‹ Marie Stuart, son procès et son exécution, d'après le journal inédit de Bourgoing, son médecin; la correspondance d'Amyas Paulet, son geôlier, et autres documents nouveauxChapitre 109 sur 226 · CHAPITRE DIXIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DIXIEME

Babington la lettre du 17 juillet, telle du moins qu'on la plaçait sous ses yeux, et qu'elle était innocente de toute participation au complot du meurtre. Elle soutint que cette lettre avait ëtë falsifiée par Tordre de Walsingham , qui n'essaya pas de se jastifier de cette grave accusation, ainsi qu'on en trouve la preuve, soit dans le Journal de Bourgoing, soit dans l'analyse que nous a laissée Gamden du registre du procès, rédigé par le notaire Barker. Enfin , ce qui était ignoré jusqu'à présent, et ce qui nous est révélé par le Journal inédit de Bourgoing, la reine déclara fausses les dépositions de Nau et de Curie , qui lui furent présentées, et soutint qu'elle ne reconnaissait pas dans ces pièces leur écriture habituelle.

L'honorable M. Mignet n'admet pas les interpolations de la lettre de Marie à Babington , et voici les raisons qu'il en donne : u Pour que la supposition soit acceptée^ dit-il, il faut admettre que la lettre entière a été refaite par Phelipps , qui n'aurait pas trouvé dans la lettre originale la place nécessaire à Tintercalation des trois passages frauduleusement introduits entre les passages réels concernant l'invasion , le soulèvement de l'Angleterre et la délivrance de Marie, et que Babington ne s'en est pas aperçu ' . »

Il est focile de répondre à ces objections. Il était impossible, en effet, d'intercaler dans l'expédition originale, écrite de la main de Curie, les phrases interpolées, sans que l'on pût s'en apercevoir. Aussi sommes-nous d'avis que la lettre a été recopiée en entier, afin que l'on pût y introduire les passages en question. Quant à Babington, il dut recevoir la lettre ainsi remaniée, sans soupçonner la- fraude, puisque, d'une part, elle répondait parfaitement en tous points aux questions qu'il avait soumises à l'approbation de la reine, et que, d'autre part, ne connaissant pas l'écriture de tous ceux dont Marie pouvait se servir pour transcrire ses lettres , il devait lui suffire, comme

1 Histoire de Marie Stuart, t. II, p. 317 de la troisième édition.

garantie de Tauthenticité de la lettre de cette princesse, qu'elle fût écrite avec le chiffre convenu. D'ailleurs Phelipps imitait à la perfection toutes les écritures, comme il en fit hii-méme Faveu ^, et il pouvait fort bien avoir imité celle de Curie. Nous dirons encore que si Walsingham et Phelipps avaient eu entre les mains une lettre chiffrée de Marie Stuart, écrite par Tun de ses secrétaires , dans laquelle elle eût consenti au meurtre d'Elisabeth, ils auraient commis la plus insign^des fautes, et même un crime de haute trahison , en l'envoyant à son adresse, en ne la gardant pas précieusement, comme la pièce de conviction la plus forte , à défaut d'une minute de la main de la reine d'Ecosse. Ce serait pousser bien loin la candeur, que de s'en rapporter aveuglément à la déclaration d'un homme tel que Phelipps , lorsqu'il affirme que l'expédition originale de la lettre fut envoyée à Babington. Phelipps était un faussaire de profession, comme nous l'avons suffisamment prouvé. Quanta la moralité de Walsingham, elle est bien connue. Violer le secret des lettres, voler le pupitre d'un ambassadeur, corrompre ses valets, acheter une signature, étaient des moyens dont il usait, à l'occasion, sans le moindre scrupule. Peu de temps après le procès de Marie , n'écrivait-il pas à Paulet pour l'engager à mettre à mort sa captive? Comment, dès lors^ croire que ces deux personnages étaient incapables de commettre des feux? Comment admettre sans contrôle les pièces sorties de leurs mains? Pour moi, j'éprouve une véritable souffrance morale, en voyant un homme aussi respectable que M. Mignet accorder toute sa confiance à de tels scélérats , et s'appuyer, sans contrôle, sur les documents qu'ils ont produits pour accabler Marie Stuart. Walsingham n'ayant point mis sous les yeux des commissaires l'original en chiffres écrit de la main de Curie, n'est-il pas évident que cet original ne contenait pas les passages relatifs au meurtre d'Elisabeth? C'est pour cela précisément

^ Dans une lettre aa comte de Salisbary.

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