‹ Marie Stuart, son procès et son exécution, d'après le journal inédit de Bourgoing, son médecin; la correspondance d'Amyas Paulet, son geôlier, et autres documents nouveauxChapitre 32 sur 226 · CHAPITRE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DEUXIÈME

celle de Dieu, et les conjurés avaient juré de vaincre ou de mourir ^ Cependant, Babington.et ses complices avaient jugé prudent de se dérober aux recherches de la police anglaise et Walsingham avait perdu leurs traces, lorsque, le 4 août, Babinglon revint à Londres et y apprit l'arrestation de Ballard, qu'il attribua sans hésiter à Poley. L'esprit assailli par les terribles images des tortures et des supplices qui l'attendaient, lui et ses complices , il ne vit de salut possible que dans un excès d'audace. Dans l'espoir de tromper Walsingham , il courut s'offrir à lui comme espion*. Le secrétaire lui fit très-bon accueil, accepta ses services, lui promit ui\e forte récompense et lui proposa de rester dans son hôtel. Mais Babington, s^étant bientôt aperçu qu'il était suivi sans cesse par les agents de Walsingham , fut assez adroit pour se dérober à leur surveillance ' et s'enfuit à Saint-John's Wood, près de la Cité. Là il fut rejoint par quatre de ses compagnons , Charnock , Gage, Doune et Barnwell. Pendant quelques jours, ils menèrent la vie inquiète et fiévreuse des proscrits , sans pain , sans abri , et craignant à chaque instant d'être découverts.

Jusqu'alors Walsingham avait organisé dans le plus grand mystère la conspiration contre la vie de sa maîtresse , afin de

^ Babington a Marie, 3 août 1586, State Papers Office, J. Gadthieii, t. II, p. 414.

^ 11 lui proposa même de passer en France, dans le dessein, prétendait-il, de ninreiller les partisans de la reine d'Ecosse. Hosack, t. II, p. 382.

' Babington, se trouvant dans une taverne avec un espion de Walsingham et s'étant aperçu du rôle qu*il jouait, lui donna le change, et courut au logement de son ami Gage, près de Westminster. Ils furent rejoints par Barnwell, Qurnock et Doune, et, après j*étre consultés en toute hâte, ils se déguisèrent de leur mieux. Grâce aux ténèbres de la nuit, ils se réfugièrent dans Saint- John's Wood, qui était alors, comme le nom l'indique, une partie de forêt publique. L^ ils purent subsister pendant plusieurs jours; mais des ordres ayant été donnés pour leur arrestation, ils furent tous pris dans le voisinage de Harrow, où Ton découvrit qu'un fermier, nommé Bellamy, leur avait donné la nourriture et le logement. Celui-ci paya son humanité de sa tête.

pouvoir y impliquer Marie Stuart. Ce but atteint, il révéla le double complot à Elisabeth. Elle fut saisie d*une terreur panique et ordonna que tous les conjurés fussent arrêtés sur-le-champ. On publia leurs noms à son de trompe, on fouilla tous les vaisseaux dans le port, toutes les maisons suspectes. Aussitôt par toute TÂngleterre se répand la nouvelle qu^une horrible conspiration vient d'être découverte, qu'elle a pour but d'assassiner la reine, de mettre le feu à Londres, que les papistes se sont soulevés dans les provinces et que dix mille Français sont sur le point de débarquer en Angleterre. A cette nouvelle la populace se livre aux derniers excès; les maisons des Français sont pillées et saccagées, l'ambassade de France est entourée d'espions, et le gouvernement anglais pousse l'audace jusqu'à Bsiire arrêter deux des gens de Chàteauneuf ^

Cependant Babington et ses cinq compagnons, pressés par la fiaim , avaient quitté Saint-John's Wood , et avaient cherché un refuge à Harrovsr, en proie à toutes les angoisses de la terreur. La police de Walsingham ne tarda pas à les découvrir sous des hangars où ils se tenaient cachés. On les arrêta, et ils furent conduits à la Tour au milieu des vociférations et des cris de mort de la populace. Dans toutes les rues de Londres on alluma des feux de joie, et pendant vingt-quatre heures toute l'Angleterre retentit de la sonnerie des cloches. Tous les autres conjurés, Abingfon, Travers, Tichbourne, Salisbury, Tilney, furent arrêtés, à l'exception d'Edvsrard Windsor qui parvint à s'échapper en France. Gifford et les autres espions y avaient déjà cherché un refuge; seul, Poley fut jeté en prison pour couvrir les machinations de Walsingham *.

> Mendoza à Philippe Ily 16 septembre, Papiers de Simancas; Mémoire tVEsneval, dans Teulet, t. IV; J. Gauthier, t. II, p. 415; Hosack, t. II, p. 382.

3 Camdeiv; J. Gauthier, t. II, p. 415; Hosack, t. II, p. 282.

CHAPITliK m.

Page 1