‹ Marie Stuart, son procès et son exécution, d'après le journal inédit de Bourgoing, son médecin; la correspondance d'Amyas Paulet, son geôlier, et autres documents nouveauxChapitre 210 sur 226 · CHAPITRE XXIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIII

DISPOSITIONS DE JilCQtfES VI ET DE HENRI III. — ORAISON FUNEBRE DB MARIE STUART PRONONCÉE A NOTRE-DAME DE PARIS PAR RENAUD DE BEA UNE, ARCHEVÊQUE DE BOURGES.

Quelles furent les dispositions des princes de TEurope à la nouvelle de la redoutable atteinte qu'Elisabeth' venait de porter à l'inviolabilité royale?

£n apprenant le meurtre de sa mère, Jacques YI, loin d'en être saisi de [douleur et d'indignation, ne montra au premier moment, dans l'intimité, qae la plus froide indifférence. Cette mart fixait sur sa tête la couronne d'Ecosse.

a Je puis vous assurer, écrivait le 2 mars à Archibald Douglas le maître de Bothwell, témoin de cette monstrueuse insensibilité, je puis vous assurer que la contenance du roi ne fut en rien altérée à la nouvelle de l'exécution de sa mère, et qu'il ne renonça pas plus qu'auparavant à ses distractions et à ses plaisirs ' . »

Mais comme l'attentai inouï d'Elisabeth avait causé en Ecosse, dans toutes les classes et au sein de la cour, la plus profonde émotion et les plus vifs ressentiments, Jacques, avec

' Lettre inédite faisant partie des archives du château de Hatfield, appartenant au marquis de Salisbury, citée pour la première fois par le baron Kervyn de Lettenhove, membre de l'Académie royale de Belgique. (Extrait des Bulletins de l* Académie royale de Belgique, 2« série, t. XXXIV, n® 7, 1872.) Voici le texte de ce curieux passage : « Lasl of ail I will assur zow tkat the king munir (altered) nether his countenance at the referfall off bis mothers exécution , nor leift not his pastyme and huntine moir then off befoir. »

une précoce dissimulation, feignit de s^attendrir et déclara hautement qu'un tel crime ne resterait pas sans vengeance *.

Fort inquiète 'de ses dispositions et de celles des Écossais, Elisabeth se hâta de lui envoyer un de ses proches parents, sir Robert Garey, fils de lord Hundson, pour lui £aire connaître, disait-elle, toute la vérité. Elle avait confié à Garey une lettre de sa main dans laquelle, s'abaissant aux plus humbles explications sur sa conduite, elle se livrait à la plus mensongère douleur « sur le déplorable accident » — c'est ainsi qu'elle qualifiait Texécution de la reine d'Ecosse — qui était arrivé, disait-elle, si contrairement à sa volonté". Et, avec une impudeur sans égale, elle prenait Dieu à témoin de son innocence, tt Si j'avais donné un tel ordre, disait-elle en jouant la dignité blessée, j'oserais le reconnaître hautement ; car je n'ai point le cœur assez bas pour que la crainte de prince vivant puisse m'empécher de faire ce que j'estime juste ou m'induire à le désavouer. .Je sors de tel lignage que je suis à l'abri de si

^ Tttler, t. IX, p. 4 à 12. Malgré Topinion des historiens les plus antorisés et les preuves qu'ils citent, M. Hill Burton prétend que l'exéculion de Marie Stuart n*excita pas une indignation universelle à travers l'Ecosse. II est certain pourtant qu'à part quelques fanatiques ministres presbytériens qui plaçaient Tesprit de secte au-Klessus de tout patriotisme, les Écossaii furent et durent être pour la plupart indignés d*un acte qui semblait consacrer la suzeraineté de TAngleterre sur TEcosse. On peut même soutenir que queU que fussent leurs sentiments à Tégard de Marie Stuart, ce ne /ut pas sans colère, sinon sans pitié, qu'ils virent tomber sa tête. (The History ofScotUndy by J. H. Burton, t. V.) M. Hill Burton, sans aucune espèce de preuve, ra même jusqu'à prétendre que • l'indifférence au sort de Marie, si même on ne peut l'appeler une approbation, était exprimée par une partie de la nation, sous une forme inconvenante et sans générosité «. (Ibidem.) Et, quelques pages plus loin, on est tout surpris de lire, dans le même ouvrage, que « les borderers, s'attendant à un conflit possible entre les deux pays, étaient sar le qui-vive pour saisir cette occasion de reprendre leurs vieilles habitudes « . M. Burton avoue même leurs dévastations sur le territoire anglais. Tout ne se passa donc pas aussi pacifiquement qu'il le suppose un peu plus haut. 2 Elus' Original LeUers, t. III; Miss Stricklàko, t. VU.

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