Dans Anderson, t. II
ment vous vous accordiez ensemble. • Bothwell trouve cela tout simple; et Paris, mis tour à tour au-dessus de la reine et des plus grands seigneurs, transporte sa surveillance olympienne d'un côté à l’autre. Au fait, Marie n’a rien de caché pour lui. Elle lui fera part de son dessein d’épier le roi. Elle lui expliquera aussi qu’il s’agit de savoir lequel est le meilleur pour loger le roi, de Craigmillar ou de Kirk-of- Field (notons que la première lettre, au sujet de laquelle se donnent ces instructions, n’indique pas cette alternative et qu’il n’y est question que de Craigmillar, de même que dans les trois autres lettres de Glasgow). Est-il un moyen de descendre plus bas encore? Oui; après avoir fait litière devant ce valet de son honneur de reine, elle fait litière aussi de toute pudeur et de son honneur de femme. Elle le charge de dire à Bothwell « que le roy la vouloit bayser, mais elle n'a pas voullu de peur de sa maladie.... et plus, ce dit-elle, vous dirés à Monsieur de Boduel que je ne vais jamais vers le roy, que Reres n’y est et voyt tout ce que je fais. » (Teulet, p. 94.) Encore lady Reres, c’est-à-dire les fictions de Buchanan. Au risque de trop nous répéter, redisons que plus ces peintures ressemblent à l’héroïne scandaleuse de la Deieclin, moins elles conviennent à la malheureuse reine, telle que la montre la vérité. Il n'est pas difficile sans doute de choisir dans ces documents frelatés, certains extraits mieux tournés que le reste, et de s’en tenir à ceux-là. On l’a fait; mais il faut considérer l’ensemble pour juger avec justice.
Enfin, il y a dans la question de temps et de dates des impossibilités palpables, -v.
D’après le système du journal de Murray, Marie, arrivée à Glasgow le 23 janvier (le soir), y séjourne les 24 , 25 et 26 (vendredi, samedi et dimanche), et repart le 27 (lundi) avec Darnley. Durant ces trois jours, elle expédie quatre épîtresà Bothwell, la première le 24, la seconde le samedi matin, 25.
(Admettons pour le moment ces dates, bien que nous ayons établi ailleurs que Marie Stuart ne partit d'Edimbourg que le 24 au plus tôt.)
Elle ne put pas se mettre à sa première lettre avant le deuxième jour de son arrivée à Glasgow, soit le vendredi 24'; car elle dit au commencement (Teulet, p. 6) : « Le roy appela hier Joachim. » Et même elle ne commença que le troisième jour : « Quant au reste, touchant Guillaume Hiegait, il l’a confessé, mais non jusques au jour d'après mon arrivée » (Teulet, p. 1 1). Cette manière de parler la place évidemment au 25 janvier.
Vers le milieu de la lettre elle s’arrête: « Voylàce que j’ay depesché pour mon premier jour, espérant achever demain le reste » (Teulet, p. 16) ; et encore : « J’ay une grande joie en vous escrivant pendant que les autres dorment (p. 18);— je m’en vay pour trouver mon repos jusqu’au lendemain, afin que je finisse icy ma Bible » (p. 18). Ceci a rempli la journée du 25 janvier. Le 26, elle ne reprend qu’assez tard : « J’ay aujourd’hui travaillé jusqu’à deux heures en ce brasselet, pour y enfermer la clef qui est jointe au bas avec deux petites cordes » (p. 22). — « Je ne l’ay (Darnley) point veu ceste après-disnée, parce que je faisoye votre brasselet » (p. 30). Elle écrivit assez avant dans la nuit : « Le porteur vous récitera plusieurs particularitez, d'autant qu'il y a trop de choses qui restent à escrire et qu’il est desjà tard » (p. 27). — « il est tard ; néantmoins je ne désire jamais cesser de vous escrire » (p. 34).
En conséquence, Paris ne put partir avec la première lettre que le lendemain matin, lundi 27. Alors qu’on nous apprenne pourquoi la seconde lettre est datée du samedi matin 25; pourquoi, dans cette seconde, la reine s'impatiente de n’avoir pas encore la réponse de Bothwell à celle du 24 (qui ne sera achevée que le 26)? « Si Paris m’apportoit ce pourquoy j’avoye envoyé , j’espère que je mé porteroye mieux » (2* lettre, p. 38). 11 fallut bien au messager la journée du 27 pour parcourir les soixante milles de Glasgow à Edimbourg
I. Cette discussion est empruntée en grande partie à Goodall , t. 1, p. 1 19-1 Ï0.
Dès en arrivant, il vit son ancien maître qui lui dit : • Ha! Paris, tu es le bienvenu, » et il lui remit, outre la lettre qui le concernait, des lettres de la reine pour Lethington 1 (2e confess. de Paris, dans Teulet, p. 94-5; — il n’est pas hors de propos de rappeler que, d’après le journal de Murray, Bolltwell était alors dans le Liddisdale les 25, 26, 27 et 28 janvier, n’imporle). Le comte témoigne peu d'empressement au messager. Il ne lui assigne aucun rendez-vous. « Le lendemain, le dict Paris dict qu’il vint au logis dudict Bothwell par trois fois le chercher, • inutilement. Il le découvre enfin du côté de Kirk-of-Field, reçoit sa réponse après dîner, va voir Lethington et repart. Tout cela remplit la journée du 28. Il retourne à Glasgow où il ne peut être que le 29, et où il doit retrouver la reine. Elle lui avait dit en l’envoyant : ■ Paris, hâtez-vous de revenir; car je ne bougeray d’ici jusques au temps que m’aurés raporté la réponse. * Il s’acquitte envers elle du message dont l’ont chargé Bothwell et Lethington. Il n’a pas assisté à leur colloque; mais « monsieur de Boduel lui avoit dict qu’ils avoient parlé de bon visage ensemble, et que ledict sieur de Liddington estoit du tout à luy et que le logis estoit prest » (2* confess.). Nous avons déjà remarqué qu’il n’est jamais parlé que de Craigmillar dans les lettres de Glasgow; et que dans l’interrogatoire de Paris au contraire il n’est question que de l’autre maison , celle de Kirk-of-Field, dont Marie n’a pas touché un mot. Il y a une difficulté insoluble : c'est que Paris ne put pas retrouver la reine à Glasgow, car elle en était partie dès le lundi
1. La lettre de Marie à D'ihweU gante un silence absolu sur ces lettres ou cette lettre b Lethington, bien que ce dernier y soit mentionné, mais simplement pour dire que Darriley enrage quand elle parle de lui (Teulet, Letlr. t, p. 31). Cela s’explique : en 1567, époque où l’on produisit ces lettres, Lethington était avec Morton et Murray dans le parti victorieux : on ne pouvait pas penser & dénoncer sa participation à l’assassinat du roi. Mais en août 1569, époque des deux confessions de l’aris, il était ennemi de ses anciens associés. Murray , qui tenait le pouvoir, avait résolu de se défaire de cet adversaire dangereux; c’est pour cela qu’il inséra dans la deuxième confession certains faits de nature à le compromettre et à fournir des motifs sulUsants de le meure eu arrestation; ce qui eut lieu.
27 janvier. Donc, môme en suivant le système des accusateurs, il n'y aurait de place pendant le séjour de Marie Stuart à Glasgow que pour la rédaction d’une seule lettre, la première; le temps manque pour le voyage de l’envoyé et son retour, avec les réponses des complices, à plus forte raison pour les trois autres lettres dont on ne sait plus que faire. Ainsi, c’est par leur propre chronologie que ces documents sont convaincus de fraude. Que serait-ce si nous avions pris comme base les vraies dates? Savoir, le départ d'Edimbourg le 24, l’arrivée à Glasgow le 25, la rédaction de la lettre les 27 et 28, l’arrivée de Paris à Edimbourg le 29, son séjour dans cette ville le 30, son retour le 31 à Glasgow que la reine avait quitté le 27.
Résumons ces observations sur les lettres que Marie Stuart est accusée d’avoir écrites de Glasgow à Bothwell. Les prétendus originaux ne furent jamais produits en public. On ne les fit connaître que par des traductions, dont l’une, française, est à chaque instant dépourvue de sens, tandis qu’on persistait à dérober à la lumière les originaux écrits, disaiton, en français.
Le parti de Murray ne parla de cette précieuse capture qu’au bout de quinze mois, n’éclaircit jamais ce point par des recherches judiciaires, et ne publia les aveux supposés de l’intermédiaire prétendu de celte correspondance qu’après l’avoir fait mourir. En ce qui regarde la valeur intrinsèque des lettres, le style est absolument différent du style authentique de Marie Stuart. Le style et la personnalité de Buchanan, au contraire, y sont reconnaissables. Certaines paroles attribuées aux deux époux ne peuvent pas avoir été dites, parce qu’elles sont contradictoires à leur situation respective. L’exagération de scélératesse prêtée à Marie Stuart éveille justement la défiance, d’autant plus que des preuves irréfragables ont établi que Marie Stugrt était incapable de telles passions, qu’elle n'avait pas de haine contre son mari et qu’elle n’était pas la maltresse de Bothwell.