‹ Marie Stuart et le Comte de BothwellChapitre 94 sur 257 · C. L’impression des commissaires anglais à York · texte numérisé non relu

C. L’impression des commissaires anglais à York

Cela n’est pas une preuve. Ils rapportent que Murray, Lethington, etc., leur ont présenté les lettres comme de la main de la reine d'Ccosse ; et que, si cela est, il est difficile de ne pas la croire coupable.

M. Mignet reproduit quelques mots d’une lettre du duc de Norfolk qui semblent la condamner (Goodall, t. II, p. 154". C'était au début des conférences d’York, le 12 octobre 1568; mais ce qui suivit inspira sans doute une opinion tout autre au duc, puisqu’il médita bientôt d’épouser Marie; et si sérieusement, que cela le conduisit à l’échafaud en 1572.

I). Le Conseil privé d’Angleterre compara les lettres à Bothwell avec d’autres lettres authentiques de Marie Stuait, et reconnut l’authenticité de l’écriture.

Celte vérification se fit à huis-clos, à l’exclusion des commissaires de Marie Stuart. Parmi les conseillers d'Klisabeth siégeaient les ducs de Norlhumberland et de Westmoreland qui bientôt après s’armèrent en faveur de Marie Stuart (novembre 1569). D’autres, Arundel, Sussex, Clinton et Norfolk soutinrent que la reine d'Écosse avait le droit d’étre entendue dans sa défense ; et leur énergie paralysa les mauvaises intentions deCécil contre la prisonnière. Il y a plus : ils demandèrent qu’lilisabeth la replaçât sur le trône avec sanction de son droit de succéder au trône d’Angleterre (miss Strickland, t. VI, p. 287-8, 313-4). Si donc ils n’avaient pas refusé à leur reine de certifier l’identité de l’écriture, il faut croire que l’épreuve ue les avait pas convaincus. Attribuàt-

on la conduite de Norfolk à l’ambition d’une couronne, il ne saurait en être de même chez le reste du Conseil.

E. M. Mignet accorde beaucoup de confiance à l’assertion du comte de Lennox écrivant, en juillet 1570, à sa femme qui n’avait pas quitté l’Angleterre, qu’il est assuré de la culpabilité de la reine, « non-seulement Dar sa propre connaissance à lui, mais d’après des écrits de sa propre main à elle, les confessions des gens conduits à la mort et d’autres preuves infaillibles. »

Le comte se borne à ces phrases générales qui auraient quelque poids, si on pouvait le croire véridique. Mais ces lignes mêmes renferment un mensonge grossier, lorsqu’il allègue les confessions des gens conduits à la mort. Il était, au contraire, de notoriété publique que tous ceux des serviteurs et complices de Bothwell qui avaient payé leur crime de leur vie, avaient déclaré constamment sur l’échafaud que la reine était étrangère à l’assassinat ( Innocence de Marie, royne d'Écosse, dans Jebb, t. II, p. 474-5. — Goodall, t. II, p. 213, 359. — Chalmers, t. II, p. 450. — Tytler, t. VI, p. 19-20, 31-32, édit. 1845. — Miss Strickland, t. VI, p. 273). N’oublions pas non plus que Lennox avait poussé son fils dans le complot contre Riccio, où il ne visait à rien moins que de détrôner et même de faire périr sa bru, dont il avait toujours été l’ennemi implacable, sans en avoir reçu que des bienfaits.

Deux ans avant cette lettre à la comtesse de Lennox, il avait paru aux conférences de Londres, le 29 novembre 1 568, pour accuser Marie du meurtre de Darnley. Il remit un mémoire écrit, lequel, entre autres preuves, contenait « quatre lettres dont deux avaient été écrites à la reine d'Écosse, et les deu.v autres écrites par elle en réponse à ceW«-ci.»(Goodall, App., p. 208-9.) Qu’est-ce que ces lettres? Le procès-verbal ne s’explique pas. Ce n’est pas la correspondance que Lennox échangea avec sa belle-lille après la mort de Darnley ; car elle se composait de dix lettres, dont sept seulement ont été conservées (Keith les a reproduites, p. 369 et suiv.). Ces qua-

tre lettres n’ont pas laissé de trace au procès. Il faut donc que ceux devant qui elles furent produites ne les aient pas jugées susceptibles d’être admises et de peser dans la balance. Voilà probablement les écrits de la propre main de Marie, que Lennox, en 1570, se vante de posséder. Il était dans le caractère de ce vil personnage de meniir quand même.

F. M. Mignet ajoute qu’il parait que l’évêque de Ross lui-même, John Leslie, Tardent défenseur de Marie à York et à Londres, et toute sa vie, avoua, en 1571, devant Thomas Wilson, qu’il croyait à la culpabilité de cette princesse.

Wilson était une âme damnée de Cécil, collaborateur de Ruchanan, l’un de ceux qui traduisaient en bel écossais (il s’en vante) les libelles latins et anglais contre Marie Stuart. Ouelle foi mérite-t-il quand il écrit à Cécil que l'évêque de Ross lui a dit « que la reine, sa maîtresse, n’élait guère propre au mariage ; que son premier mari, le roi de France, elle l’avait empoisonné, comme il le savait de bonne source; le second, Henri Darnley, elle l’avait assassiné; en troisième lii-u, elle avait épousé l'assassin et l’avait conduit sur le champ de bataille pour le faire tuer.» (Miss Strickland, t. VI, p. 233, not. 2.) 11 est regrettable qu’un maître en histoire admette un pareil témoin contre l’admirable évêque, une des plus nobles figures de son temps ; plus regrettable encore qu’au lieu de citer intégralement les paroles de Wilson, il retranche ce qui regarde le premier mari, ainsi que le dernier membre de phrase relatif au troisième , et réduise la citation à cette phrase tronquée : « llpon speach that.... she hatli consented to murder of her late howsebande the lorde Darnlye.... she matched with the murderer. — Sur le sujet que.... elle consentit au meurtre de feu son inari lord Darnley.... qu’elle épousa le meurtrier. » — Un texte n’est-il pas absolument dénaturé par de telles suppressions?

//. M. Mignet ne tient pas compte des dénégations ullé-

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