CHAPITRE DEUXIEME
iafâme métier, quelques-uns de ses espions se glissaient dans ces collèges, y entraient dans les ordres, s'emparaient de la confiance et des secrets de leurs mattres, et, rentrés en Angleterre, y surprenaient, même par la confession, toutes les menées des catholiques'. Gomment la reine d'Ecosse eût-elle pu échapper à ce redoutable espionnage ?
Parmi les suppôts vendus corps et âme à Walsingham étaient deux hommes de basse condition , Maude et Poley , et deux jeunes prêtres sortis du séminaire de Reims, Greatly et Gilbert GifFord*. Ce dernier était fils d'un gentilhomme du comté de Stafford, alors prisonnier à Londres pour ses opinions catholiques. Rien dans Gilbert Giffbrd ne pouvait laisser soupçonner Tâme d'un traître, ni sa jeunesse, ni sa naissance, ni son éducation, ni le dévouement sans bornes qu'il simulait pour l'Église romaine et pour la cause de Marie Stuart. Avec tant de qualités apparentes, il ne lui fut pas difficile de s*insinuer fort avant dans la confiance de Morgan , de Charles Paget, de Tarchevéque de Glasgow, des plus intimes amis de la reine. Chartley se trouvant à peu de distance de la maison de son père, Gifibrd leur offrit de s'y installer et d'organiser de nouveau, de la manière la plus sûre et la plus secrète, le service de la correspondance entre Marie et ses confidents, service depuis longtemps interrompu par la surveillance de plus en plus étroite de Paulet. Pour n'éveiller aucun soupçon, il fut convenu que les lettres seraient adressées à Gifford sous les noms supposés de Pietro , de Bamaby , de Nicolas Cornélius*.
^ Mémoire de ChAteauneuf, dans Labaroff, t. YI, p. S80.
^ G. Gifibrd fut ordonné diacre et professa la philosophie dans le séminaire de Beims. Ce séminaire avait été fondé par le clergé séculier anglais; ce ne fut donc pas par les jésuites que GifTord fut élevé, comme Font prétendu nombre d'historiens. Voir John Morris, The Letter'-Books of Àmias Poulet, etc. London, 1874, p. 143.
' LiBAsoFF, t. YI, p. S82, et State Papers Office, Mss. de la reine d*Écosse, cités par Tttlbr, t. YIII; J. Gauthier, t. II; Hosack, t. II, p. 334.
Walsingham avait aussi sous sa' direction un nommé Thomas Phelipps, chargé du déchiffrement des papiers d*État les plus secrets. Cet homme n'avait pas son pareil pour deviner les chiffres les plus compliqués, pour contrefaire les écritures, pour fabriquer des lettres supposées*. Walsingham lui avait confié une partie de la correspondance de Marie et trente-deux clefs de chiffres à son usage dont il s'était rendu maître, soit en corrompant Ghérelles, le secrétaire de l'ambassade fran* çaise à Londres , soit en obtenant de Henri III la remise des
^ Il existe ane lettre de G. Gifford à Phelipps, datée de cette même époque, dans laquelle il lui conseille, pour tromper les amis de Marie à Paris, de forger une lettre de Barnes, leur complice, « à la vue de laquelle, dit-il, ils sauteront de joie ». Plus loin, il Tengage à fabriquer une lettre supposée d*Edward Windsor (un des complices de Babington) adressée à Charles Paget dans le but d*attirer ce dernier en Angleterre et de rarrèter. Gilbert ne parle pas d*un faux, comme si c'était pour eux une chose sans précédent ; il le traite comme un acte qui leur est très- familier. Coiàment s*étonncr après cela que Phelipps ait falsifié la lettre de Babington à Marie et la réponse de cette princesse à Babington, c'est-à-dire les deux pièces capitales du procès et qui ne furent produites qu*en copies? (Hosack, t. II, p. 376 à 378.)
Plusieurs années après, Phelipps avoua, dans une lettre de sa main adressée au comte de Salisbury, qui se trouve au State Papers Office y que, pour tromper le gouvernement espagnol, il fabriqua toute une correspondance fausse. (Tttler's Historyof Scotland, vol. VIII ; Proofs and iilustraiions, etc., n«>XI V; Historical Remarks on the Queen of Scots* supposée accession to Babington s conspiracy, p. 390.) Lorsque Jacques YI monta sur le trône, ce misérable fut appelé à rendre compte de sa conduite lors du procès de la reine d'Ecosse. Il déclara faussement que la seule part qu'il y eût prise fiit de déchiffrer, pour le compte du gouvernement, les lettres concernant la conspiration Babington. (DoM. James I*', vol. I, n<> 119.) Sous la date de 1604, se trouve un paquet de lettres fabriquées par Phelipps, avec cette mention sur le dossier : Lettres écritespar Phelipps, etc. (Dom. James I«', vol. YI, n<* 37.) H existe une autre collection très-curieuse de lettres et de traités forgés par ce même personnage ou par ses instruments, Thomas Barnes et autres, et adressés k Charles Paget et autres catholiques qui étaient loin de se douter du nom de leur véritable correspondant. (Notes de John Mobris, p. 116 de sa publication : The Letter'Books of sir Amias Poulet, etc.) Phelipps était prisonnier k la Tour en 1607, pour quelque méfait de ce genre. (Lettre de Waad au comte de Salisbury, 26 décembre 1607, Mss. cités par Mr. John Morris.)