‹ Marie Stuart et le Comte de BothwellChapitre 86 sur 257 · Telle est l'opinion de M. Teulet, p. 28, note · texte numérisé non relu

Telle est l'opinion de M. Teulet, p. 28, note

2. Goodall, t. I, p. 32", établit ici le sens do b y , dont il est fait d’ailleurs le même emploi quelques lignes plus haut dans la même lettre (Teulet, p. 26, ligne 6 du texte écossais). — Voy. aussi le Dictionnaire écossais de Jamieson, avec supplém., 4 vol., Edimbourg, 1841, à l’article he, t. 111 (I" du supplém.), n* 6 : (fle) without the aid of — in anolher way than. L’auleur cite à l’appui deux phrases du seixièmo siècle, après lesquelles il ajoute : this might be rendered besitles ; as denoting other means besidcs those referred to. (Be-) sans l'aide de, par d'autres moyens que.... — cela peut se rendre par outre, comme indiquant des moyens autres que ceux dont on a parlé.— Goodali rapporte que Buchanan avait écrit d’abord •quant per medicinam • dans une copie que l'on croit être celle qu'il présenta à Elisabeth , et cela fut rendu en français que par breuraqe. Mais au moment d’itnprimer le texte latin, il s’aperçut que l’argumentation de lUcfi'o roulait sur une médecine à donner secrètement , tandis que la lettre parlait de faire secrètement quelque chostfqui ne serait pas une médecine. Le quant fut donc effacé pour le besoin de la cause : mais avec l’étourderie qu’on apporta dans toutes ces traductions, il subsista dans la version française.

Il est vrai que les mots qui suivent, « car il doit prendre médecine et estre baigné 4 Craigmitlar, » semblent être dans le sens d’un plan d’empoisonnement futur. Mais ils peuvent signifier : attendu que chacun sait que pour achever sa cure il doit prendre médecine à Craigmillar et s’y baigner, s’il succombe à cette médecine l’empoisonnement sera trop manifeste; cherchons autre chose.

pondre ensemble. Dans la première : « Voilà ce que j’ay depesclié pour mon premier jour, espérant achever demain le reste. Je vous escry toutes choses, encor qu’elles soient de peu d’importance, afin qu’en eslisant les meilleures, vous en fassiez jugement. «(Teulet, p. 16). — «J’ay une grande joye en vous escrivant pendant que les autres dorment ... Faitesmoy sçavoir ce que vous avez délibéré de faire touchant ce que sçavez, afin que nous nous entendions l’un l’autre, et que rien ne se fasse autrement. » (P. 18, 19. — V. aussi p. 27, 32, 34.) La lettre II porte : « Il semble qu’avec vostre absence soit joinct l’oubly, veu qu’au partir vous me promistes de vo3 nouvelles.... je vous prie, faictes-moy sçavoir bien au long de vos affaires, et ce qu’il me faut faire. » (Teulet, p. 36, 38.) De plus, dans la deuxième confession de Paris, Bothwell annonce à celui-ci que la reine, pendant son voyage, lui donnera des lettres pour les lui porter. (Teulet, p. 93-4.) Or voilà que, dans la lettre III , la scène change subitement : « Maintenant j’ay violé l’accord ; car vous aviez delfendu que je n'escrivisse ou que je n’envoyasse par devers vous. » (Teulet, p. 4 1 .) Marie s’excuse de son mieux d’avoir écrit, sur ce qu’elle a voulu l’empêcher de soupçonner son amour. Étranges conspirateurs; ils se séparent : l’une va chercher la victime, l’autre va préparer l'assassinat; et Bothwell a défendu à sa complice de lui envoyer ni lettres, ni messagers. Il ne veut pas s’entendre avec elle sur le crime qu’ils préparent en commun! Jaloux étrange : il ne souffre pas que celle qu’il aime de l’amour le plus soupçonneux, lui donne signe de vie pendant le temps qu’ils vont être loin l’un de l’autre.

Mais, autre question, où est Bothwell [tendant ces mêmes jours? Nous savons qu'aux termes du journal de Murray il avait accompagné la reine, le 23 janvier, jusqu’aux environs de Glasgow, et qu’il était revenu coucher à Edimbourg. La deuxième confession de Paris porte la même indication, en ajoutant que le comte avait partagé la couche de la reine à Callendar, du 22 au 23. 11 passa la journée du 24 janvier à

Edimbourg, dit le journal, occupé de bon matin à examiner le logement que l’on préparait pour le roi. — Mensonge, puisque Craigmillar était le lieu destiné et tout prêt. Marie, arrivée le soir du 23 a Glasgow , ne savait pas encore que Darnley repousserait Craigmillar, et par conséquent elle ne pouvait pas avoir chargé déjà Bothwell de chercher un autre gîte. Toujours d’après la même autorité du journal , le comte partit d’Édimbourg le soir du 24 pour le Liddisdale, dont il ne revint que le 28 du même mois. Marie Stuart assurément devait savoir ses projets en prenant congé de lui près de Glasgow'. Alors on se demande d'où vient son inquiétude si grande de n’en avoir pas de lettre, dès le samedi matin (25 janvier), date de la seconde de ses missives. L’espérance de recevoir des nouvelles « m’a quasy jetté en aussi grande joye que je dois recevoir à vostre venue, laquelle vous avez différée plus que ne m’aviez promis. » (Teulet, p. 36-7.) Comment se peut-il que s’étant quittés le 23 dans la journée, elle pour continuer vers Glasgow, lui pour se rendre à Edimbourg et au Liddisdale, elle s’étonne, le malin du 25, qu’il ne soit pas de retour auprès d’elle. Glasgow est à soixante milles d’Édimbourg ; le Liddisdale est au moins à celte distance au delà de la capitale. Bothwell est donc fort loin de

1. Une phrase de la seconde lettre paraît faire allusion à l'absence de Bothwell loin d’Édimbourg : « Je vous prie, faictes-moy sçavoir ben au long de vos affaires, et ce qu’il me faut faire, si vous n’eslet de retour quand je seray là arrivée. » (Teulet, p. 38.) — Arrivée A Edimbourg en l’absence du comte. Citons le journal de Murray. * Janvier 23. La reine arriva a Glasgow; et, sur le chemin, elle rencontra Thomas Crawford, envoyé du comte de Lennor, et sir James Hamilton, avec le reste mentionné dans sa lettre. Les comtes d'Huntly et de Bothwell retournèrent le soir même à Edimbourg, et Bothwell coucha dans la ville. — 24. La reine resta à Glasgow ce jour lé , et les 25 et 26. Elle eut avec le roi l’entretien dont elle rend compte; et elle écrivit son récit et ses autres lettres ï Bothwell. Ce 24, on v,t llothwcll occupé de très-bonne heure à visiter le logement qu'on préparait pour le roi; et, le même soir, il partit pour le Liddisdale. — 27. La reine, conformément i sa commission, comme elle dit dans sa lettre, amena le roi de Glasgow 4 Callendar, sur le chemin d'Edimbourg. — 28. La reine amena le roi 4 Linlithgow. Elle y passa la matinée, jusqu’à ce qu’un avis de Bothwell. apporté par Hob Ormiston, l’un des assassins, lui apprit qu'il revenait à Edimbourg. Le même jour, le comte de Bothwell rentra du Liddisdale à Edimbourg. »

20f> VOYAGE DE MARIE STUART A GLASGOW.

• Marie. En ce cas, pourquoi lui écrit-elle comme s’il était tout proche? Lett. III (Teulet, p. 44-5) : « Je m’en vay cou-, cher et vous dy adieu. Faites-moy cerlaine de bon malin de vostre portement.... Ceste lettre fera volontiers ce que je ne pourray faire moy-mesme, si d’aventure, comme je crain, vous ne dormez déjà. » Lett. IV (Teulet, p. 47J. « Que si vous ne me mandez des nouvelles ceste nuict, de ce que vous voulez que je fasse , je m’en dépescheray et me hazarderay de l’entreprendre. » On ne parle ainsi que quand on est voisin l’un de l’autre. Sans compter que pendant que ces lettres donnent lieu de croire Bothwell dans le voisinage immédiat de Glasgow, et que le journal de Murray l’envoie dans le Liddisdale, la deuxième confession de Paris (Teulet p. 93) le met à Edimbourg : trois endroits à la fois.

l£ rôle attribué à Paris, porteur du premier de ces fameux messages , est ridicule et inadmissible. Pendant le voyage d’tfdimbourg à Glasgow, Bothwell avait fait entrer son fidèle serviteur dans la maison de la reine, sans doute pour se ménager des intelligences parmi la domesticité du palais. Le comte lui dit qu’il « s’en allast avec la royne, et qu’il regardast bien à ce qu’elle feroit*. » La reine, de son côté, l’admet tout de suite dans sa plus haute et plus intime confiance. Get homme que sa première confession (Teulet, p. 79-93) nous montre dans la situation du plus humilié des valets, toujours tremblant devant le pied ou la main de son maître, et tout à fait ignorant du complot jusqu’aux derniers jours, en devient ici la cheville ouvrière longtemps à l’avance. 11 voit tout, il est au courant de tout. Il assiste aux scènes les plus particulières. En lui donnant à porter des lettres si dangereuses pour elle, Marie ne prend la précaution ni de les fermer, ni de les sceller1. A quoi bon ? Il en sait plus que les lettres elles-mêmes. Lett. I (Teulet, p. 24). * Au com-

t. Deuxième confess. de Paris , Teulet, p. 93.

2. Les lettres que Morton présenta au Conseil d'Angleterre & Londres, comme les originaux, ne portaient ni sceau, ni suscription. pas plus que de signature.

mencement, il (Darnley, dans son enlrevue avec Marie) parloit fort asprement, comme vous récitera celuy qui porte les présentes. » Était-il donc en tiers avec le roi et la reine, dans ces conversations que Grawford aflirme s’être passées sans témoins? Plus loin (p. 27), Darnley vient de dire à Marie : * A présent, je veux ce que vous voudrez et aimeray ce que vous aimerez..,. » A quoi elle ajoute : « Touchant ce chef, le porteur vous récitera plusieurs particularités. — (p. 32) Il ^Darnley) me prie que je soye demain assez à temps pour le voir lever. Afin que je le face court, ce porteur vous dira le surplus. » On se demande, non sans stupeur, ce que peut être le surplus d’une lettre de quatorze pages in-folio *. due de choses ne faut-il pas que ce porteur sache, pour être capable d’ajouter au message ! A vrai dire pourtant, Paris n’est pas seul à recevoir le flux des confidences de la reine. Tout autre l’égale en importance; tel celui qui remettra la troisième lettre commençant ainèi : * J’ai veillé plus tard làhaut que je n’eusse fait, si ce n’eust été pour tirer (de Darnley) ce que ce porteur vous dira; que je trouve la plus belle commodité pour excuser vostre atfaire qui se pourroit présenter. J’ay promis que je lui méneroy demain cestuy-là. Vous ayez en soin, si la chose vous semble commode. » (Teulet, p. 40.) Encore un émissaire instruit de tout ce que Darnley a dit, et porteur aussi de beaux logogriphes. La deuxième confession de Paris complète le tableau (Teulet, p. 93). Bothwell a ordonné à son ancien valet de bien regarder à ce que fera la reine. La reine à son tour, en le chargeant de sa première lettre, accompagnée de lettres pour Lelhington, lui dit : « et voyés les parler ensemble (Bothwell et Lethington), et regardés la façon de faire et quelle mine ilz feront. * Paris ne manque pas de répéter sa leçon à Bothwell : « Voicy des lettres que la Royne vous envoyé et aussi à Monsieur de Liddington, vous priant de les luy délivrer, et que je vous vis parler ensemble, pour veoir vos façons de faire.et com-

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