Miss Strickland, t. IV, p. 340 et note
Marie Stuart.. C’est lui qui l’a introduite dans la Deteclio et dans le journal de Murray; c’est lui aussi qui l’introduit dans les lettres de Glasgow, sous les mômes traits, de même que dans la deuxième confession de Paris1, où nous avons déjà surpris la main qui a écrit la Delectio. Lorsque Bothwell fit de sa sœur, lady Coldingham , la principale dame de service, au grand mécontentement des deux sœurs lady Reres et lady Buccleuch, celles-ci éclatèrent en plaintes ; mais ni le Conseil privé d’Ecosse, ni les commissaires anglais ne les appelèrent jamais à déposer sur le contenu des lettres, ni sur quoi que ce fût des actions de Marie Stuart1.
Certaines paroles, que les lettres placent dans la bouche des personnages, n’ont pas pu être prononcées par eux, parce qu’elles sont trop contraires aux données vraies de l’histoire.
Darnley ne peut pas dire à Marie qu’il ne fera pas de testament, si ce n’est pour l’instituer son héritière, parce que ni lui, ni son père ne possédaient absolument rien en Ecosse; ils ne vivaient que de l’argent de leur femme et belle-tille. Quant à‘ leurs biens d’Angleterre, ils étaient fort réduits1; Elisabeth les avait séquestrés, et l’on savait bien qu’elle n’en laisserait jamais aller une parcelle à sa cousine. Darnley peut-il dire que sa maladie (la petite vérole) provient de ce que sa femme ne l'aime plus? Comment aussi peut-il la prier de ne plus l’abandonner si souvent? N’était-ce pas lui, au contraire, qui l’avait vingt fois abandonnée , quoi qu’elle fit
1. Teulet, 2* confession de Paris, p. 94 : Marie charge Paris de dire à Bolhwell que lady Reres est témoin qu’elle ne se laisse pas embrasser par le roi. — P. 97 : Reres il Holyrood , la nuit, allait chercher Bothwell pour le cunduire chez la reine. — P. 103 : De même à Callendar. — Paris déclare avoir connu dans cet endroit les privautés entre la reine et Bothwell, janvier 1 567. Cependant ce Paris était depuis des années le serviteur de confiance du comte; comment est-il possible qu’il ne sût rien de l’intrigue de sou maître qui aurait été publique dès l'été de I5fi6?
î. Miss Slrickland, t. V, p. 298.
3. Miss Strickland donne de tristes détails sur la pauvreté des Lennur en Angleterre. T. 11, vers La fin.
pour le retenir ou le ramener? L’abandon était la tactique conjugale de l’étourdi dans ses exigences et ses colères. Que veut-on par là? Le poser faussement en agneau et en victime.
En conséquence , sa femme sera une tigresse ; celle qui dans la réalité ne savait que pardonner, tient presque le langage d’un monstre. Elle écrit ce que l’on n’écrit pas ; est-il dans la nature de faire parade du crime qu’on a commis, de celui qu’on va commettre? Elle se vante de son cœur de diamant, et insulte au cœur de cire de son mari. Ne semblet-elle pas trépigner sur un cadavre, quand elle dit : « Au jourdhuy le sang est sorty du nez et de la bouche à son père ; vous donc devinez maintenant quel est ce présage. » Ce sont de ces mots dont la violence même dénote la détestable rhétorique de la fraude. On la fait parler des races infidèles (lady Gordon et Darnley), dont le diable devrait les séparer, sur un ton d’impiété brulale opposé absolument aux habitudes de sâ vie entière, mais tout à fait conforme à la manière d’un Buchanan. L’histoire nous montre Marie occupée deux fois de lady Gordon ; c’est pour lui donner des marques d’amitié , sa robe de noces , puis un legs dans le testament qu’elle fait avant ses couches.
A la vérité , les paroles odieuses qui lui coûtent si peu, semblent tempérées çà et là par des velléités de remords. Mais en réalité il n'y a pas un instant d’hésitation; toujours le crime endurci. Tout cela se couronne par la comparaison que dans la troisième lettre elle établit entre elle et Médée. Sans doute les preuves que nous apportons en ce moment sont surtout des preuves morales ; mais nous ne les en croyons pas moins fortes, et, de plus, nous pensons qu’elles tirent beaucoup d’autorité des résultats matériels auxquels nous sommes parvenus. Aucun des faits sur lesquels on a bâti les amours de Marie Stuart et de Bothwell n’a résisté à l’examen. La vie antérieure de Marie Stuart est, au contraire decequ’onadit, en complète discordance avec les lettres.
Parmi les menaces et les plaisanteries indignes que prodigue Marie, il en est une sur la maladie de Darnley qu’il
faut relever plus particulièrement: « Il (Darnley) n’a pas esté beaucoup rendu diforme ; toutes fois il en a pris beaucoup. » L’expression est vague , elle peut s’entendre de la petite vérole, comme aussi du poison que, d’après Buchanan, on aurait administré au roi à Stirling, et qui aurait causé la maladie de Glasgow. C’est le commentaire qui va nous découvrir le vrai sens; l’auteur de YAclio ne s’y prend pas à deux fois. Nous empruntons la traduction française dans les mémoires de l’Estat de France (T. I, p. 129, v.) : « Voulant aller à Glascow, elle fit bailler le poison à son mary. Par qui, diras-tu? Comment? Quel? D’où l’avoit-elle pris? Me demandes-tu cela? Comme si à meschans princes il manquoit jamais meschans ministres et serviteurs. Mais tu insisteras possible, et m’enquerras qui estoyent ces serviteurs. Premièrement, je respon qu’il appert du venin : car encore que l’impudence des hommes voulust desnier une chose si clere et notoire; néantmoins la façon de sa maladie le prouvera comme estant nouvelle, non accoustumée, mesmes inconue aux médecins, principalement à ceux qui avoient moins fréquenté l’Italie et l’Espagne; d’autant qu’il sortoit de tout son corps des vessies coulourées avec douleur en tous ses membres, et une puanteur insupportable. On dira que ces signes sont douteux et communs à d'autres maladies. Or si ceste cause se plaidoit devant Caton le Censeur, nous serions bien d'accord, veu qu’il s’estoit persuadé qu’une femme adultère estoit aussi empoisonneresse. Cerchons-nous en ceti un meilleur te3moin que Caton, duquel l’antiquité a estimé les sentences estre autant d’oracles? » De nouveaux arguments viennent fortifier cette puissante preuve : « mais afin qu’on puisse satisfaire mesmes aux plus revesches, mettons en avant un tesmoin royal. Lisez donc l’épistre de la royne, je dv épistre escrite de sa propre main. Que veulent dire ces mots : il n’a pas esté beaucoup rendu difforme, et toutes fois il en a pris beaucoup. Le fait mesme, la maladie, les vessies, et la puanteur le déclarent, assavoir qui prinl ce quî^lui donna quelque difformité, qui est le venin.... »
Enfin elle dit « qu’il faut user de purgation, et puis elle ordonne qu’il soit mené à Cragmillar, où les médecins et (ce qui estoit encore plus dangereux que tous les médecins) elle y puisse assister. Joint quelle demande conseil à Bothwell s’il pourroit inventer quelque moyen secret par forme de médecine, pour s’en aider estant à Cragmillar et par les bains. Voyez comme le tout s’accorde. Il en a beaucoup pris, il le faut purger, et ce à Cragmillar, a savoir en un désert et en lieu pour n’estre fréquenté, comme à perpétrer un si malheureux forfait, et pour user de médecine ; mais quelle? C'est de celle inesme dont il avoit prins beaucoup auparavant, etc. »
Il est donc bien entendu que Marie Stuart a voulu parler du poison qu’elle a fait donner à son mari, quoique la vérité historique ne parle que de la petite vérole. Plus loin encore, dans la même lettre, nous avons vu qu’elle dit à Bothwell : « Faictes moy sçavoir ce que je doy faire, et quoy qu’il en puisse advenir, je vous obéiray. Et pensez en vous-mesme si pouvez trouver quelque moyen plus couvert que par breuvage, car il doit prendre médecine et estre baigné à Cragmillar1, *
Dans la seconde lettre, du samedi 25 janvier : • Quant à moy, encore que je n’oye rien de nouveau de vous, toutesfois selon la charge que j’ay reçue, j’ameine l’homme avec moy lundy à Cragmillar, où il sera tout le mercredy *. » Pour en finir d’abord avec la seconde de ces deux citations, il y a deux faussetés : 1° Elle n'amène pas l’homme à Craigmillar, puisqu’au moment où l’on dit qu’elle envoya sa lettre, elle avait abandonné ce premier projet à la prière de Darnley ; 2» Elle ne l’y amène pas le lundi (27 janvier), puisque partie de Glasgow ce jour-là, elle mit quatre jours entiers, comme nous le verrons bientôt, à rentrer à Edimbourg. 11 ne pourra donc pas être à Craigmillar le mercredi. Prenons maintenant