‹ Marie StuartChapitre 131 sur 231 · CHAPITRE DOUZIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DOUZIÈME

Bourgoing, de son côté, entre dans les plus intimes et les plus intéressants détails sur l'attitude noble et digne de sa royale maîtresse : « Après le départ des seigneurs, dit-il, le sieur Amyas ne traita la reine que courtoisement , lui fit fournir le reste de ce qui était besoin pour s'accommoder en son logis, qu'il augmenta de la salle où avait eu lieu l'examination ' , et il ne lui tint aucuns propos que de bonne façon , plutôt courtois et aimables qu'autrement. Et Sa Majesté, tout ce temps, tant s'en faut qu'elle fût troublée et émue de ce qui s'était passé, en aucune soite, que je ne l'avais vue si joyeuse ni si à son aise plus continuellement, depuis sept ans auparavant. Elle ne parlait d'autre chose que de propos récréatifs, spécialement de donner son opinion des choses écrites es chroniques d'Angleterre, à la lecture desquelles elle passait une bonne partie du jour, et, après, en devisait entre ses gens familière ment et tout joyeusement, sans aucune apparence de tristesse, avec un bon visage, voire meilleur qu'auparavant son trouble. Et s'il advenait de parler de ce qui avait été fait en cette procédure, elle ne s'en émouvait non plus que d'un autre propos; elle-même, avec assurance, disait son opinion et faisait l'événement pire que nous autres mêmes, sans toutefois qu'il semblât que l'affaire lui touchât en rien, ni qu'elle s'en émût le moins du monde. Et enfin sa résolution était qu'elle ne craignait de mourir pour sa bonne querelle. Et s'il advenait qu'on lui dît que jamais on ne la ferait mourir, elle disait qu'elle savait très-bien ce qui s'en ferait. Et comme elle voyait bien que ses ennemis procédaient pour venir à ce point, et qu'elle connaissait leurs procédures et façons de faire, elle employa

* « Elle est toujours soigneuse, écrivait Paulet à Walsingham , le 24 octobre, d'avoir ses chambres en bon ordre, désireuse d'avoir diverses choses pour son propre usage, et espère que son argent lui sera rendu. Elle prend plaisir à des bagatelles, et, dans tous ses discours, est libre de toute préoccupation d'esprit, du moins en apparence. » The Letter-Boohs of sir Amias Poulet, etc., p. 300.

même, de sa bonne volonté, et sans y être invitée (ce qu'elle n'avait jamais fait auparavant), cinq à six jours à prendre médecine, afin de pourvoir aux accidents de sa maladie, qui avait accoutumé de survenir au commencement de l'hiver, et où elle se comporta aussi allègrement et d'aussi bon cœur que jamais elle avait fait. Et elle-même s'efforçait en sa complexion, mal apte à prendre médecine, faible et débile pour la longueur du mal, à faire de tout son pouvoir que les remèdes lui profitassent ' . »

Elisabeth, comme on l'a vu, n'avait pas tardé à se repentir d'avoir ordonné aux commissaires siégeant à Fotheringay de suspendre leur sentence contre la reine d'Ecosse. Dès le 15 octobre, craignant que sa proie ne lui échappât, elle avait fait écrire à Burgblev par Davison , pour que le délai fixé fût abrégé. Burghley reçut cette lettre le 16, à sa maison de campagne de Burghley, et il se hâta de répondre à Walsingham : « J'ai montré combien il nous est impossible de nous réunir avant le 25, d'abord parce que ce serait illégal, la Commission étant ajournée, ensuite parce qu'il est impossible d'arriver plus tôt. J'ai fait espérer qjie l'affaire viendrait à bonne fin, et d'une façon honorable pour une telle cause, qui ne pouvait être jugée en deux jours, ou mieux en un jour et demi; car nous aurions pu donner ainsi raison à la reine d'Ecosse , qui a prétendu qu'elle était jugée d'avance, ce qui a été beaucoup répété*. »

Au jour désigné, le 25 octobre, les commissaires furent de nouveau convoqués à Westminster, dans la Chambre Ëtotlée, pour y juger le procès de Marie Stuart. Tous comparurent, à l'exception des comtes de Warwick et de Shrewsbury, qui l'un et l'autre se dirent malades'. Les débats durèrent plu-

1 Journal inédit de Bourffointj.

2 The Lelter-Books of Amias Poulel, etc., p. 297.

>* Camden. « Demain, dans l'après-midi, écrivait, le 30 octobre, Burghley

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