‹ Marie Stuart, son procès et son exécution, d'après le journal inédit de Bourgoing, son médecin; la correspondance d'Amyas Paulet, son geôlier, et autres documents nouveauxChapitre 13 sur 226 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

GONSPIBATION DE BABINGTON.

Afin de préparer Topinion publique en Angleterre à la mort de la reine d^Ecosse, on répandit un discours pour démontrer que cette action était conforme aux lois. La proposition en fut même fiiite par le Parlement et appuyée par les ministres auprès d'Elisabeth*. Cependant Marie était prisonnière à Tutbury. C'était un château délabré, exposé à toutes les injures du ciel, construit en bois et en piètre , si humide que Ton ne pouvait y mettre aucun meuble sans que , dans trois jours, il fbt tout couvert de moisissure. « Je n'ai pour ma personne, écrivait la pauvre captive, que deux méchantes chambrettes, si extrêmement froides, spécialement la nuit, que sans les remparts de courtines et de tapisseries que j'y ai feit Saire, il nie serait en ma puissance d^ demeurer un seul jour. De ceux qui m'ont veillée de nuit durant ma maladie, un seul s'est quasi réchappé sans maladie, fluxion et catarrhe. Mon médecin même, qui en a eu sa part, a pleinement, et à diverses fois, déclaré qu'il ne se voulait aucunement charger de ma santé,

* Gbalmbbs, et Jules Gauthier, Histoire de Marie Stuart, 2* édit. On peut consulter avec fruit, sur la conspiration de Babington, le curieux mémoire de Tytlcr, intitulé : Historicai Remarks on the Queen ofScots supposée, accession to Babington* s conspiracy, t. VIII; Proojs and illustrations, n» XIV, p. 390 et suiv.; et, outre les documents connus jusqu'à ce jour, The Letter^Books of Àmias Poulet, keeper of Mary Queen of Scots, précieux recueil de lettres, accompagnées de savantes critiques, que vient de publier tout récemment M. John Morris. Disons notamment que l'auteur y relève une quantité innombrable d'erreurs de M. Fronde, dont quelques-unes sont loin d*éire involontaires.

durant cet hiver prochain, si je demeurais dans cette mai-

son * . »

Ces plaintes touchantes furent transmises à Elisabeth par MM. de Gasteinau et de Châteauneuf, les ambassadeurs de Henri III. Elle rougit de sa dureté et fit transférer sa prisonnière dans une résidence un peu moins malsaine , au château de Ghartley, dans le comté de Stafïbrd. Mais désormais pour étouffer les plaintes de sa victime, Elisabeth lui interdit toute correspondance avec Tambassadeur de France.

Marie avait passé de la garde assez douce de Sadler sous la rude main de sir Amyas Paulet. C'était un puritain austère, au cœur impitoyable, d'un esprit étroit, méticuleux, qui n'obéissait qu'à sa consigne. Dès son arrivée à Tutbury, il s'était vanté « que jamais sa prisonnière n'échapperait vivante de ses mains, et que, si on l'attaquait de vive force, par la grâce de Dieu, elle mourrait avant lui * ». Il s'ingénia à rendre plus étroite sa captivité; il poussa la barbarie jusqu'à lui défendre de distribuer des aumônes aux pauvres du village'. Condamnée au secret le plus rigoureux, « elle était privée, disait-elle, de toutes nouvelles de la chrétienté » • Et pourtant ce geôlier , inflexible pour tout ce qui touchait aux rigoureux devoirs de sa charge , n'était pas sans quelques ménagements et sans quelques égards sur tout ce qui intéressait la santé et le bien-être de sa captive. Il avait été stipulé entre Elisabeth et Jacques YI que celle-ci .allouerait annuellement cinq mille livres sterling pour l'entretien de Marie et de ses serviteurs. Dans une lettre à Walsingham, du 22 mars 1585, Paulet se plaint amèrement de l'avarice fd'Élisabeth qui, au lieu de

^ Marie à MM, de Mauvîssiêre et de Châteauneuf, envoyés de France. L4DAK0FF, t. y I, p. 214 à 226.

2 Paulet à Burghley, 12 juin 1585, State papers Office, J. Gautoibr, t. II, p. 389.

3 Marie à Castelnau, 15 mai 1585, Labavoff, t. VI, p. 172 et 173.

CIIAPITBE DEUXIEME. 27

cinq mille livres, ne lui en feit délivrer que quatre mille, et il exprime le désir que le roi d'Ecosse prenne des garanties à regard de la reine d'Angleterre'. «11 ne s'agit point, s'écrie-t-il d'un ton mécontent, des dépenses d'une maison ordinaire, mais d'une affaire d'Etat. » Plus loin , il s'indigne de la façon mesquine dont il est traité , ainsi que tous les serviteurs de la reine d'Ecosse. L'avarice d'Elisabeth est telle que les choses les plus nécessaires doivent lui être arrachées*. Dans cette même lettre, il demande qu'on lui envoie un bon marchand de nouveautés pour que la reine soit pourvue de tout ce dont elle a besoin pour la saison, les marchands de StafFord n'ayant que des étoffes grossières. Puis, comme s'il se repentait de se montrer trop humain, il interroge le secrétaire sur la manière dont sa captive doit distribuer ses aumônes et sur l'argent qu'elle doit y consacrer. 11 lui conseille d'enlever à l'aumônier de Marie le choix des nécessiteux, pour le confier aux officiers du canton. Un jour, Elisabeth, dans sa basse parcimonie, envoie à Chartley une fourniture de serviettes faites de vieux draps de lit usés et rapiécés. La reine d'Ecosse et ses gens s'indignent, refusent le linge, et Paulet, partageant leur indignation, réclame avec vivacité du linge neuf. Mais si l'administratQur se montre parfois attentif à pourvoir aux besoins de sa prisonnière, le fenatique ne perd jamais l'occasion de laisser éclater sa mauvaise humeur contre ce qu'il appelle les superstitions et abominations papistes. « Chérelles, écrit-il à Walsingham, le 10 avril, a envoyé à celte reine une boite pleine de choses abominables, des chapelets de toutes sortes, des images de soie, des Agnus Dei, etc. Comme j'aurais désiré les brûler plutôt que les remettre ! Je suis voisin des choses les

* Paulet à Walsin^ham, 82 mar3 1585, The Letter^Books of Àmias Poulet, etc.

a Paulet à Walsin^ham, 9 mars 1585, The Letter-Books of Amias Pou* let, etc., p. 155.

plus blâmables, et j*espère vivre assez longtemps pour les voir arracher par la racine >.»

Sir Amyas Paulet constatait dans sa correspondance le déplorable état de santé de Marie Stuart. « La reine est trèsaffligée pour le présent, écrivait-il le 30 janvier 1585, dormant peu et mangeant moins encore. L'humeur va d'une place à l'autre et quelquefois s'étend sur plusieurs points tout d'un coup *. » Et le 2 février : « La reine a gardé le lit depuis six ou sept jours, fort affligée de douleurs dans tous les membres,, de sorte qu'elle ne peut quitter le lit sans beaucoup d'aide, et quand on la remue, elle souffre beaucoup. » Il annonçait qu'elle était fort mal couchée, et réclamait pour elle avec instance un lit de plume'. Le 17 février, il disait : « Cette reine reste confinée dans son lit , et tout ce mois et plus , elle a été sujette à des fluxions douloureuses. Depuis deux jours, elle souffire extrêmement dans le côté, de sorte qu'on a envoyé chercher tous ses meilleurs serviteurs en toute hâte ^. » Le 22 mars, il annonçait un mieux : a Cette reine, ayant gardé la chambre neuf ou dix semaines, est maintenant délivrée de ses douleurs, mais elle ne peut encore ni marcher, ni se tenir debout, ce qui la tourmente beaucoup*. » Plus tard, le 25 avril, il parlait d'une rechute : « La reine n'a pas quitté la chambre ce mois-ci, elle est toujours tourmentée par des enflures de divers côtés*. » Il ajoutait qu'il entendait « toutes les nuits remuer les gens de la reine » pour lui donner des soins. Le 3 juin , il écrivait à Walsingham ^ : « Cette reine a

^ Paulet à Walsingham, The Lelter^Books ofsir Amias Poulet, etc., p. 135.

3 Ibidem, p. 137.

3 Ibidem, p. 137.

^ Ibidem, p. 139.

^ Ibidem, p. 164.

0 Paulet a Walsingham, ibidem, p. 198. « Il est vrai, disait-il dans la même lettre, que cette reine a un cautère à chaque jambe, ce qui est son dernier remède. ■

7 Ibidem, p. 201.

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