CHAPITRE NEUVIÈME
jamais été ni écoutées ni acceptées. Après avoir averti la reine ma sœur des dangers qu'elle pouvait couiir, elle a répondu qu'elle n'avait rien à redouter des étrangers et de ses propres sujets, et que l'on ne me craignait pas. Elle a fait une nouvelle ligue offensive et défensive avec mon fils sans m'y comprendre; elle a séparé le fils d'avec la mère. Catholique, d'autre religion que votre reine , et destituée de tout autre secours, je me suis mise sous la protection des rois et des princes catholiques qui m'offraient leur assistance, et je me suis jetée dans leurs bras. « Mais si l'on a attenté ou entrepris quelque chose contre votre reine et son État, je n'en ai pas ouï parler, et, partant, on me fait tort de me traiter de la sorte. Et je requiers derechef que ma première protestation me soit représentée ' . »
Mildmay et Paulet rapportèrent cette fière réponse de Marie Stuart aux commissaires qui s'étaient réunis dans une vaste
* Conférer cette première réponse de Marie Stuart aux commissaires anglais, d'après le Journal de Bourgoinij, avec celle qui se trouve en minute originale au State Papers Office de Londres, iWa/y Queen q/" 5co(s, vol. XX ; The Scotisli Queen's first answer, 12 october 15S6. Labasoff, t. VII, p. 36, 37 et 38.
Cette réponse, de même que toutes celles que fit la reine aux commissaires anglais pendant le cours des débats, ayant été recueillies par Bourgoing au moment même, et probablement sous la dictée de Marie Stuart, qui fournit à Bourgoing le texte de lune d'elles à la première personne, nous avons cru devoir les reproduire in extenso toutes les fois qu'elles se présentent. Ces précieux documents offrent d'autant plus d'intérêt pour l'histoire que, dans les pièces du procès, dont plusieurs sont altérées, ainsi que dans les divers recueils imprimés où figure ce même procès, les réponses de la royale accusée ont été systématiquement amoindries et mutilées. Les discours et les réponses de Marie Stuart, dans le Journal de Bourgoing , sont, à peu d'exceptions près, à la troisième personne de l'imparfait de l'indicatif,, sous cette forme : « La reine leur répondit quelle était captive depuis dix-neuf ans, qu'elle était, etc. » Afin de rendre la lecture du récit plus facile et de lui donner plus de mouvement, nous avons cru devoir mettre les discours et les dialogues a la première personne du présent de l'indicatif, avec quelques changements de rédaction, mais sans rien changer à leur substance. Voir, à la fin de ce volume, le texte du Journal de Bourgoing.
chambre , contiguë à celle de la reine et préparée pour les recevoir '.
Après la clôture de leur séance*, sir Amyas , accompagné de Barker et de Stallenge, se rendit de nouveau, de la part du Conseil , auprès de la reine , pour lui communiquer la rédaction de sa réponse à la lettre d'Elisabeth. « Et là-dessus, Barker, se mettant à genoux» , lut à Marie son procès-verbal. Elle l'approuva de vive voix seulement et sans vouloir le signer. Puis elle dit à Barker : « Seule et troublée, je n'ai pu répondre à tous les points de la lettre de la reine d'Angleterre, n'ayant pu me souvenir de tout en un instant. Je ne me tiens point sous la protection de votre maîtresse , et je ne suis point venue dans son royaume pour lui demander asile , mais pour obtenir d'elle les secours qu'elle m'avait promis. Arrêtée et gardée prisonnière contre toute espèce de droit, j'ai vainement réclamé ma liberté, j'ai toujours été gardée de force. Quant à l'autre point, je ne puis être sujette à vos' lois, par la raison que ces lois ne sont faites que pour les habitants du pays , et que les étrangers n'y sont assujettis que lorsqu'ils viennent y fixer leur demeure. Participant aux biens et aux commodités du pays, il est juste qu'ils soient soumis aux lois et obligés de les observer. Quant à moi, j'ai toujours été prisonnière, enfermée entre des murailles; je n'ai jamais vécu ni habité parmi les Anglais. Partant, n'ayant joui ni des biens, ni des commodités du pays, ni du bienfait des lois, je n'y puis être assujettie. Et, à vrai dire, si j'étais soumise à ces lois, il me faudrait obéir aux injonction* de votre reine, à ses édits, à ses ordonnances, pratiquer sa religion, payer les subsides et impositions, m'astreindre aux charges de guerre et à celles du pays. Et toutefois, j'ai pu observer sans contrainte les pratiques de ma propre religion. Enfermée , comme si j'étais séparée du monde , j'ai vécu à ma
1 Journal inédit de Bouirjoin(j.
2 Post meridiem. Copie of the Scotish Queens second answer, etc.