L INVINCIBLE ARMADA. CONCLUSION
Un seul prince eut la sérieuse pensée de veng^er la mort de Marie Stuart, parce qu'elle ouvrait pleine carrière à sa vaste ambition : ce fut Philippe II. Il fit rechercher avec soin dans les archives de Simancas les titres sur lesquels il croyait pouvoir fonder ses prétentions à la couronne d'Angleterre ' . Sa descendance par les femmes de Jean Gaunt, duc de Lancastre', troisième fils d'Edouard III, le testament de la reine d'Ecosse en sa faveur, l'approbation du pape et une armée qui n'avait pas son égale dans le monde , lui parurent des titres suffisants pour écarter Jacques VI et les autres compétiteurs dont les droits primaient de beaucoup les siens. L'Angleterre était le centre politique de toutes les forces protestantes, et c'était sur Elisabeth que les Néerlandais et les huguenots de France trouvaient leur principal appui*. Les circonstances semblaient singulièrement favorables à Philippe pour assurer le triomphe définitif du catholicisme. Il était prépondérant en Allemagne ; Genève, l'antique berceau du protestantisme, avait perdu ses alliances et n'était pas en état de résister; en France, le criminel massacre de la Saint-Barthélémy et les victoires répétées des Guise avaient réduit les huguenots à la plus complète
1 Eanke, t. II, p. 273.
2 II fut le chef de la branche du même nom qui, plus tard, parvint à la couronne d'Angleterre. Il avait épousé l'une des filles de don Pèdre le Cruel et de Maria Padilla, et, du chef de sa femme, pris le titre de roi de Gastille.
3 Kanke, t. II.
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impuissance; depuis trois ans, Alexandre Farnèse avait rétabli l'ancien culte dans les Pays-Bas qui avaient failli glisser dans la doctrine nouvelle, et il y avait en partie dompté l'insurrection. La conquête de l'Angleterre eût porté peut-être le dernier coup au protestantisme, et Philippe II ne négligea rien pour atteindre ce grand résultat. Les Guise, mis dans le secret, devaient assurer en France le triomphe du catholicisme et détrôner Henri III à leur profit. Sixte-Quint approuvait et favorisait cette croisade de tout son pouvoir; une victoire sur l'Angleterre, disait-il, pouvait seule assurer la conquête du reste des Pays-Bas \ dont Elisabeth avait embrassé ouvertement la cause, et, gourmandant les lenteurs du roi d'Espagne, il l'accusait de se laisser impunément « maltraiter par une femme » . Lorsqu'il apprit la malheureuse fin de Marie Stuart, il remplit de ses plaintes énergiques le consistoire, et il conclut une alliance positive avec Philippe II pour châtier Elisabeth^. Il promettait de consacrer un million d'écus d'or à cette expédition'.
Renouvelant les ana thèmes fulminés contre Elisabeth par ses deux prédécesseurs Pie V et Grégoire XIII, il prépara une bulle dans laquelle il la frappait aussi de déchéance. Cette foudre spirituelle, placée entre les mains du docteur Allen, directeur du séminaire anglais de Reims, que le Pape avait récemment nommé cardinal, avec le titre secret de légat en Angleterre, devait être lancée par lui, au moment de l'invasion, ainsi qu'un manifeste contre la reine. Pour faire face à l'expédition, Philippe II puisa à pleines mains dans ses trésors alimentés sans cesse par les mines du nouveau monde. Il y trouva un milliard'*. L'Espagne, l'Italie, le Portugal lui four-
1 Dispaccio Griui, 10 genn. 1587, Eanke, t. II.
2 Dispaccio Gritti, 27 {jiugno 1587, Ranke, t. II, p. 272.
3 Rakke, t. II.
4 Cent millions de ducats. M. Migket, t. II.