CHAPITRE PREMIER
l'exemple de Pie Y, une bulle contre Elisabeth, pour la frapper de déchéance, bulle dont il l'engageait à lui confier Texécution, ainsi qu'au roi d'Espagne, tandis que le docteur Allen, nommé à l'évéché de Burham, suivrait l'expédition en qualité de nonce. Vers la fin d'août 1583, Charles Paget, zélé partisan de la reine d'Ecosse, chargé par elle, avec Thomas Morgan, de ladministration de son douaire en France , fut envoyé secrètement en Angleterre par le duc de Guise. Il avait pour mission de prévenir les catholiques anglais qu'une expédition se préparait pour rétablir dans leur pays l'ancien culte et pour renverser l'usurpatrice au profit de Marie, légitime héritière du trône.
Après quelques hésitations, Philippe 11 avait fini par promettre au pape qu'au premier signal du soulèvement des catholiques anglais, quatre mille hommes partiraient de Flandre pour s'unir à eux. En attendant, il faisait tenir des subsides aux conjurés. Elisabeth , pour conjurer le danger dont elle se croyait menacée, sans en avoir la preuve, soutenait d'une maintes insurgés des Pays-Bas, et sapait de l'autre, en Ecosse, l'influence du comte d'Arran. Son infatigable ministre, Walsingham, qu'elle avait mis à la tête de la police, exerçait une rigoureuse surveillance sur les menées des catholiques, et, corrompant à prix d'or Chérelles , le secrétaire de Castelnau de Mauvissière, ambassadeur de France, et Archibald Douglas l'envoyé de Jacques auprès d'Elisabeth, il avait pu mettre la main sur la correspondance secrète de Marie Stuait. A la fin de l'année 1583, il avait découvert un nouveau complot contre la vie de sa maîtresse, ourdi par deux gentilshommes, Arden et Sommerville, et par un prêtre, nommé Hall : tous trois furent condamnés à périr sur l'échafaud.
Enfin , vers la même époque, lui fut révélée par ses espions l'existence de la vaste conjuration ayant pour but l'invasion de l'Angleterre. 11 apprit que Charles Paget, sous un faux nom,
avait gagné sir Francis Trockmorton. fils du grand juge de
SO MARIE STUABT.
Ghester. 11 le fit arrêter, appliquer à la torture, et, par ses aveux, il connut tous les noms des principaux conjurés, depuis Philippe II, Mendoza et le duc de Guise , jusqu'à ceux des catholiques anglais qui devaient faciliter Tinvasion. Trockmorton fut condamné à mort et exécuté. Elisabeth, transportée de colère, chassa Mendoza en Taccusant d'avoir pris part au complot, et le fier Castillan se retira la menace à la bouche. Philippe II rayant envoyé à Paris, à la place de Tassis, Mendoza y devint Tâme de toutes les conspirations contre Taltière princesse, le plus ardent allié des Guise et Tinspirateur de la Ligue.
Il s'agissait pour Elisabeth de rompre le concert qui existait entre Marie Stuart, Jacques YI et le roi d*Espagne. Elle essaya d'abord, en prêtant les mains à un soulèvement des bannis écossais, de détruire en Ecosse le parti de sa captive, à la tête duquel se trouvait le comte d'Arran, favori du jeune roi. Mais Jacques et Arran, à la tête de douze mille hommes, battirent les insurgés; leur chef Gowrie fut pris et décapité, et le comte d'Arran devint plus puissant que jamais. Changeant aussitôt de politique, l'astucieuse princesse, qui redoutait surtout une invasion espagnole, rendue plus fsicile par les succès que venait d'obtenir Philippe II dans [les Pays-Bas, résolut de détacher Marie et le comte d'Arran de ce prince, en négociant avec eux. Un trop ardent désir de la liberté dominait la pauvre captive pour qu'elle ne tombât pas l^cilement dans ce nouveau piège , et, de son côté, le favori de Jacques était trop désireux de consolider son pouvoir pour repousser la puissante main qui lui offrait son appui. Ce fut le maftre de Gray, l'un des favoris de Jacques, qui fut choisi par le comte d'Arran pour traiter avec Elisabeth d'une réconciliation avec son maître et de la délivrance de Marie Stuart. Bien que jeune encore, Gray était à la hauteur des hommes les plus pervers et les plus fourbes de son pays. Catholique, il avait passé en France sa première jeunesse ; les Guise et l'archevêque de Glasgow l'avaient initié