‹ Marie Stuart, son procès et son exécution, d'après le journal inédit de Bourgoing, son médecin; la correspondance d'Amyas Paulet, son geôlier, et autres documents nouveauxChapitre 169 sur 226 · CHAPITRE DIX-HUITIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DIX-HUITIEME

àja suite d'une copie de la lettre que Marie écrivit à Henri III peu d'heures avant sa mort.

Tous ces faits intimes et dramatiques étaient inconnus avant la récente publication de la correspondance inédite de Paulet. Le lecteur remarquera avec quelle précision les faits nouveaux révélés par le geôlier coïncident sur tous les points , et date pour date , d'après le calendrier anglais, avec les mêmes faits racontés par le médecin. A chaque page, Tauthenticité du Jour' nal de Bourgoing est ainsi démontrée jusqu'à la dernière évidence par le récit parallèle de sir Âmyas Paulet.

Voici quelques fragments de la lettre inédite de Marie à Elisabeth que Fimpitoyable geôlier refusa d'envoyer à son adresse. Marie n'ayant pas reçu de réponse à sa première lettre, écrite en termes si touchants, ne crut pas qu'il fût de sa dignité de

parler du même ton dans la seconde : « Madame, disait-elle à Elisabeth , m^étant , selon qu'il vous a plu me signifier, préparée à la mort..., je me suis si volontairement résolue de laisser ce faux monde, que je proteste à Dieu et à vous que, depuis , je n'ai aspiré et ne désire autres contentements mondains, sinon ceux dont, pour décharger ma conscience, je vous ai fait requérir par milord Buckurst et Beale, et ce que,

par la dernière prescription de ma main, je vous ai demandé

et qui ne peut offenser aucun. Quant aux prières et requêtes, j'en ai été aucunement gratifiée , à savoir d'un aumônier, d'une partie de mon argent, mais de mes papiers je n'ai reçu que certains extraits. Et parce que je pense que vous n'entendez pas que ce qui me touche, que les affaires de mon domaine tombent en d'autres mains, je vous supplie que tous mes états, livres de comptes et autres papiers, ne parlant que de mes affaires en particulier et qui ne vous peuvent servir, me soient renvoyés et le reste de l'argent rendu, pour en ordonner et laisser l'examination à ceux de mon Conseil et aux exécuteurs

de mon testament J'ai fait entendre quelques points à

MM. Amyas Paulet et de Drury, lesquels m'ayant promis en

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écrire, je suis attendant leur réponse depuis le 22* de décembre qu*ils m'envoyèrent quelques papiers avec un mot de Nau , mon secrétaire. Eux n'estimant raisonnable de vous importuner de mes dernières requêtes , je crains ou que ma lettre ne vous ail été rendue ou que vous n'ayez voulu prendre la peine de la lire. La façon de laquelle j*ai été déjetée peutêtre leur persuada que je vous devais demander quelque grande grâce 9 et leur fit craindre même que votre bon naturel vous

causât quelques regrets de réduire votre propre sang à

telle étreinte. Mais, madame, ils n'ont que faire de craindre tant de pusillanimité d'une paît *, et d'autre, vous leur pouvez ôter tout le mécontentement qu'ils pourront avoir de votre trop grande douleur, en leur signifiant ma prière. Et votre intention n'étant que de gratifiera la mort, laquelle leur étant accordée y ils ne vous peuvent blâmer d'accorder sépulture au corps et quelque devoir de parenté, sinon au moins de charité chrétienne. Par quoi je vous requiers derechef, madame, en l'honneur de la passion du Christ , de ne me retenir plus en ce misérable suspens, plus cruel que toute peine terminée, mais pleinement me îaXve entendre votre volonté , laquelle étant de m'accorder ma requête, je vous promets d'en faire une à la mort pour votre salut et prospérité en ce monde, en la grâce de Dieu. Et si vous me le refusez , je ne lairrai (laisserai) de le

porter patiemment Au reste, si à l'heure de mon trépas

je voulais vous mander quelque secret et qui pourrait importer à vous-même de n'être communiqué à aucun , je désire savoir

à qui je m'en pourrais fier Or bien. Dieu vousdoint (donne)

autant d'heur en ce monde que j'en attends le laissant pour sa miséricorde, laquelle j'invoque sur moi et sur tous ceux qui me pourchassent, ayant ce bien de sortir de tant de misères par une mort innocente , et qu'il veuille pardonner à qui autrement me calomnie Et j'espère que par ma mort tant sou-

' De la part de Marie Stuart.

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