‹ Marie StuartChapitre 84 sur 231 · CHAPITRE NEUVIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE NEUVIEME

mode, observant les fêtes, jeûnes et commandements de l'Église romaine, sans le moindre obstacle. La seule défense que Ton me faisait, c'était de parler et de communiquer avec Joute personne du dehors. « Et de fait, ajouta-t-elle , nous pourrions dire que nous ne savons si nous sommes en Angleterre ou ailleurs *. »

Sir Amyas répondit à la reine d'un ton moins rude que lorsqu'il était seul et sans témoins, « qu'il n'avait point charge de l'entendre ni de rapporter ses paroles « . Mais Barker, se penchant à son oreille , lui dit à voix basse que , s'il le jugeait à propos, il pouvait faire insérer au procès-verbal la nouvelle déclaration de la reine d'Ecosse ^.

Le lendemain matin, 13 octobre, sur les dix heures, au moment où Marie Stuart, assise à table, était sur le point de dîner, sir Amyas , suivi de Barker et de Stallenge , vint lui demander ic s'il lui plairait d'entendre les commissaires qui avaient désir de lui parler » . Sur sa réponse affirmative, ils se rendirent auprès des seigneurs pour leur annoncer qu'elle consentait à les recevoir. Aussitôt , quelques membres choisis parmi les lords du Parlement, les conseillers privés ^ et les légistes , entrèrent dans la chambre de la reine « en grande cérémonie » , précédés d'un huissier qui portait, appuyé sur la poitrine, un coffret contenant les sceaux d'Angleterre \

Prenant le premier la parole , le chancelier Bromley dit à Marie : « La reine ma maîtresse, ayant appris que vous aviez

1 Journal inédit de Bourqoing ,

2 Journal inédit de Bourgoing. Elle le fut en effet, comme on peut le voir dans une copie du temps déposée au State Papers Office de Londres, t. XX, sous ce titre : Copie of tlie Scotish Queen's second answer, etc., 12 october 1586. (Labanoff, t. VII, p. 30 et 40.) Dans la version de Bourgoing, la> réponse de Marie est beaucoup plus détaillée que dans le document anglais.

^ Parmi ceux-ci se trouvaient le lord chancelier Bromley, le grand trésorier Burgbley, et Hatton, vice-chambellan d'Elisabeth. * Journal inédit de Bour<joing.

adhéré à un complot ourdi contre sa personne et son État, a choisi une commission pour vous examiner, et pour procéder, d'après votre réponse, comme le Conseil le jugera à propos. Cette commission est composée de cinquante membres , de gentilshommes, d'officiers de la couronne et de légistes, représentant les trois états du royaume : la noblesse, le clergé et le peuple. Comme Votre Grâce ne l'ignore pas , l'autorité des membres de cette commission est établie par une patente. Votre chambre n'étant point assez grande pour les recevoir tous, ils ont délégué quelques-uns d'entre eux pour recueillir votre réponse et en délibérer '. Ni votre prérogative royale, ajouta Bromley, ni votre condition de prisonnière ne sauraient vous dispenser de répondre en ce royaume, et je vous engage à écouter ce qui peut être objecté contre vous. Sinon , aux termes de la loi , nous serions obligés de procéder contre vous en votre absence *. »

Marie répéta aux délégués de la commission ce qu'elle leur avait dit la veille : « J'ai lu , dit-elle en versant des larmes d'indignation , la lettre de votre reine , et je mourrais plutôt de mille morts que de me reconnaître sa sujette. Par un tel aveu , je préjudicierais à la dignité et à la majesté royales ; je confesserais que je suis soumise aux lois de l'Angleterre , même en fait de religion. Néanmoins je suis prête à répondre à toutes les questions , mais par-devant un Parlement libre et au complet , •et non devant ces commissaires qui n'ont été choisis sans doute que par un faux semblant de justice, et qui m'ont condamnée d'avance. Descendez en vos consciences et vous souvenez que le théâtre du monde entier est plus vaste que le royaume d'Angleterre*. »

* Analyse du Journal inédit de Bourgoing : Gatnden, d'après Barker.

2 Howell's State Trials, etc., t. V; The Scotish Queen's third answer, 13 october 1586; minute originale, British Muséum, coll. Harl., n" 290, fol. 185. Labanoff, t. VII, p. 51 et suiv.

•^ Camden, d'après le registre de Barker. Voici ce que dit Bourgoing de

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