CHAPITRE DIX-NEUVIEME
vaise affection en une affaire de si petite conséquence et pour un trèfle \ Elle se souvient qu'on a fait de même au roi Richard, lequel on dégrada de tout honneur et dignité, et soudainement il fut mis à mort, massacré et tué à l'instant. Elle craint qu'il lui en soit fait de même. »
A ces mots, Paulet laissant éclater sa colère : . « Ces propos, s'écria-t-il, ne sont pas bons à ouïr, et il ne me faut envoyer tels messagers si indignes et outrageux... Je ne pense pas que cela vienne de votre maîtresse, mais de vous qui vous montrez trop rude ministre de tels propos... » Il ajouta : « Je n'ai autre réponse à rendre, et Sa Majesté se doit reposer et ne craindre; ainsi qu'elle se contente de ce que vous lui avez dit de ma part.
— Ce n'est pas tant de vous que Sa Majesté se défie, lui répliqua Bourgoing pour l'apaiser, comme de plusieurs ennemis qu'elle a en ce pays, de quoi je l'ai presque satisfaite quand je lui ai dit que vous répondiez pour tous, n'eût été ce qui est survenu de nouveau touchant la défense que vous avez faite de porter la verge ^. » A ces mots, Bourgoing se retira.
Les craintes de la malheureuse princesse n'étaient que trop fondées, comme on le verra bientôt par la criminelle proposition qui fut faite à Paulet de la part d'Elisabeth. A partir de ce moment, Marie n'osait plus envoyer auprès de lui aucun de ses serviteurs , dans la crainte qu'il ne les retînt et qu'on ne la laissât dans le plus complet isolement pour la faire disparaître en secret.
Le vieux puritain Paulet, qui repoussa avec horreur l'invitation qu'on lui fit, à quelques jours de là, de tremper ses mains dans le sang de sa prisonnière, continuait pourtant à
1 Nous avons fait de vaines recherclies pour découvrir quel était cet emblème du pouvoir royal de Marie. 11 était probablement spécial à la couronne d'Ecosse.
demander son exécution légale avec un implacable acharnement : « Je vous adresse, écrivait-il à Davison, le 27 janvier, une lettre qui m'a été envoyée par un des juges de paix du comté de Huntington, à laquelle j'ai répondu, comme vous le verrez par cette copie. Je vous en avertis sans retard, afin que vous voyiez à quel point cet effrayant délai engendre de crainte et de dangers de toutes parts '. Chaque jour amène un nouveau mal, auquel il n'y aura pas de fin jusqu'à ce que la cause en soit supprimée, et que la colère de Dieu soit apaisée par ce sacrifice d'une agréable odeur, exécuté sur la personne de cette dame, dont la vie menace de ruiner notre reine et l'État. Il règne de grandes alarmes dans le comté et dans les comtés adjacents, à cause du bruit qui a couru de l'évasion du traître Arden*.
Pendant ces dernières semaines de mortelles angoisses, l'apparition , au milieu de la nuit , d'un brillant météore , peut-être une aurore boréale, vint jeter l'effroi dans le château de Fotheringay, et fut considérée comme un funeste présage.
K Le XXIX* janvier, qui était dimanche, dit une Relation du temps..., entre le minuit et une heure, apparut au firmament une grande flamme de feu éclairante soudainement sur la fe,nêtre de la chambre de la reine, et donna grande lueur, retournant trois fois par là, et si ne s'apparut en nulle part dudit château que là. Cette lumière était si claire que l'on eût pu aisément lire et écrire à sa lueur ; chose qui étonna fort, et mit en crainte les gardes qui étaient appointés
* Tous ces faux bruits étaient semés par Walsingharn, afin de hâter l'exécution de Marie Stuart. « Ad majores terrores reginœ inculiendum », dit Camden.
2 The Letter-Books, etc., p. 353. Francis Arden, catholique, était alors détenu à la Tour, sous l'accusation de trahison. 11 était sous le coup d'une sentence de mort, mais il ne fut pas exécuté et parvint à se sauver de la Tour onze ans après.