‹ Marie Stuart, son procès et son exécution, d'après le journal inédit de Bourgoing, son médecin; la correspondance d'Amyas Paulet, son geôlier, et autres documents nouveauxChapitre 167 sur 226 · TRANSMETTRE · texte numérisé non relu

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Pendant ce temps-là y Marie Stuart était condamnée au secret le plus rig^oureux. L'infortunée princesse n'avait pas même la consolation d'être tenue au courant des démarches plus ou moins sincères que tentaient en sa feveur son fils et Henri III. Son inexorable geôlier ne se plaisait qu'à lui donner les mauvaises nouvelles. Un des plus ardents désirs de Marie , depuis sa condamnation à mort, était de faire son testament, de payer ses créanciers, de régler les gages de ses serviteurs. Mais elle ne pouvait rien ordonner sans avoir sous les yeux les livres de compte de son domaine et de son douaire, que Waad avait saisis à Chartley, en même temps que ses correspondances , et qu'il avait envoyés à Loddres. Malgré les plus pressantes instances, jamais elle ne put obtenir sur un point si essentiel pour elle, et si insignifiant pour ses ennemis, une pleine et entière satisfaction. Elisabeth avait ordonné, il est vrai, que l'on rendit à Marie tous ses livres de comptes ' , mais ses ministres en décidèrent autrement, comme s'ils avaient pris à tâche de n'épargner à leur victime aucune vexation, aucune amertume '.

Le 8 janvier 1587, ayant appris que Paulet était sorti du château, la veille, pour se promener, Marie le fit prier de

1 WaUingham à Phelipps, 18 décembre 1586 ; The Lettei -Books of Amias Poulet, etc.* p. 345.

2 Journal inédit de Bour^oing et The LeUcr^Books of Amias Poulet,

p. 340, 341 et 346.

passer chez elle ; mais il s'y refusa , prétextant un rhume qui Tobligeait , disait-il , à garder la chambre. Elle lui dépêcha aussitôt André Melvil et Bourgoing, pour le prévenir que, n'ayant reçu de la reine d'Anglelerre aucune réponse à la lettre qu'elle lui avait adressée le 19 décembre, elle se proposait de lui écrire dé nouveau, et qu'elle allait préparer sa lettre pour qu'il la trouvât prête lorsqu'il irait mieux. « Qu'elle écrive et prépare ce qu'elle voudra! » s'écria d'un ton de mauvaise humeur le farouche geôlier ' . Deux jours s'écoulèrent sans qu'il donnât signe de vie. Enfm, Marie, dans une impatience extrême de recevoir ses papiers pour faire son testament , lui fit dire à quel point elle était surprise de ne recevoir aucune réponse aux justes réclamations qu'elle lui avait adressées, non plus qu'à sa lettre à la reine d'Angleterre. « Ma maîtresse, dit à Paulet Bourgoing , porteur du message, pour ne demeurer plus longtemps en soupçon et pouvoir donner ordre aux affaires de sa dernière volonté, et se préparer à tout événement, vous invite à venir la trouver le plus tôt que vous pourrez. Elle veut vous a faire voir sa lettre et la fermer en votre présence, ft comme elle a fait de la dernière *. » — a Paulet , étant au lit, couché , ajoute le médecin de Marie , et un de ses bras enve* loppé , lui répondit qu'il ne lui était pas possible de se bouger et de cheminer pour aller, qu'il en était bien marri, et qu'aussitôt qu'il pourrait, il irait par devers elle.» — Tenue dans une angoisse perpétuelle par tous ces contre-temps et ce mau' vais vouloir, la reine envoya de nouveau Bourgoing, accompagné de Melvil, auprès de Paulet, pour l'inviter à dépécher auprès d'elle à sa place , ou Drury, ou sa femme, ou l'un et l'autre ensemble pour qu'ils pussent « voir fermer sa lettre et la recevoir» . L'impassible Paulet leur déclara qu'il conférerait de leur message avec Drury, et promit une réponse pour le

^ Journal inédit de Bourgoing, 2 Ibidem.

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