‹ Marie Stuart, son procès et son exécution, d'après le journal inédit de Bourgoing, son médecin; la correspondance d'Amyas Paulet, son geôlier, et autres documents nouveauxChapitre 142 sur 226 · CHAPITRE QUATORZIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUATORZIEME

vrait une prompte réponse. Il ajouta que, si elle avait été aussi bien disposée à révéler diverses choses à Sa Majesté qu^à former ses requêtes, lord Buckurst les eût présentées bien plus volontiers.

Elle lui répondit que, le lord lui ayant été envoyé par la reine comme étant son parent par alliance, elle lui avait confié ce qu^elle avait jugé à propos.

« Le lord fera sans doute un rapport véridique de toutes choses, reprit Paulet, et si je voiis ai parlé d^écrire, c'est pour que vous vous souveniez que vous auriez pu écrire par Tentremise de Sa Seigneurie, si vous l'eussiez désiré, et si voug êtes dans la même disposition, je ne manquerai pas de faire remettre vo.s lettres.

— Lorsque les choses n'étaient pas si avancées, dit Marie, j'aurais désiré écrire ; mais, étant condamnée, j'ai à penser à autre chose, à me préparer à une vie meilleure, à un autre monde. »

« Alors, ajoute l'impitoyable geôlier, elle commença un long discours sur la miséricorde de Dieu envers elle, sur sa préparation pour aller à lui, et autres propos impertinents, indignes d'être répétés. Je la laissai, après avoir essayé de réparer mes fautes, et sans lui laisser supposer que j'étais venu près d'elle dans ce dessein ^. »

Au moment même où ces basses vengeances s'exécutaient par son ordre, Elisabeth adressait des reproches à Paulet pour n'avoir pas provoqué la reine d'Ecosse à lui écrire afin de demander sa grâce. Voici comment il essayait de se disculper : « Il me faut répondre, disait-il, à l'accusation de ne pas entretenir cette dame dans le désir qu'elle a d'écrire à Sa Majesté, et que j'aurais dû lui faciliter, bien qu'elle ne m'en ait pas reparlé depuis le départ des seigneurs. Je confesse ne lui avoir jamais fait cette ofïre. Si j'ai péché en cela, je mérite d'être

^ Dans le dessein de Tengager à' écrire à Elisabeth.

206 MARIE STUAHT.

excusé; car je ne l'ai pas &it par malice, mais diaprés cette conviction que, sans instructions spéciales, je ne devais pas Ty pousser. Et, en vérité, jamais conseiller de Sa Majesté ne me donna ordre ou conseil semblable, et si je considère mon devoir envers elle, jamais je ne Teusse £Biit sans ordre. Il m'a semblé suffisant de signifier une fois ou deux à cette dame que, si elle désirait écrire à Sa Majesté, cela lui serait permis. Elle a dû comprendre que , bien qu'on l'eût empêchée d'écrire, peu après l'éloignement de ses secrétaires, elle aurait pu le feire maintenant si elle l'eût désiré. Et, à vous dire vrai, j'ai averti M. le secrétaire Walsingham, par deux lettres (afin que le blâme d'un refus ne retombât pas entièrement sur moi seul), que je n'osais pas donner à cette dame la liberté d'écrire, de ma propre autorité, et sans que Sa Majesté enfât avertie. C'est tout ce que je puis dire pour m'excuser de ces fautes, qui, je Tespère, obtiendront grâce devant Sa Majesté ' . »

1 Paulet à Davison, 28 novembre 1586, The LeUer^Boohs, etc., p. 317.

Page 1