ACTE I, SCÈNE VL Faisant descendre en moi l’esprit d& vérité
Dans mon ame livré» à des vapeurs funèbres,
Des dogmes puritains dissipa les ténèbres ;
Et , telle est sa puissance à ramener les cœurs !
Entre ses mains bientôt j’abjurai mes erreurs.
‘ MARIE
Vous avez pu jouir de sa sainte présence !
MORTIMER
Un jour qu’en son palais plein de magnificence Je promenais mes yeux errants de toutes parts,
Le portrait d’une femme attira mes regards.
Troublé, je ne pouvais en détacher ma vue:
« Ce n’est pas sans raison que votre ame est émue , Dit alors le pontife en s’approchant de moi :
« Prisonnière, et souffrant pour notre sainte foi,
« Votre pays retient dans un dur esclavage « Celle dont vos regards ont admiré l’image. »
Alors il me peignit, d’un éloquent discours,
Les périls dont la reine environnait vos jours,
Vos malheurs , vos vertus , vos titres , votre race ; Comment Elisabeth, assise à votre place,
D’un droit qu’elle usurpa - vous punissait encor; Comment vivait en vous la maison <le Tudor ; Comme enfin , repoussant le fruit de l’adultère ,
Vos droits vous appelaient au trône d’Angleterre. Mais de quel nouveau jour furent frappés mes yeux, Quand j’appris que Paulet vous gardait en ces lieux; En ces lieux où Paulét éleva mon enfance.
Je crois que Dieu m’appelle à votre délivrance.
Le projet aussitôt s’en forme dans mon sein;
id
Le cardinal m’approuve , il bénit mon. dessein ;
Je pars, et jusqu’à vous, m’ouvre un libre passage.
O reine , je vous vis , et non plus voire image ;
Je vous vis! j’admirai dans leür réalité *
®es traits dont le malheur croît encor la beauté. Ah ! qu’elle a bien raison cette reine barbare ,
Qui dans ces tristes murs du monde vous sépare ! Tous nos jeunes Anglais , l’un de l’autre jaloux ,
Se lèveraient en foule et combattraient pour vous, Si dans ce noir Séjour où vous retient,sa haine ,
Ils pouvaient entrevoir leur véritable reine.
"MARIE
Aimable Mortimer, auraient-ils vos yeux !
MORTIMER
Oui,
Si tous ainsi que moi pouvaient être aujourd’hui Témoins de votre sort, et voir de quel courage Vous supportez des fers et la honte et l’outrage. Apprenez mon espoir, apprenez nos projets.
Des plus nobles maisons douze jeunes Anglais Sur les livres sacrés ont promis à Dieu même De vous rendre à l’église, au jour, au diadème.
De nos secrets desseins Philippe est averti ; L’ambassadeur de France est dans notre parti ; Demain à son palais nous devons tous nous rendre.
MARIE
Vous me faites frémir. Qu’osez- vous entreprendre? Quel espoir vous abuse ? O ciel ! ignorez-vQus Les supplices tout prêts qui vous menacent tous ?