CHAPITRE DIX-HUITIEME
lendemain. Le 12 janvier, il les fit appeler, en efFet, et leur dit qu'après avoir consulté son confrère Drury, ils avaient décidé Ton et Tautre qu'ils ne pouvaient envoyer à la cour aucune dépêche sans y être autorisés. En même temps, il affirma qu'il n'avait nullement l'intention d'empêcher sa prisonnière d'écrire , mais il ajouta qu' a il était serviteur, et qu'il n'était si enfant qu'il voulût s'avancer tant que d'envoyer une lettre sans congé; qu'il en écrirait et que, le chemin n^étant pas long, elle en recevrait bientôt réponse». Extrêmement surprise et ulcérée de ces difficultés imprévues et de ces longs retards , Marie lui fit dire sur-le-champ qu'elle trouvait d'autant plus étrange sa fiaçon d'agir, que lord Buckurst et Beale nonseulement l'avaient assurée qu'elle pouvait écrire à la reine d'Angleterre , mais qu*ils avaient même témoigné quelque étonnement de ce qu'elle ne l'avait déjà fait , lui disant que la reine Elisabeth s'était attendue à cette démarche, qu'une seule lettre eût tout arrêté , et que les seigneurs ne seraient pas venus à Fotheringay. Paulet lui-même, après le départ de lord Buckurst, ne Tavait-il pas engagée à écrire à la reine, et n'avaitil pas envoyé sa lettre ' ? — Sir Amyas se contenta de répondre à ses deux interlocuteurs qu'il aviserait la cour, et, comme ils insistaient vivement pour savoir s'il y avait ou non quelque défense à lui faite de recevoir les lettres de leur maîtresse , il leur répliqua^ d'un ton d'impatience qu' « il ne pouvait répondre aux particulières questions ' » . Voici comment , de son côté , Paulet racontait à Davison ces nouveaux débats entre lui et sa prisonnière : » Quoique cette reine, qui m'est confiée, ait reçu assez de messages de mort pour porter à la mortification n'importe quelle vraie chrétienne , cependant sa mauvaise nature a donné de fréquents exemples de manques de charité et d'autres révoltes volontaires, bien que, depuis plusieurs se-
^ Journal inédit de Bourgoing* ^ Ibidem^
maines, elle attende de jour en jour le coup fatal qu'ont mérité ses crimes. Et maintenant il semble que les délais de la justice aient augmenté ses espérances d^une plus longue miséricorde. Là-dessus , si je ne me trompe , à Toccasion de ses papiers de comptes , elle envoie Melvil et son médecin auprès de moi ; et, après m'a voir parlé desdits comptes, ils me demandent, au nom de leur maîtresse, si j'ai reçu une réponse de Sa Majesté à la lettre qu'elle lui a adressée. Sur ma réponse négative, ils m'ont dit qu'elle écrira de nouveau et qu'elle m'appellera lorsque sa lettre sera prête pour que je la voie fermer et cacheter. Sur quoi je répondis que je n'avais rien à dire, évitant à la fois et de lui défendre d'écrire et de promettre d'envoyer la lettre. Pour être franc avec vous, ajoutait Paulet, je connais si bien $a ruse, que je ne désire pas qu'on lui perihette d'écrire encore à Sa Majesté, parce que je suis sûr qu'elle n'écrira rien qui soit profitable à Sa Majesté ou au bien du royaume; et l'on peut craindre que ses promesses flatteuses et traîtresses n'engagent notre miséricordieuse reine à l'écouter favorablement, ce qui serait fort dangereux pour sa propre sûreté et pour la tranquillité du royaume. C'est pourquoi j'ai pensé qu'il n'était pas de mon devoir d'envoyer une seconde lettre sans un ordre spécial. Je vous prie de me donner vos instructions , car j'ai évité de dire aux messagers que j'écrirais à cet effet , ce qui sera ma réponse lorsqu'elle m'enverra chercher, et, pendant ce temps-là, on pourra empêcher les bonnes résolutions qui pourraient venir d'en haut * ... »
La lettre si importante et jusqu'à présent inédite, que Marie avait préparée et que Paulet prit sur lui de ne pas recevoir pour la transmettre, figure en tète du Journal de Bourgoing,
^ The Letter-Books of sir Amias Poulet, etc., p. 3^6 et 347. Paulet à Davison, 10 janvier 1587 (n. s.). Paulet craignait sans doute que Marie, par des protestations réitérées de son innocence, ne finît par faire nattre des soupirons et des scrupules dans Tesprit d*£lisabetb.