‹ Marie Stuart, son procès et son exécution, d'après le journal inédit de Bourgoing, son médecin; la correspondance d'Amyas Paulet, son geôlier, et autres documents nouveauxChapitre 11 sur 226 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

à tous les projets les plus secrets de Marie Stuart, tant il leur avait montré de dévouement passionné pour la cause de cette princesse. De son côté, Marie avait envoyé Nau, son secrétaire, auprès d'Elisabeth pour traiter des conditions de sa délivrance. Elle était résignée à tous les sacrifices. L'âme accablée par tant de douleurs morales et de souffrances physiques, tristes fruits d'une captivité de dix-sept ans, la santé ruinée, à bout de patience, d'illusions et d'ambition, elle n'aspirait plus qu'à finir ses denaiers jours en liberté, au sein d'une paisible retraite, entourée de ses amis et de ses serviteurs dévoués, au milieu des consolations suprêmes de la religion de ses aïeux. Aux anciennes conditions qui lui avaient été autrefois imposées pour qu'elle obtint d*étre libre, vinrent se joindre de nouvelles exigences. Elle devait désavouer formellement la bulle du pape qui lui adjugeait la couronne d'Angleterre au détriment d'Elisabeth; s'engager à ne plus soutenir les Anglais coupables de rébellion, à n'avoir plus aucunes relations politiques ou religieuses avec des sujets anglais, à ne plus troubler l'Angleterre par des pratiques secrètes avec les princes étrangers ; à signer une ligue offensive et défensive avec Elisabeth ; à maintenir en Ecosse la religion réformée, tout en conservant le libre exercice de la sienne ; à pardonner à tous ses ennemis, et à ne marier le jeune roi d'Ecosse qu'avec l'agrément de la reine d'Angleterre.

Pendant qu'Elisabeth se faisait un jeu cruel de tromper encore une fois sa victime, le jésuite Creighton et un prêtre écossais nommé Abdy, qui, depuis quelque temps, conspiraient en faveur de Marie, tombèrent entre les mains de Walsingham. Us firent des révélations complètes sur la grande conjuration ourdie sur le continent. Une terreur panique s'empara des protestants, et aussitôt fut dressé parmi eux, colporté et signé par toute l'Angleterre, un acte d'association par lequel a chaque membre s'engageait à poursuivre jusqu'à la mort toute personne qui attenterait à la vie d'Elisabeth, et même celle en faveur de qui serait commis ou projeté t attentat » .• En même temps le

Parlement, convoqué dans le même dessein, vota deux bills contre Marie et les catholiques. Par le premier de ces bills , Marie, en cas de mort violente d'Elisabeth, était déchue, elle et ses descendants, de tout droit à la succession de la couronne, et les membres de Tassociation autorisés à poursuivre jusqu'à la mort toute personne reconnue complice du meurtre par une cour de vingt-quatre commissaires. Par le second bill étaient édictées les peines les plus terribles contre les catholiques.

Marie, épouvantée, lut dans ces bills et dans ces actes son arrêt de mort. Elle offrit d'apposer son nom au bas de l'acte d'association, et son offre fut repoussée. Alors elle prit le parti de signer seule un acte semblable. Bientôt elle apprit avec une profonde douleur qu'elle était trahie par le mattre de Gray, que ses intérêts étaient délaissés, qu'elle était abandonnée même par son fils, que toutes les conférences étaient rompues^ et que la reine d'Angleterre avait ordonné qu'elle fût transférée de Wingfield dans le vieux et humide château 'de Tutbury. Pour couper court aux conférences, le gouvernement anglais avait pris pour prétexte la découverte d'une nouvelle conspiration contre la vie d'Elisabeth. Fut-elle ourdie mystérieusement par Walsingham pour effrayer Elisabeth et l' entraîner à des mesures extrêmes? C'est ce que permettraient de supposer les anciennes relations de Walsingham avec le chef du complot, William Parry, qui avait été un de ses agents secrets et qui l'était sans doute encore. Quoi qu'il en soit, ce Parry, se trouvant à l'étranger pour espionner les réfugiés anglais, provoqua Nevil, un autre agent de Walsingham, au meurtre d'Eli* sabeth. On ignore si Parry voulait obtenir une récompense en dénonçant Nevil, ou bien se servir de lui comme d'un instrument pour frapper Elisabeth. Ce qui est certain, c'est qu'il supposa avoir été poussé à commettre l'attentat par Grégoire XIII, par le nonce Raggazoni et le cardinal Como, secrétaire d'État, avec lesquels il disait que son compatriote du pays de Galles, Morgan, l'avait mis en relation. Ce fut en vain que

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