde en ce point, pèche de plus en ce que la reine vient la seconde dans l’ordre de date; et quand elle ambitionne de supplanter, dans le cœur de Bothwell , la première femme en possession , elle joue le rôle de Glaucé et non de Médée. N’importe, cela fournira de beaux mouvements d’éloquence à l’auteur de l’Actio, contre cette « empoisonneresse et sanguinaire*. » L’auteur, c’est-àdire Buchanan, comptait avec orgueil, parmi ses plus beaux titres littéraires, la traduction de plusieurs tragédies d’Euripide, entre autres la J/édéc. 11 avait concentré ses complaisances sur cette œuvre. Depuis qu’on l'avait jouée pour la première fois dans un collège de Bordeaux en 1543, il l'avait retravaillée assidûment. Une nouvelle édition parut à Bâle en 1568; lui-même dédia sa traduction à Jacques VI en 1576J. Une allusion au personnage tragique, objet alors de tous ses soins, glissée dans les lettres, compagnes obligées du libelle de la Detectio, ne trahit-elle pas la main du vaniteux faussaire’? *
Mais une preuve très-frappante, selon nous, de la participation de Buchanan à la contexture des lettres à Bothwell, c'est la place que lady Reres y occupe. Nécessairement il fal-
erreurs plaisantes viennent du teste latin où Buchanan a mis étourdiment illas pour ilium. — Le teste écossais porte : « Autrement je penserai que mon malheur et la bonne étoile de celle qui n'a pas le tiers de la fidélité et de la volonté que j'ai de vous obéir, lui ont donné sur moi et bien malgré moi l’avantage que remporta 1a seconde maîtresse de Jason.... »
1. • Mettez en mémoire cesle partie des lettres escritesà Bothwell, ou elle s’appelle Médée, c’est-à-dire une femme qui ne tient point de mesure en amour, ny en haine. » (Mémoires de i Estai de France, t. I, p. 126.)
2. Buchan. op. , Freebairn, 1715. Préf. , p. v. — Fie de Buchanan, p. 5. — Lettre de Buchanan à Itoyersius , Edimbourg, 9 novembre 1579.
3. Cette observation est de miss Strickland , t. VI , p. 229.
lail que la coupable principale eût une confidente et une aide de ses amours.
Buchanan, dans la Deiectio, choisit lady Reres'. Elle était d’une famille catholique, nièce du cardinal Beaton*, par conséquent bonne à diffamer. Nous l’avons vue figurer dans la Detectio comme une ancienne maîtresse de Bolhwell; puis, devenue vieille, comme l’ignoble instrument qui aurait livré Marie Stuart à la violence du comte en septembre 1566, et, quelques nuits après, aurait arraché la comte de son lit pour le traîner chez la reine. Mais nous avons vu aussi combien cette histoire est mensongère. La Deleciio raconte ensuite que, pendant que la reine séjournait à Coldingham après sa maladie de Jedburgh, lady Reres voulant, selon son office accoutumé, lui amener BothweU pendant la nuit, fut surprise et reconnue par les gardes. Le journal de Murray, frère jumeau de la Deleciio, fixe la date au 10 novembre. Mais nous avons établi, par des pièces certaines auxquelles le lecteur peut se reporter ', que c’est encore une calomnie et que la reine habita Kelso du 9 au 1 1 novembre. Il n’est pas probable non plus que lady Reres fût si chargée d’années que le veut Buchanan, puisqu’elle accoucha au château d’Edimbourg en même temps que Marie Stuart '. De là donc il résulte que Buchanan a menti sur lady Reres comme sur
1. M. Mignet fait à la Deleciio l’honneur (le la citer une fois (t. T, p. 300). C’est pour lady Reres, qui avait la réputation détre la complaisante de Marie Stuart. M. Mignet applique à lady Reres la quatrième lettre, mais en faisant bien des violences au texte. La lettre est de Glasgow, janvier. Il s’agit du mariage prochain de Marguerite Carwood, une des suivantes de la reine, mariage qui eut lieu la nuit de la mort de Darniey. M. Mignet substitue lady Reres à Marguerite. Comme lady Reres était mariée, il supprime de son extrait l’endroit où Marie Stuart ait allusion au mariage imminent de sa suivante. Il transporte d’autorité la lettre en avril, avant l’enlèvement de la reine par BothweU: en même temps il dit que BothweU remplaça lady Reres par sa propre soeur lady Coldingham. Il oublie que BothweU ne mit lady Coldingham près de la reine qu’à Dunbar, après l'enlèvement. (Miss Strickland, t. V, p. 107, note 1.)
î. Miss Strickland, t. V; p. 197, note 1.