SIGNATURE DU WARRANT D EXECUTION PAR ELISABETH
Depuis la condamnation à mort de Marie Stuart par la Chambre Etoilée, Burghley et Walsingham, afin de couvrir l'énormité du forfait, faisaient répandre dans toutes les provinces de l'Angleterre les rumeurs les plus capables d'enflammer l'imagination et la colère du peuple. Tantôt le bruit courait que les Espagnols, secondés par les catholiques, avaient débarqué au port Milford ' ; tantôt se répandait la nouvelle de l'évasion de Marie Stuart; un jour, c'étaient les contrées du Nord qui étaient en pleine rébellion; le lendemain, c'étaient l'incendie de Londres et une nouvelle conspiration contre la vie d'Elisabeth ^
1 Gamden in Kennet, vol. II, p. 533; Ellis, 2"= série, vol. III, p. 106 et 109; TïTLEH, vol. VIII.
2 Parmi les manuscrits Lansdowne, se trouvent deux lettres du maire et des adjoints d'Exeter : la première, en date du 3 février 1586-1587 (n. s.), à lord Burghley, pour demander des instructions sur un Hue and cry, afin de recherclier la reine d'Ecosse qui, disait-on, s'était enfuie; l'autre au Conseil privé, en date du 4 février, à une heure du matin, au sujet d'un autre Hue and crj, qu'ils avaient reçu, annonçant que la cité de Londres était en flammes, et leur ordonnant de tenir « leurs hommes et leuîs arm.ures tout prêts, sous peine de mort » . Comme spécimen, nous donnons le premier de ces curieux documents :
« Hue and cry. Ceci est pour vous ordonner, au nom de Sa Majesté, sous peine de mort, de faire une diligente recherche et de faire chercher et crier la reine d'Ecosse, qui s'est enfuie, de fermer les routes, d'arrêter les barques et les voiles de vos ports, car l'information vient de M. Howard, esquire;
Ces bruits étaient parvenus aux oreilles du soupçonneux Paulet, dès le 20 janvier, et, ce jour-là même, il avait écrit à Davison : « Par la grâce de Dieu, je ne laisserai pas cette dame, confiée à ma charge, se sauver, et, tant que je serai en vie, rien ne pourra Tarracher de mes mains '. » Le 2 février, il écrivait au même Davison que depuis quelque temps il était « éprouvé de corps et d'esprit » , que « son malaise augmentait par suite d'inquiétudes particulières » , et du silence que l'on gardait vis-à-vis de lui, « Ne rien recevoir du tout, lui disait-il, me fait croire à toutes sortes de choses contre moimême. Je suis conduit à agir le plus souvent d'après mes propres inspirations*. » 11 craignait à chaque instant que sa proie ne lui échappât.
Burghley et Walsingham, exploitant avec habileté les bruits alarmants qu'ils avaient semés eux-mêmes, tenaient au sein du Conseil réunions sur réunions, et assiégeaient leur maîtresse des prédictions les plus sombres. L'âme altérée de vengeance, mais combattue par la crainte des représailles, Elisabeth devenait de jour en jour plus inquiète, plus soucieuse, plus irrésolue. Elle fuyait ses distractions habituelles et la vue de ses courtisans ; elle s'enfonçait dans la solitude, et souvent on l'entendait murmurer cette maxime, empruntée à quelque livre d'emblèmes : « Aut fer, aut jeri; ne feriare , feri. — Souffre, ou frappe; pour ne pas être frappé, frappe. » A travers ses paroles pleines de réticences et à demi voilées, ses ministres comprirent que son plus ardent désir était que la reine d'Ecosse fût mise à mort par quelque moyen expéditif et secret, mais sans qu'elle y prêtât les mains, sans qu'elle signât le vvarrant
faites un guet constant nuit et jour jusqu'à ordre contraire, et que ceci soit fait par le chef de votre paroisse. — Le 2 février, anno 1586 (v. s.). Reçu à Honiton, à onze heures du matin. Thomas Ward, constable. » The Letter- Books of Amias Poulet, etc., p. 355.
1 The Leller-Books of Amias Poulet, etc., p. 356. Ibidem, p. 357.