CHAPITRE DEUXIEME
repris un peu de forces, elle sort quelquefois en coche, et parfois se fait porter dans sa chaise à Tun des étangs, près de cette maison, pour voir. la chasse aux canards, mais elle ne va que peu, et non sans aide de chaque côté. » Enfin, le 17 juin : c Cette reine, désirant guérir de son infirmité désespérée, a pris dernièrement beaucoup de médecines; c'est pourquoi elle est très-feible; et cependant j'ai appris qu'elle tenterait plusieurs remèdes qu'elle a reçus de M. le docteur Baylye quand il était avec elle ; je pense donc qu'elle ne sortira pas de sa chambre de longtemps ' . »
Ce fut par son gardien que Marie apprit la dernière révo* lution qui venait de s'accomplir en Ecosse, et qui faisait retomber son fils sous le joug d'Elisabeth. Cette nouvelle mit le comble à ses afflictions. Elle s'apitoyait de la manière la plus touchante sur le sort de Jacques. « Je ne puis que, comme mère très^ffectionnée que je lui ai été et serai jusqu'à la mort, je ne ressente jusqu'au fond de mon cœur sa profonde misère et ne fasse tous efforts que je pourrai, fût-ce au hasard de ma vie propre, pour garantir la sienne des éminents dangers où je le vois être... Ce qui me grève le plus est de me voir empêchée entièrement d'apporter aucun remède à cette infortune, étant tenue mains et pieds liés , et ne me restant quasi plus que la voix, encore bien faible, pour gémir vers mon Dieu d'un si cruel et inhumain traitement '. »
La nouvelle que son fils avait signé une ligue avec Elisabeth la plongea dans un sombre désespoir. Menacée de mort par l'acte d'association et les actes du Parlement, elle n'avait plus d'autre sort à attendre que l'échafaud ou une prison perpétuelle. Tous les moyens d'évasion étaient devenus de plus en plus difficiles sous l'étroite surveillance de Paulet. Charles
* Paulet II Wabingham, The Letter-Books of sir Amias Poulet, p. 209. ^ Marte à M, de ChAteauneuJ, ambassadeur de Henri III, 8 décembre 1585. Labanoff, t. VI, p. 237.
Paget lui conseillait de fuir .déguisée en homme et de gagner un vaisseau en station le long des côtes, afin de retourner en France ou en Ecosse ' .
Un de ces pères jésuites qui parcouraient TEurope pour recruter des adhérents à la sainte Ligue, que jusque-là Marie avait refusé de signer , le père de la Rue , qu^elle connaissait depuis longtemps, la pressa d'en faire partie. « C'était, lui écrivait-il. Tunique moyen pour elle d'obtenir l'assistance des princes catholiques. » Marie, sous la main de son nouveau geôlier, sir Amyas Paulet, qu'elle savait être une créature de Leicester, passait les nuits et les jours dans de mortelles anxiétés. N'ayant plus d'autre perspective qu'une captivité qui ne pouvait finir que par une mort violente , comment eût-elle pu rejeter un projet de fuite même dangereux*? Elle avait fait savoir au prince de Parme qu'elle approuvait complètement le plan de l'invasion'. Les hommes qui l'engageaient le plus à entrer dans la nouvelle conspiration étaient Charles Paget et le Gallois Thomas Morgan. Ce dernier, comme on l'a vu, pour avoir été accusé d'avoir fait partie du prétendu complot de Parry, avait été jeté à la Bastille par ordre de Henri III, et ce prince, tout en refusant de le livrera Elisabeth, avait fait remettre fort imprudemment ses papiers à l'ambassadeur anglais. Prisonnier de par la reine Elisabeth, Morgan lui jura une haine mortelle. Du fond de la Bastille, secondé par Charles Paget, il s'ingénia à trouver quelques moyens de correspondre soit avec Marie, soit avec ses partisans. Des complices se présentèrent : c'étaient des agents de Walsingham. Un mot sur cet étrange personnage.
Après Burghley, l'homme qui rendit à Elisabeth les plus
* Charles Paget à Marie Stuart, 14 janvier 1585, Murdix; J. Gauthier, t. II, p. 391.
2 IIosACK, Mary Queen of Scots and lier accusers, t. II, p. 331.
3 Ibidem,