CHAPITRE VINGT-TROISIEME
coup (le serments, qu'elle était innocente; que véritablement elle avait signé la commission, mais que c'était pour contenter ses sujets;... qu'elle n'avait jamais eu intention de la faire mourir, sinon en cas qu'elle vît une armée étrangère descendre en Angleterre, ou bien un grand soulèvement de ses sujets en faveur de ladite reine d'Ecosse. Auquel cas, elle confessait que peut-être l'eût-elle fait mourir, mais que, autrement, elle ne l'eût jamais consenti. » Elle ajouta que les membres de son Conseil, entre autres quatre, «lui avaient fait un tour dont elle ne se pouvait apaiser, et jura Dieu que , n'eût été le long temps... qu'ils lui faisaient service,... » et ce qu'ils avaient fait « pour le bien et salut de sa personne et de son Etat, elle leur eût fait trancher la tête » . Pouvait-on la croire assez méchante pour rejeter la faute, si ce n'était la vérité, « sur un petit secrétaire»? « Cette mort-là lui toucherait au coeur toute sa vie,..» Elle insista ensuite sur l'évident intérêt qu'avaient la France et l'Angleterre à s'unir pour lutter contre les ligueurs et Philippe II , également dangereux pour les deux couronnes. Elle annonça à Ghàteauneuf qu'elle envoyait Drakepour « travailler » Philippe II « jusques en ses côtes » et Leicester en Hollande; «jurant Dieu qu'elle empêcherait bien le roi d'Espagne et ceux de Guise de se moquer de cette pauvre vieille , qui avait un corps de femme , accompagné d'un cœur d'homme... » Enfin, elle offrit, pour Henri III, soldats, argent, navires, et même l'appui de quatre princes allemands qui, avec leurs reîtres, voleraient à son secours sur un mot d'elle. «Le temps est tel, dit-elle à Châteauneuf, que l'un et l'autre... avons plus besoin que jamais de vivre en étroite amitié ' . »
Henri III , sans ajouter foi aux hypocrites exphcations d'Elisabeth , mais sentant toute la justesse des raisons qu'elle allé-
» Châteauneuf u Henri III, 13 mai 1587, Teulet, t. IV, p. 194 et suiv,
guait en faveur d'une ligue pour défendre leurs intérêts communs, finit peu à peu par abandonner tout projet de venger sa belle-sœur. Sans cesse menacé par la Ligue, il comprit que favoriser l'invasion de l'Angleterre , la ruine d'Elisabeth et la conquête des Pays-Bas, c'était agrandir outre mesure les possessions du roi d'Espagne, exposer sans cesse les côtes de France à ses flottes victorieuses, assurer le triomphe des Guise, et signer sa propre déchéance. Toutefois , pour sauver les apparences , et d'après les conseils machiavéliques de sa mère, il simulait un mécontentement profond et portait un deuil rigoureux. Puis, après quelques mois passés dans ces fausses démonstratioïis, il donna ordre à son ambassadeur de régler les différends qui existaient entre les deux couronnes '. Placé entre l'attaque imminente des reîtres allemands et les barricades des ligueurs , Henri III était condamné à garder la défensive. Sous peine de périr, il ne pouvait suivre une autre politique.
1 Papiers de Simancas, cités par M. Mignet, t. II.