LE I CE S TE R
Osez donc l’en punir. L’occasion est belle, Madame; et, contentant ce désir curieux Qui , même à votre insu , vous amène en ces lieux , Venez, à votre aspect que tant d’éclat décore.
Voir tomber cet orgueil qui la soutient encore.
C’est assez la punir que paraître à ses yeux ; >
Pour elle le trépas serait moins odieux
Que laspect de ce front où la beauté rayonne ,
Que pare la vertu , que la gloire environne.
Oh ! si dans sa prison j’eusse entraîné vos pas ,
Il m’eût été bien doux , je ne m’en défends pas ,
De vous placer brillante à côté de Marie ,
D’opposer votre éclat à sa beauté flétrie ,
De voir votre triomphe , et dans ses yeux confus L’aveu de ses attraits par les vôtres vaincus.
Votre présence ainsi, tant de fois demandée,
Pour son supplice encor lui serait accordée.
ÉLISABETH
Leicester, sur mon cœur quel est votre pouvoir! Mais Burleigh a raison ; je ne dois pas la voir.
LEICESTER
Burleigh... sans doute il songe au bien de cet empire ; Mais est-il donc le seul que votre gloire inspire ? s Nctes-vous rien vous-même? et ce point délicat
Doit-il être réglé par la raison détat?
D’ailleurs , cette démarche et noble et politique Peut vous concilier l’opinion publique ;
Et, quand l’opinion ne l’approuverait pas.
On ne croira jamais , après ce premier pas ,
Qu’au séjour de Marie en secret entraînée ,
Vous soyez, sans la voir, à Londres retournée.