STUART A TIXALL. VISITE DE SES PAPIERS A GHARTLEY
Lorsque Walsingham eut fait arrêter Ballard , Sava^je , Babinjjton et leurs complices, il jugea que le moment était Tenu d'impliquer dans leur complot la reine d'Ecosse. Il avait alors entre les mains les lettres chifFrées de Babington à Marie et celles de Marie à Babington, et ce qui prouve à quel point il trouvait insuffisantes les charges qu'elles pouvaient contenir contre elle, c'est que, d'une part, ces lettres ne furent produites au procès qu'en copies; de l'autre, qu'il résolut de s'emparer des papiers de la reine avant qu'elle pût les faire disparaître, et d'arrêter ses secrétaires avant qu'il lui fût possible de se concerter avec eux. II fit donc partir en toute hâte pour Chartley sir William Waad, sous-secrétaire d'État, afin qu'il pût s'entendre avec Paulet sur les moyens d'exécuter cette double décision. Afin de n'éveiller aucun soupçon, Waad et Paulet se virent en plein champ ', dans le plus grand secret (3 août). Là ils convinrent des moyens d'accomplir leur mission; mais, avant de mettre la main à Toeuvre, ils jugèrent prudent de les soumettre à l'approbation de Walsingham. Waad adressa donc à. ce dernier un mémoire auquel Paulet joignit ses propres réflexions. Ils proposaient l'un et l'autre d'attirer hors de Chartley la reine d'Ecosse, sous prétexte d'une
^ Lettre de Pauiet à Walsingham^ 3 août 1586 : The Letter-Booàs of sir Àmias Poulet, etc., p. t49.
chasse au cerf dans le vaste parc de sir Walter Aston, un gentilhomme du voisinage, et, pendant qu'on la conduirait à une autre résidence , de s'emparer de ses papiers et d'arrêter ses deux secrétaires, lis entraient dans de nombreux détails sur les moyens qui leur paraissaient les meilleurs pour exécuter ce double projet; puis ils conseillaient dé transférer la reine d'Ecosse dans la maison de sir Walter Aston ', en ne lui laissant que trois dames d'honneur, son cuisinier, son boulanger et deux grooms pour la servir'. Le plan de Waad et de Paulet fut adopté ; mais ce dernier ne reçut des ordres définitifs que le 10 août (v. s.). Le 9, Walsingham lui envoya par sir Thomas Gorges, gentilhomme pensionnaire d'Elisabeth, les instructions suivantes, rédigées de sa propre main, et au nom de sa maîtresse : » 11 fisiut en toute hâte que, sous prétexte d'une partie de chasse ou d'une promenade, vous conduisiez la reine, confiée à votre garde, dans quelque maison peu éloignée du lieu qu'elle habile, afin qu'elle y reste quelque temps jusqu'à ce que nous vous fassions savoir quel est notre bon plaisir. Et, afin qu'elle ne puisse avoir aucun moyen de communiquer avec qui que ce soit, vous donnerez l'ordre aux propriétaires de quitter la maison où elle sera transférée, en n'y laissant que le nombre de leurs serviteurs strictement nécessaire pour Tapprovisionnement. Vous retournerez sur-le-champ à Ghartley pour &ire arrêter les secrétaires Nau et Curie , et vous les confierez à des gentilshommes sûrs de ce comté ou des comtés adjacents, puis ils seront conduits à Londres, sous bonne escorte, afin que l'on puisse statuer à leur égard. Vous donnerez des ordres pour qu'ils soient menés séparément, et qu'ils ne
1 « La maison de sir Walter Aston, disait Paulet, semble la plus con* vcnable, parce qu'on peut Ty mener directement du parc avec la seule assistance de mes hommes. »
' Mét^oire de Waad annoté par Paulet y The Letter^Books of Àmias Pou^ (et, p. 249 à 252.