‹ Marie StuartChapitre 82 sur 231 · CHAPITRE ÎNEUVIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE ÎNEUVIÈME

Le lendemain de leur arrivée, 12 (22) octobre j tous les seigneurs vinrent au château. Après avoir assisté au prêche dans la chapelle, ils envoyèrent aussitôt auprès de Marie Stuart une députation composée de sir Walter Mildmay, sir Amyas Paulet, Barker', notaire d'Elisabeth, et Stallenge, huissier du Parlement*. Ils étaient chargés de lui remettre une lettre d'Elisabeth, conçue en termes brefs et impérieux, dans laquelle Marie, contrairement à l'usage, n'était traitée ni de sœur, ni même de madame. Elisabeth lui disait qu'ayant appris qu'elle avait osé nier* qu'elle fût coupable d'avoir adhéré à un complot contre sa personne, et même affirmait l'avoir ignoré, malgré les preuves les plus évidentes, elle, Elisabeth, avait jugé bon d'envoyer auprès d'elle un certain nombre de seigneurs, de conseillers et de légistes pour prouver qu'elle avait consenti à cette horrible conspiration, et qu'étant sous la protection des lois d'Angleterre, elle était sujette et passible de ces mêmes lois. En conséquence, elle lui enjoignait d'avoir à répondre aux seigneurs auxquels elle avait donné pouvoir de l'interroger*.

« Cette lettre , répondit Marie d'un ton plein de noble

1 Barker rédigea un compte rendu détaillé du procès, qui a été souvent consulté par Camden.

- Bourgoing, dans son Journal, ne fait pas mention que la reine fût alors retenue au lit par des douleurs de rhumatisme, ainsi que l'ont avancé quelques historiens, Tytler entre autres, t. VIII.

* C'étaient Paulet et sir Thomas Gorges qui avaient instruit Elisabeth^ comme on l'a \u ci-dessus, du refus de Marie Stuart de se déclarer coupable. Journal inédit de Bourgoing.

^ Journal inédit de Bourgoing ; Tytler, t. VIII; Elisabeth à la reine d'Ecosse, 6-16 octobre ; Mss. Mary Qiieen of Scot^; State Papers Office.

« Une autre chance, dit M. Froude , fut encore offerte à Marie Stuart « Si elle était disposée, écrivait Davison à Walsingham, le 8-18 octobre, a « faire un aveu privé, sa requête ne serait pas refusée. » (Mss. parliculiers cités par M. Froude, History of Elisabeth , vol. VI.) La lettre de Davison vient confirmer sur ce point le récit de Bourgoing, lorsqu'il parle de la tentative de Paulet auprès de Marie Stuart, pour provoquer un aveu de sa part.

fierté, cette lettre est un ordre et écrite comme à une sujette. Je suis reine, née fille de roi , proche parente de la reine d'Angleterre et étrangère. Sur la promesse qu'elle m'avait faite de me donner des secours contre mes ennemis et mes sujets rebelles , je suis venue en ce royaume, et aussitôt j'ai été arrêtée prisonnière et détenue pendant plus de dix-huit ans , toujours maltraitée « et troublée de continuelles afflictions» qu'elle m'a fait subir. Plusieurs fois « je me suis offerte à traiter à de bonnes et honnêtes conditions » , et j'ai souvent témoigné le désir de parler à votre maîtresse , toujours prête à lui faire plaisir et à lui rendre service ; mais j'ai toujours été éloignée d'elle par mes ennemis. Reine libre, j'entends ne recevoir de commandement de personne, et ne puis obéir aux lois anglaises sans me nuire à moi-même , au roi mon fils et à tous les autres rois et princes souverains. Et comme je suis leur égale en dignité et en majesté, je n'y soumets ni moi, ni mes hoirs, ni mon pays... mais je mourrai plutôt. Abattue, comme il semble, mon cœur est grand et il ne se soumettra à aucune humiliation. Je récuse les juges comme de religion contraire à la mienne. Quant à moi, je ne reconnais pas vos lois, je ne les sais ni ne les entends. J'ai fait autrefois une protestation semblable et je demande instamment qu'elle me soit présentée '. Je suis seule, sans conseil; on m'a ôté mes secrétaires et ceux de mes gens qui ont l'administration de mes affaires, qui connaissent les lois et les formalités judiciaires. Il n'est si pauvre criminel auquel il ne soit permis d'avoir un conseil , un défenseur qui parle pour lui. On m'a enlevé tous mes papiers, mes mémoires, mes correspondances, de sorte que je suis dénuée de toute aide, de tous moyens de défense, seule, prise au dépourvu, sommée d'obéir et de prêter Toreille à des gens préparés de longue main, dont la plupart me sont mal affectionnés et parmi lesquels je compte des ennemis qui ne cherchent que ma ruine. Mes offres n'ont

' Lors des conférences de Sheffield.

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