CHAPITRE PREMIER
d'Angleterre et d'Irlande et d'en prendre les armes à côté de celles d'Ecosse. Insulte et menace d'autant plus graves qu'Elisabeth, lors de la condamnation à mort de sa mère Anne Boleyn, avait été déclarée illégitime par ce même Parlement qui venait de l'appeler au trône en la relevant de cette déchéance, et que Marie, descendante comme elle de Henri VII, n'était primée par elle que d'un degré. A partir de ce moment Elisabeth voua une haine mortelle à Marie Stuart. Elle trouvait tout naturel d'ajouter à son titre de reine d'Angleterre celui de reine de France, mais elle ne put souffrir que la reine de France prît le titre de reine d'Angleterre, bien que par le fait ce titre fût aussi vain que celui qu'elle usurpait elle-même. En l'absence de Marie Stuart et sous la régence de sa mère Marie de Lorraine, Elisabeth reprit les ambitieux projets de Henri VIII sur l'Ecosse. Elle y fomenta, y soudoya et appuya à main armée les révoltes des réformés et des seigneurs écossais, et lorsque, gi'âce à elle, les rebelles eurent le dessus, elle fît insérer par ses agents, dans le traité d'Edimbourg, une clause qui interdisait à la reine d'Ecosse le droit de porter, dans tous les temps à venir, les armes d'Angleterre. C'était annuler d'un trait de plume tous les droits légitimes de Marie qui, à la mort d'Elisabeth sans enfants, était appelée à lui succéder. La reine d'Ecosse et le roi son époux refusèrent de souscrire à un tel traité. A la mort de ce prince, Elisabeth fît une nouvelle tentative auprès de sa veuve pour qu'elle le ratifiât. Sur un nouveau refus de cette princesse, qui était sur le point de quitter la France, elle donna l'ordre de mettre en mer une flottille pour s'emparer de sa personne lorsqu'elle ferait voile pour l'Ecosse. Grâce aux brouillards qui couvraient l'Océan, Marie fut assez heureuse pour échapper à cet infâme guet-apens. Furieuse d'avoir manqué sa proie, Elisabeth mit tout en œuvre pour précipiter la ruine de sa voisine. Bien que Marie, en montant sur le trône d'Ecosse, eût cessé de porter le titre de reine d'Angleterre et qu'elle n'élevât aucune prétention à cette
couronne du vivant de sa rivale, l'ombrageuse Elisabeth fit jouer tous les ressorts : elle trempa dans tous les complots tramés contre Marie par les presbytériens et une partie de la noblesse écossaise, elle leur envoya des troupes et des secours en argent; enfin, de concert avec ses ministres et ses ambassadeurs, elle organisa contre elle cette guerre sourde de faux bruits et de calomnies atroces qui furent la principale cause de sa chute.
Lorsque, pour empêcher le mariage de lord Darnley avec Marie Stuart, mariage qui ruinait leurs ambitieuses prétentions, quelques seigneurs écossais s'engagèrent par un bond ou traité secret à mettre à mort Darnley, et par un autre bond à enfermer la reine d'Ecosse dans le château de Lochleven jusqu'à la fin de ses jours, Elisabeth, tenue au courant de ces criminels projets par son envoyé Randolph, garda le plus coupable silence à l'égard de sa bonne sœur. Elle eût voulu à tout prix que la reine d'Ecosse restât comme elle un arbre stérile. Sa haine éclatait parfois à travers sa dissimulation profonde. En apprenant la grossesse de la reine d'Ecosse, elle menaça de faire pendre le messager qui avait apporté cette nouvelle en Angleterre.
Plus tard, informée du projet du meurtre de Riccio, le secrétaire de Marie Stuart, et bien qu'elle eût appris que ce malheureux devait être frappé sous les yeux mêmes de sa maîtresse, dans le dessein de la faire avorter, de tuer son enfant et de la déshonorer afin de proclamer sa déchéance , Elisabeth attendit le dénoûment sans mot dire.
La nouvelle imprévue de la réconciliation de Darnley avec la reine, son épouse, lui donna autant de chagrin que leur rupture lui avait causé de joie. Elle fit aussitôt écrire et répandre dans tout son royaume par son digne ministre Cecil cette calomnie sans le moindre fondement, que Riccio n'avait été massacré que parce que le roi l'avait trouvé dans le lit de la reine.