‹ Marie Stuart et le Comte de BothwellChapitre 93 sur 257 · Voy. notre chap. vni · texte numérisé non relu

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1567. Ils auraient donc agi le 16 juin, d’après les preuves qui ne seraient tombées entre leurs mains que quatre jours après. Voilà une difficulté que les adversaires de Marie Stuart feraient bien de résoudre.

B. Le parlement, dans son acte du 15 décembre 1567 (Goodall, App., p. 66-9), aurait adopté l’opinion dit Conseil.

En réalité, il ne fit que répéter mot pour mot l’aftirmation du Conseil privé au sujet des lettres, toutefois avec une variante importante, c’est qu’elles sont dites seulement écrites de la main de la reine; on ne les dit plus signées. C’est en vain que Robertson a essayé d’expliquer cette différence par une distraction du greffier. Tout est grave dans un tel procès; répétons encore que (ont y est irrégulier.

Au reste, la déclaration de ce parlement ne ressemble en auqune façon à une instruction judiciaire ; c’est un bill d’indemnité pour tous ceux qui ont pris part au renversement de la reine.

M. Mignet fait remarquer que parmi les membres de cette assemblée figuraient Argyle, Huntly et Herries , amis de la reine, et qu’aucun d’eux ne protesta contre l’authenticité des lettres. — D’abord, nous disons que rien absolument ne prouve, n'indique même que les lettres aient été commu niquées au Conseil privé, ni au parlement. Nous avons traduit ci-dessus avec une rigoureuse exactitude les mots employés dans le seul passage de l’acte du Conseil et de l’acte du parlement, relatif à ces fameuses lettres. Les actes authentiques ne font d’ailleurs aucune allusion, si légère qu’elle soit, à une enquête, ou bien à une communication spéciale devant le parlement. C’est l’observation que firent huit mois après trente-cinq nobles réunis à Dunbarton (12 septembre 1568); parmi eux étaient Argyle, Huntly et Herries (Goodall, t. II, p. 361). Pas un mot non plus sur la manière dont ces pièces seraient tombées entre les mains de Morton et de Murray, ni sur la cassette qui les aurait contenues. On conçoit donc qu’il aurait été fort difficile aux amis de Marie de contester l’authenticité de documents maintenus ainsi dans

les nuages. Mais puisque M. Mignet parle de protestalions, comment oublie-t-il que ces trois seigneurs protestèrent contre l’abdication qui avait été arrachée cinq mois auparavant à leur maltresse, qu’ils renouvelèrent la demande faite par Marie elle-même dès son arrestation, que l'on prît le parlement pour juge; qu’ils réclamèrent contre l’injustice de frapper un accusé sans l’entendre, et demandèrent une instruction régulière sur les crimes reprochés à la reine? 11 va sans dire qu’ils demandèrent inutilement. A la vérité, ils signèrent les actes du parlement; mais ils maintinrent expressément leurs réserves, et déclarèrent l’année suivante qu’ils savaient, s’ils ne signaient pas, la vie de la reine en danger. Or, plus d’une circonstance de cette tragique histoire donne les couleurs de la vérité à leurs paroles (voy. les pièces authentiques dans Goodall, t. II, p. 169, 344, 360-1. — Leslie, A Defence of </vccne Marie' s honour, dans Anders, t. F, p. 45. — Miss Strickland, t. VI, p. 41). On voit ce qu’il faut croire de l’adhésion tacite d’Herries, Argyle et Huntly à l’authenticité des lettres. A notre tour, nous demanderons la permission de poser quelques questions.

Pourquoi Morton et Murray ne publièrent-ils pas alors les lettres? Pourquoi ne souffrirent-ils pas que Marie comparût devant l’assemblée? Qu'avaient-ils à craindre, puisqu’ils possédaient les preuves écrasantes de son crime ? A défaut de Marie, pourquoi ne citèrent-ils pas les dames du palais, témoins de la vie de la reine, et qui étaient des leurs, comme les comtesses de Mar et de Murray, comme lady Lethington, l'une des quatre Marie qui avaient été élevées avec la reine dès sa première enfance, lady Reres, lady Buccleuch, lady Coldingham, sœur de Bothwell et veuve de lord John de Loldingham, frère naturel de Marie Stuart? Ne pouvaient-ils pas connaître par elles tous les secrets de la vie de leur reine déchue? Ne tenait-on pas alors en prison quatre domestiques et complices de Bothwell, Hepburn, Hay, Powrie et Dalgleish, qui fut plus tard désigné comme porteur de la cassette? Pourquoi ne les avoir pas produits en public? Ils

devaient pourtant connaître l’intrigue de leur maître avec sa souveraine. Pourquoi, et ceci est encore plus fort, avoir supprimé les déclarations qu’ils venaient de faire en septembre devant le Conseil privé sur les vrais assassins, déclarations qu’on altéra et qu’on ne publia falsifiées qu’après avoir exécuté précipitamment les coupables, le 3 janvier 1568? (Tytler, t. VI, p. 22, 23, 31-32, édit. 1845.) Les ennemis de Marie auraient-ils agi de celte manière s’ils avaient eu de vraies lettres? (Voy. rniss Strickland, t. VI, p. 41 etsuiv.)

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