CHAPITRE DIX-NEUVIÈME
pour veiller sous cette fenêtre, comme ils ont tous déposé '. » La surveillance exercée par Paulet était devenue si étroite et si rigoureuse qu'aucune nouvelle du dehors ne parvenait aux oreilles de la royale condamnée. Elle ignorait, comme nous l'avons dit, si les rois catholiques et même si son propre fils intercédaient pour elle; elle ne savait même pas ce qui se passait autour d'elle, dans l'intérieur du château, à quelques pas de distance^. Elle n'avait pas la moindre illusion sur son sort, et elle se préparait avec calme et résolution à faire une mort digne d'une chrétienne et d'une reine.
Le 4 février, se sentant un peu indisposée, et craignant d'être paralysée par ses douleurs le jour où il faudrait marcher au supplice, afin de prévenir le mal, d'être libre dans tous ses mouvements et de faire bonne contenance devant ses bourreaux, elle résolut de prendre quelques médicaments. Dès le lendemain, elle dépêcha Bourgoing à Paulet, pour qu'il fût autorisé à « cueillir des herbes en quelques jardins des gentilshommes du village » , afin qu'elle pût « se médiciner ^ » . Dans le premier moment, Paulet, craignant sans doute que la reine n'eût la pensée d'un suicide , répondit à Bourgoing « qu'il aurait tout ce qu'il pourrait demander, s'il le voulait mettre par écrit » . Mais Bourgoing lui répliqua avec à-propos « qu'il n'était si bon Anglais qu'il pût nommer toutes les plantes et racines en leur langage, aussi qu'il ne voulait pas qu'on sût de quels remèdes Sa Majesté usait ; qu'il ne fallait pas que les
* Teulet, t. IV, p. 163 et 164 : Le viay rapport de l'exécution faite sur la personne de la royne d'Ecosse, etc.
2 La Mort de la royne d'Ecosse, t. II, p. 609. L'auteur anonyme de cette relation tenait de Bourgoing la plupart des détails qu'il donne.
•^ Journal inédit de Bourgoing et la Mort de la royne d'Ecosse^ dans Jedb, t. II. Les deux relations renferment le mCme épisode, raconté à peu près dans les mêmes termes et provenant de la même source, c'est-à-dire de Bourgoing.
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maux des princes fussent connus à chacun, spécialement d'elle, qui était femme et reine prisonnière ' » . Et comme il pressait vivement sir Amyas de lui permettre d'aller chercher lui-même ces simples, celui-ci s'y refusa, prétextant qu'il ne pouvait lui donner de réponse avant d'en avoir conféré avec Drury, et la lui promettant pour le lundi suivant. Bour(joing ne se paya pas de cette défaite ; il redoubla d'instances, disant qu'il avait hâte de prévenir le mal le plus tôt possible, et que, pour peu que l'on tardât, sa maîtresse, perdue de douleurs, serait bientôt hors d'état de se mouvoir. Cette dernière considération produisit sans doute un g^rand effet, car à peine Bourgoing fut-il parti, que Paulet lui envoya la permission de sortir du château, pourvu que ce fût sur-le-champ. Aussitôt, le fidèle médecin, suivi de Gorion, le pharmacien, alla cueillir des simples, et la reine commença dès le lendemain « à se remédier » , suivant la naïve expression de notre Journal^.
1 La Mort de la royne d'Ecosse, Jedb, t. II, p. 620.
2 Telle était sa merveilleuse tranquillité d'âme, la gaieté naturelle de son esprit, qu'à cette occasion il lui échappa un de ces mots à la lois naïfs et plaisants, dans le goût des conteurs du seizième siècle : « Le lendemain, dimanche, Sa Majesté, enquise si elle voulait continuer ses remèdes, répond, ayant ouï la venue de Beele (le clerc du Conseil, porteur du warrant de l'exécution), que, par adventure, il ne lui en fallait plus, et qu'il la ferait beau voir prendre médeciae s'il fallait qu'elle mourût. » La Mort de la royné d'Ecosse, dans Jebb, t. II.