CHAPITRE TREIZIEME
fait subir. Paulet , qui Tayait amenée sur le terrain qu'il voulait explorer, lui témoig^na toute sa surprise d'un tel changement. 11 n'était personne au monde, ajoutait-il, qui ne fût aussi merveilleusement étonné qu'il l'était lui-même de la voir en si bonne disposition et en si belle humeur après avoir été accusée et convaincue de crimes aussi horribles qu'odieux, tels que cette conjuration contre la vie de la reine et celle de ses principaux serviteurs, tels que la rébellion et l'invasion du royaume. « Lesquelles choses ont été si bien examinées et éclaircies, poursuivît Paulet , que les commissaires n'ont plus de doute sur la culpabilité de Votre Grâce, et nul au monde ne voudrait croire, ni moi-même, si je ne le voyais, que vous puissiez vivre en une si grande quiétude d'esprit, »
Cet entretien, d'un intérêt capital, nous a été transmis en entier par Bourgoing, qui, selon toute probabilité, dut l'écrire sous les yeux mêmes et sous la dictée de Marie Stuart, de même que toutes les parties essentielles de son Journal. Nous le reproduisons presque textuellement, car aucune analyse ne saurait exprimer dans toute leur force et leur noble assurance les paroles de la reine.
« Je n'ai point d'occasion d'être mal disposée et troublée , répondit-elle à son geôlier avec calme ; je sais bien en ma conscience ce que j'ai fait, et j'ai déjà répondu aux commissaires. Dieu et moi savons bien que je n'ai attenté , ni consenti à tuer ni meurtrir (assassiner) personne, et ma conscience est libre et nette de toute connivence en cet endroit. Étant innocente, j'ai occasion plutôt de me réjouir que de m'attrister, ayant placé toute ma confiance en Dieu, protecteur des gens de bien et des innocents. Plusieurs princes de ma qualité ont été exposés à bien des traverses ; moi-même j'en ai déjà subi beaucoup , puisqu'il a plu à Dieu, et j'en suis toujours sortie jusqu'à présent grâce à sa protection. Je ne m'en soucie plus et suis prête à souffrir la mort quand il lui plaira. Je suis née dans les troubles , et la reine ma mère m'a élevée avec beaucoup de peine
«r8 MARIE STUART.
au milieu des troubles. Lorsqu'elle fiit contrainte de m'envojer en France, je n*y jouis pas longtemps du bien que j'avais obtenu , le roi mon mari venant à mourir. Renvoyée que je fus en mon pays d'Ecosse, je fus quasi toujours troublée, et n'ai pas été sans troubles depuis que je suis en ce royaume d'Ângle> terre. Il ne me profiterait de rien de m'en affliger davantage.
>^- C'est un grand contentement que d'avoir la conscience nette et déchargée, lui répliqua Paulet d'un ton qui exprimait le doute , et Dieu est témoin entre vous et lui , mais une conscience feinte et dissimulée est une mauvaise chose..*. Si vous êtes coupable, comme assurément il est trop clair et évident, l'affaire ayant été si bien illucidée en votre présence même, que vous ne le pouvez nier, il vaudrait mieux confesser votre feute et en faire repentance devant Dieu et le monde.
— De mes offenses et péchés je me repens, répondit la reine sans s'émouvoir du zèle indiscret de son interlocuteur; je suis femme, et, humainement, comme tous les autres hommes, j'offense Dieu. Il n'y a personne qui puisse dire qu'il soit juste ou sans péché. J'ai offensé Dieu et lui en demande pardon, n en faisant repentance » , mais je ne sais à qui je me puisse et doive confesser en l'état où je suis. Et à Dieu ne plaise que je demande que vous fessiez confesser à moi! mais du &it dont il est question, je ne m'en confesserai point, et vous savez bien que je n'en suis point coupable. On vous fait accroire tout ce qu'on veut, mes ennemis ayant prémédité de longue main ce qu'ils prétendent feire. Parce que je suis catholique, ils me veulent mettre au rang des autres catholiques; mais je suis toute résolue à mourir pour la religion , et je ne demande pas mieux. Je m'estime bien heureuse de souffrir pour le nom de Dieu, comme ont fait beaucoup de saints et de martyrs dont on célèbre aujourd'hui la fête, et comme je viens de le lire dans un sermon. Ce n'est pas que je me croie digne de la parole de Dieu.
— Il n'est pas question de religion en votre fait, s'écria avec