Voy. plus loin cbap. ni
les mains de son amant? N’est-il pas clair que c’est une œuvre de faussaires.
Mais le sonnet n est encore plus frappant. « Pour lui, » c’est toujours Marie qui vante les preuves d’amour qu’elle a prodiguées au comte :
Pour lui aussi j'ai jetté mainte larme,
Premier qu’il fust de ce corps possesseur,
Duquel alors il n’avoit pas le cœur.
Puis me donna un autre dur alarme,
Quand il versa de son sang mainte dragmc.
Dont de grief me vint laisser douleur Qui m’en pensa oster la vie, et frayeur De perdre, las I le seul rempart qui m’arme.
Sous cette forme, les trois premiers vers n'ont pas de sens. On ne conçoit pas qu’elle ait répandu tant de larmes pour un homme à qui elle n’avait abandonné ni son corps, ni son cœur. C’est que les contre-sens fleurissent dans la traduction en vers, comme dans la traduction en prose. Voici le lexle écossais :
For him also I powrit out mony teiris
First quhen he made himself possessorof this body,
Of this quhilk then he had not the hart.
C’est-à-dire : « Pour lui je versai mainte larme, quand pour la première fois (first quhen (when)) il se rendit possesseur de ce corps dont alors il n’avait pas le cœur*. » — Encore la Delectio. Le lecteur, en effet, n’aura pas oublié qu’elle raconte comment, une certaine nuit de la fin de septembre 1566, lady Reres introduisit Bothwell dans la chambre royale, où il triompha de Marie par la violence*. C’est ainsi qu’il se serait rendu possesseur de ce corps dont il n’avait pas le cœur,
]. Nous avons reproduit le texte de M. Teulet qui a suivi celui des Mémoires de l'Estat de France (t. I, p. 171).
Anderson a donné le sons exact (t. 11, p. 120) :
Pour luy aussi je jette mainte l'arme (sic),
Premier quand il se fit de ce corps possesseur , etc.
2 Voy. cliap. nt.
et (|u’il aurait fait répandre bien des larmes à la victime de sa brutalité. Mais qu’on se souvienne aussi que cette ignoble invention de Buchanan a reçu de l’examen des faits le démenti le plus catégorique. Il est d’autant plus évident que le sonnet a en vue la défaite prétendue de Marie Stuart, qu’exactement lidèle à la chronologie de la Detectio , il rappelle immédiatement après cette scène des derniers jours de septembre la blessure de Bothwell au combat de Jedburgh qui eut lieu le 7 octobre suivant, et qu’il fait allusion à la maladie que l’émotion de ce dernier événement aurait causée à la reine, autre imposture comme nous l’avons démontré en son temps, et autre indice que les sonnets n’ont pas une origine de meilleur aloi que les faussetés sur le voyage de Jedburgh.
Comment admettre que Marie Stuart ait exercé sa veine poétique sur un fait qui n’était pas arrivé, — qui n’arriva que dans la Detectio, — qu’elle ait chanté effrontément l’offense quelle n’avait pas essuyée ? Ce n’est donc pas elle qui a pu composer ces vers. L’auteur, c’est le calomniateur infâme qui a écrit la Detectio, afin de fortifier les fables d’un libelle par un autre libelle. Marie Stuart n’a pas à répondre des sonnets, et des lettres pas plus que des sonnets.