CHAPITRE XV
LETTBES DE MARIE AU DUC DE GUISE, AU PAPE SIXTE-QUINT, ETC., A ELISABETH. — ÉTRANGES CIRCONSTANCES QUI PBKGÉDèRENT l'envoi de cette DERNIERE LETTRE.
Marie ne doutait pas que son supplice dût être très-prochain. Elle en avait accueilli la nouvelle avec joie comme le terme de ses longs malheurs. Le lendemain du jour où son i;eôlier avait &it disparaître les insignes de sa triste royauté, elle rassembla autour d*elle ses serviteurs ^ Elle protesta devant eux qu'elle mourrait fidèle catholique et qu'elle était entièrement innocente du crime dont on Taccusait. Elle leur fit jurer qu'ils rendraient témoignage pour elle auprès de toutes les personnes qu'elle leur désigna, et à chacun d'eux elle assigna la mission qu'il aurait à remplir après sa mort. Privée de tout secrétaire, et bien que sa main droite fût très-endolorie par les rhumatismes, elle passa les journées des 23 et 24 novembre à écrire de longues lettres à ses plus fidèles amis pour leur annoncer sa condamnation, pour leur recommander avec la plus touchante sollicitude ses serviteurs et réclamer de leur affection quelques derniers services. Au pape Sixte-Quint elle demandait, avec ses prières et sa bénédiction, une absolution générale. Elle lui annonçait le refus qu'elle avait fait d'être assistée par un évéque anglican, et sa ferme résolution de verser son sang au pied de la croix, afin d'assurer, s'il était possible,
' Marie Stuart à Farchevéque de Glasgow, du 24 novembi^ 1586, Laba- Morr, t. VI.
le triomphe de TËglise catholique et de ramener à la foi les dévoyés de Ttle d'Angleterre. Elle déposait entre les mains du pontife son autorité maternelle^ le priant de servir à son fils de père spirituel, et, de concert avec le duc de Guise et le roi d'Espagne, de le ramener à la foi de ses aïeux. Dans le cas où Jacques se convertirait, elle exprimait le désir que Sixte-QuiDt facilitât son mariage avec la fille du Roi Catholique; mais, s'il ne pouvait se détacher de Thérésie, Marie, aveuglée par la passion religieuse et outre-passant ses pouvoirs souverains, déclarait qu'elle abandonnait tous ses droits à la couronne d'Angleterre à Philippe II, sous le bon plaisir du pape. « Voilà, diisait-elle, le regret de mon cœur et la fin de mes désirs mondains... Je les présente aux pieds de Votre Sainteté que très* humblement je baise *• »
Enfin, elle disait au pontife : « Vous aurez le vrai Récit de la façon de ma dernière prise et toutes les procédures contre moi et pour moi, afin qu'entendant la vérité, les calomnies que les ennemis de l'Église me voudront imposer puissent être par vous réfutées et la vérité connue; et, à cet effet, ai-je vers vous envoyé ce porteur*.., » Il ne nous parait point douteux que la Relation dont la reine annonce l'envoi à Sixte-Quint ne soit, comme nous l'avons dit déjà, le Journal de Bourgoing, qui commence, en efFet, précisément » à la dernière prise» de Marie Stuart, c'est-à-dire à sa translation de Ghartley à Tixall, et qui contient « toutes les procédures » contre elle et ses moyens de défense. D'après ce passage, il résulte que la Relation dont elle parle était déjà rédigée en partie et sous ses yeux mêmes, soit sous sa dictée, soit sur des notes fournies par elle, même. En l'absence de ses secrétaires, son choix, pour que
* Labaroff, t. VI.
s Marie Stuart au pape Sixte^Quint, 23 novembre 1586, Labaroff, t. VI, p. 454. Cette lettre, ainsi que celles que Marie écrivit à cette époque, ne parvint k sa destination qu'un an après, lorsque ses domestiques iPurent rendus à la liberté.