‹ Marie StuartChapitre 45 sur 231 · CHAPITRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE TROISIÈME

nom de Marie ' . A ce nom, qu'il abhorrait, le farouche puritain, en qui le fanatisme avait étouffe' tout sentiment de pitié, répondit à la demande de la reine par un refus brutal. Mais elle, se souvenant alors que TÉglise catholique permet aux laïques et même aux femmes d'administrer le baptême, en cas d'urgence, elle prit l'enfant sur ses genoux, se fit apporter de l'eau, et, la répandant sur la tète du nouveau-né , au grand scandale de Paulet, elle prononça les paroles sacramentelles *.

Lorsque , rentrée chez elle , la reine s'aperçut que ses armoires avaient été forcées, que ses papiers les plus secrets avaient été saisis , que ses cassettes et ses écrins avaient disparu , elle ne put contenir son indignation : « Il y a deux choses , s'écriat-elle d'une voix frémissante de colère , que l'on ne pourra me ravir : mon sang anglais et ma religion catholique, que je garderai jusqu'à la mort ^ » Puis, se tournant vers l'escorte de Paulet, elle ajouta : « Plusieurs de vous le regretteront '' . « Le vieux puritain , alors absent % fut troublé par cette menace,

' « L'enfant de Curie n'étant pas baptisé, elle demanda que le ministre pût lui administrer le sacrement avec des parrain et marraine que je procurerais, et qu'il portât le nom de Marie. Ceci ayant été refusé, elle vint dans la chambre de la femme de Curie, et, plaçant l'enfant sur ses genoux, elle pi-it de l'eau dans une cuvette et en jeta sur la tête de l'enfant, en disant : Je te baptise, etc., et en nommant l'enfant de son propre nom, Marie. Cela ne doit pas étonner de la part d'une femme qui ne se fait pas conscience d'enfreindre toutes les lois divines et humaines. » Lettre de Paulet à Walsingham^ 27 août; The Letter-Books, etc., p. 275.

2 Paulet a Walsingham, 27 août 1586 ; State Papers Office.

3 Paulet à Walsingham, 27 août; The Letter-Books of sir Amias Poulet, etc., p. 276.

^ Ibidem.

6 II Elle ajouta encoie ces mots, dit Paulet : « Plusieurs de vous le regret- « teront! » C'était à propos de la saisie de ses papiers. Je n'étais pas présent lorsqu'elle dit cela, mais ces propos me sont revenus. Elle seule sait ce qu'ils signifient. Je pourrais être inquiet pour d'autres choses, mais je sais bien qu'il n'y a rien dans ses papiers qui puisse m'inspirer des craintes pour moimême. » The Letter-Books of sir Amias Poulet, etc., p. 276; lettre du 27 août à Walsingham.

qui lui fut rapportée. Tout brave qu'il était, « il y avait quelque chose dans cette noble femme qui lui imposait et l'effrayait » . II avait hâte de se dégager de la grave responsabilité qui pesait sur sa tète. 11 craignait un soulèvement dans le comté. 11 demanda le départ de la reine pour une place plus forte; il en fit une question d'urgente nécessité. « Je vous supplie de tout mon cœur, écrivait-il à Walsingham dans un post-scriptum de cette même lettre, d'avancer autant que possible notre changement de résidence, car il y va grandement du service de Sa Majesté '. »

Marie Stuart fit une nouvelle tentative auprès de Paulet pour qu'il transmît une lettre d'elle à Elisabeth. Il s'y refusa, comme à Tixall. «J'avais cru, écrivait-il à Walsingham *, qu'elle aurait désiré me parler; je me suis trompé, elle ne désire ni me voir ni m'entretenir. Elle m'a fait demander si je voulais envoyer ses lettres à Sa Majesté, ce que j'ai refusé, en disant que pas une lettre ne sortirait d'ici sans un ordre d'en haut. Je ne doute pas qu'elle n'ait besoin d'écrire après l'examen de ses serviteurs. Elle m'a fait la même demande chez sir Walter Aston; j'ai refusé, en attendant vos instructions '. »

Marie fut très-courroucée d'apprendre que l'on avait trouvé dans un coffre une promesse de mariage sur parchemin, entre Elisabeth Pierrepont, une de ses demoiselles d'honneur, et son secrétaire Nau, qui était éperdument amoureux de cette jeune fille. Marie, qui savait à quoi s'en tenir sur la passion de Nau, avait fait jurer à Melvil, protecteur d'Elisabeth Pierrepont, que Nau ne l'épouserait jamais *. Nau, qui

1 Lettre du 27 août, Tlie Letter-Books of Amias Poulet, etc., p. 277; Froude's History of England, t. XII.

- Paulet à Walsingham, 27 août 1586; The Lettei-Books of sir Amias Poulet, etc., p. 277.

^ Journal inédit de Bourgoing .

* Miss Strickland, d'après des documents contemporains, donne de curieux détails sur cet épisode, t. VII.

Page 1