‹ Marie StuartChapitre 4 sur 231 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Lorsque, peu de temps après ce meurtre, les deux Chambres du parlement anglais eurent demandé avec instance que l'ordre de succession fût réglé, et que Marie, saisissant cette nouvelle occasion, eut écrit au conseil privé d'Angleterre et à Gecil de faire reconnaître ses droits éventuels comme descendante de Henri VII et comme la plus proche héritière du trône, la haine et la fureur d'Elisabeth ne connurent plus de bornes. Avertie par Bedford, le gouverneur de Berwick, du complot qui se tramait contre la vie de Darnley, elle n'en fit avertir ni ce prince ni Marie Stuart, et lorsque le crime fut accompli, son ministre Gecil fut l'un des premiers à faire courir en Angleterre le bruit calomnieux que la reine d'Ecosse avait trempé dans le meurtre. Lors de la prise d'armes des lords écossais rebelles contre la reine, devenue fatalement l'épouse de Bothwell, Elisabeth leur promit des secours à condition qu'ils remettraient entre ses mains le prince d'Ecosse. Enfin lorsque Marie fut arrêtée, elle approuva le projet de sa déposition, pourvu que les lords rebelles fissent en sorte d'arracher à leur captive une abdication qui parût volontaire. Puis, loi'sque tout fut consommé, et tandis que Marie était gardée étroitement dans le château de Lochleven, Elisabeth l'abusa par de fausses promesses de la rétablir sur son trône à main armée. Ce fut sur ces menteuses assurances que Marie, échappée de sa prison et après avoir perdu la bataille de Langside, se réfugia en Angleterre malgré les conseils de ses amis. Au lieu d'un asile elle ne devait y trouver qu'une prison. Gecil conclut, au sein du conseil privé, qu'il ne fallait à aucun prix la laisser retourner en France, et que sa rentrée en Ecosse offrant des dangers et menaçant les intérêts de la reine Elisabeth, elle devait être gardée en un lieu sûr jusqu'à sa mort. Pour couvrir cette odieuse atteinte à l'inviolabilité royale, il fut décidé par Elisabeth et son conseil que la reine d'Ecosse serait appelée à se disculper, devant une commission, de l'accusation portée contre elle par quelques lords écossais d'avoir participé au meurtre de Darnley son époux, et

que la reine d'Angleterre, en vertu de ses prétendus droits de suzeraineté sur l'Ecosse, se constituerait juge. Après de longues hésitations, l'imprudente Marie offrit de s'expliquer devant elle, et celle-ci, avec une perfide habileté, transforma cette offre en une reconnaissance formelle de sa juridiction. Marie demanda qu'après avoir prouvé son innocence on lui fournît les secours qu'on lui avait promis pour faire rentrer dans l'obéissance ses sujets rebelles, ou qu'au moins il lui fût permis de traverser l'Angleterre pour retourner en France. Elle protesta, mais en vain, que c'était librement qu'elle s'était confiée à l'hospitalité de sa bonne sœur. Bien résolue à ne jamais lâcher sa proie, Elisabeth refusa d'admettre Marie en sa présence et d'entendre ses justifications. Elle la trompa par la promesse mensongère que les Ecossais rebelles suspendraient les hostilités, et sur cette fausse assurance elle obtint de la trop crédule Marie un ordre donné à ses partisans de déposer les armes. Ceux-ci obéirent, et Moray, le nouveau régent d'Ecosse, en profita pour écraser les derniers partisans de sa sœur. Alors Elisabeth livra la réputation de sa captive sans défense aux calomnies de ses commissaires et des délégués écossais réunis à York, puis à Westminster. Là, hors de la présence de Marie, on feignit d'examiner les prétendues lettres d'amour qu'elle était accusée d'avoir écrites à Bothwell, l'assassin de Darnley, et du vivant même de ce prince, lettres qui, si elles étaient vraies, prouvaient à la fois l'adultère de cette princesse et sa complicité dans le meurtre de son époux. Huit fois la reine d'Ecosse demanda communication de ces pièces frauduleuses, fabriquées par ses ennemis, et huit fois une demande si juste fut repoussée par les commissaires anglais dans la crainte que la royale accusée ne fît éclater la fraude au grand jour. Elisabeth, jouant la magnanimité, ordonna qu'aucune sentence infamante ne fût prononcée contre sa captive. Les commissaires se bornèrent à déclarer que l'honneur de Moray et des autres accusateurs de la reine d'Ecosse était sauf, mais

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