CHAPITRE DEUXIÈME. Ô
reiDe, s*il contenait en réalité les passages incriminés? Pourquoi l'envoyer à Babing^on, comme Phelipps prétendit Ta voir Éait, s'il était de nature à perdre Marie Stuart? De quel prix pouvait être pour Elisabeth la tète de Babington en comparaison de celle de Marie? Pourquoi dès lors se priver de l'original, qui eût servi de base indispensable à l'accusation? Pour nous il ne nous parait pas douteux , et nous espérons Êiire partager au lecteur notre opinion , que si l'original ne fut pas produit à Fotheringay, c'est qu'il ne contenait pas les passages interpolés de la copie qui fut présentée aux commissaires anglais. 11 serait incompréhensible que des hommes tels que Phelipps et Walsingham eussent pu se dessaisir de cette lettre si elle eût renfermé les passages criminels de la copie.
Camden, au seizième siècle , fut sur la trace de la vérité : il sut, peut-être par Burghley lui-même, que dans le cabinet de Walsingham, on avait ajouté à la lettre de Marie » un post^ scriptum du même chiffre, où l'on demandait à Babington les noms des six gentilshommes; si toutefois, ajoute-t-il, on ne fit pas d'autres altérations ' . » Ce post-scriptum, dont on ne jugea
^ « Quibtu (litteris) subdole additum eodem charactere post~scriptum
ut nomina sex nobilium ederet, sinon et alla, » Voici le texte de ce post- Knptum : « Je serais heureuse de savoir les noms et les qualités des six gentilsliommes qui doivent exécuter le dessein, car il se pourrait que, connaissant les personnes, je tous donnasse un meilleur avis à suivre en cette occasion, ûites^moi aussi, de temps en temps, où vous en êtes, et aussitôt que vous pourrez, pour le même motif, quels sont ceux qui sont engagés et la part que doit y prendre chacun d'eux. » A quelques mots biffés, on peut s'apercevoir que le post-scriptum avait été remanié lui-même par Phelipps. Si ce post- Kriptum était authentique, dit M. Hosack, pourquoi ne fut-il pas produit à Fodieringay lorsque la reine comparut devant les commissaires anglais? S'il était fabriqué, pourquoi fut-il gardé? La seule chose claire, c'est que ce document est original; ce n'est pas une copie. Le changement dont nous parlons n'est pas l'erreur d'un copiste , c'est la substitution délibérée d'un passage à an autre que l'auteur du document peut seul avoir faite... On sait que Phelipps envoya le 19 juillet à AValsingham une copie ou une prétendue copie de la lettre de Marie. Si, en la déchiffrant, il n'y trouva rien qui pût
pas à propos de se servir à Fotheringay et que M. Tytler a retrouve au Record Office, chifiFré de la main même de Phelipps, fournit la preuve qu'il y eut une première tentative de £aiux sous cette forme et que Ton n*y renonça que parce qu'il parut sans doute plus habile d'intercaler dans le texte de la lettre ce qui était contenu en substance dans le post-scriptum.
Lorsque Walsingham eut entre les mains la lettre de Marie, son premier soin fut de faire arrêter Ballard qui, de tous les conjurés, lui paraissait le plus adroit et le plus dangereux. Ce fut GifiFord qui le lui livra le  août '. Babington, dont Taudace jusque-là ne s'était pas démentie , avait fini par soupçonner, même avant l'arrestation de Ballard , que lui et ses complices étaient trahis ; il ne savait sur qui porter ses soupçons et vivait dans une continuelle anxiété. Il prévint Marie, le 3 août, qu'ils étaient probablement victimes d'une trahison, mais il l'engagea toutefois à ne pas se laisser abattre, car sa cause, disait-il, était
l'impliquer dans le complot contre Ëlisabetb, ne pouvait-il pas y ajouter ce post-scriptum et ne devons-nous pas ainsi expliquer son existence parmi les papiers de Walsingham? 11 est vrai qu'il ne fut pas produit ^contre la reine d'Ecosse; mais le faussaire^ après mûre réflexion, au lieu de se servir d'un simple post-scriptum, ne jugea-t-il pas plus utile d'insérer dans le corps de la lettre les passages criminels, afin de mieux prouver que Marie connaissait et approuvait le complot?... La lettre de Marie à Babington resta onze jours entre les mains de Phelipps et de Walsingham , ce qui leur donna assez de temps pour la corriger et l'augmenter. Or, il est à remarquer que dans les différents passages soulignés par le prince Labanoff, le crime de Marie est tracé sous des couleurs bien plus fortes et plus distinctes qu'il ne paraît dans le post-scriptum abandonné. (Hosack, t. Il, p. 370.) M. John Morris, de son côté, produit de nombreux arguments pour prouver que ce post-scriptum est un faux de Phelipps. The Letter-Books of Amias Poulet, etc., p. 236 et suiv. 1 Myiies à Walsingham, 4 août 1586, lettre citée par J. Gauthier. Ballard, sous le nom de capitaine Fortescue, se promenait toujours en public sous un costume militaire. (Hosack, t. II, p. 381.) Le 4 août, quoique Ballard fut prêtre catholique, « il vint vêtu d'un manteau gris, garni de dentelle d'or, d'un haut-de-chausses de velours avec un justaucorps de satin et un chapeau de feutre à la dernière mode, le ruban orné de boutons d'argent ■ . (Speech of the soUiciior gênerai Egerton,) Hgwell's State trials, t. I, p. 1150.