CHAPITRE VINGTIÈME
lui lut sa commission. Marie fit le signe de la croix, et sans manifester aucune émotion : « Au nom de Dieu, dit-elle, bienvenue soit la nouvelle qui m'est enfin annoncée! Je suis contente de quitter ce monde où je n'étais plus d'aucune utilité, et je regarde comme un bonheur signalé que Dieu veuille m'en tirer après tant de peines et d'afflictions que j'ai endurées pour l'honneur de son nom et de son Eglise, de cette Église pour laquelle j'ai toujours été prête à verser mon sang goutte à goutte. »
Puis posant la main sur un Nouveau Testament
«Je
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Lit de Marie prisonnière à ï'otheringay.
prends Dieu à témoin, dit-elle, que je n'ai jamais désiré, approuvé ni recherché la mort de la reine d'Angleterre. »
Elle supplia les commissaires « de lui donner un peu de temps et de loisir pour faire son testament et donner ordre à ses affaires, puisque cela gissoit à leur volonté comme leur commission portoit^). A quoy le comte de Cherusbery luy dit assez rudement : « Non, non, madame, il faut mourir. Tenezvous preste demain entre sept et huict heures du matin. On ne vous prolongera pas le délay d'un moment.» Il yen eut un plus courtois, ce luy sembloit.quiluy voulut user de quelques remontrances pour estimer de luy donner quelque constance
1. Ces détails sont dans Brantôme qui en avait lui-même emprunté le plus grand nombre à un volume publié en 1587, à Edimbourg sous ce titre : Martyre de la reyne d'Ecosse, douairière de France.
davantage à supporter cette mort. Elle luy respondit qu'elle n'avoit point besoin de consolation, pour le moins venant de luy, mais que s'il vouloit faire ce bon office à sa conscience, de luy faire venir son aumosnier pour la confesser, que ce luy seroit une obligation . qui surpasserait toute autre ; car, pour son corps, elle ne croioit pas qu'ils fussent si inhumains qu'ils ne luy donnassent droict de sépulture. Lors il luy répliqua qu'il ne s'y falloit point attendre, de façon qu'elle fust contraincte d'escrire sa confession qui fust telle :
€ J'ay estée combattue aujourd'huy de ma relligion et de recevoir la consolation des hérétiques. Vous entendrez par Bourgoing et les autres, que j'ay faict fidellement protestation de ma foy, en laquelle je veuz mourir. J'ay requis de vous avoir pour faire ma confession et recevoir mon sacrement, ce qui m'a esté cruellement refusé, aussi bien que le transport rie mor corps, et de pouvoir tester librement, ou rien escrire que par leurs mains. A faute de cela, je confesse la griefveté de mes péchez en général, comme j'avois délibéré de faire à vous en particulier, vous priant au nom de Dieu de prier et veiller ceste nuict avec moy pour la satisfaction de mes péchez et m'envoyer vostre absolution et pardon de toutes les offences que j'ay faictes ; j'essayray de vous voir en leur présence, comme ils m'ont accordé du maistre d'hostel ; et s'il m'est permis, devant tous, je vous demanderay pardon. Advisez-vous de plus propres prières pour cette nuict et pour demain matin, car le temps est court et je n'ay loisir d'escrire. »
... Après envoya quérir sa maison, despuis le plus grand jusques au plus petit, et fit ouvrir ses coffres, et regarda combien elle pouvoit avoir d'argent ; leur despartit à chacun selon son moyen et le service qu'elle avoit tiré d'eux ; et à ses femmes, leur partagea ce qui luy pouvoit encore rester de bagues, de carquans, de lytestes (2) et accoustrements : leur disant à tous que c'estoit avec beaucoup de regret qu'elle n'avoit davantage pour leur donner et les récompenser, mais qu'elle s'asseuroit que son fils satisferoit à la nécessité ; et pria son ma tre d'hostel de le faire entendre à sondict fils, à qui elle renvoyoit sa bénédiction, le priant de ne venger point sa mort, laissant le tout à Dieu à en ordonner selon ses divines volontez; et leur dict adieu à tous sans larmoyer aucunement, mais au contraire, les consolloit, et leur disoit qu'il ne falloit pas qu'ils pleurassent sur le point de la voir bienheureuse, en contr' eschange de tant de malheurs qu'elle avoit eu ; puis les fit tous sortir de sa chambre, réservé ses femmes.
Or, il esteit déjà nuict ; et se retira en son oratoire où elle pria Dieu plus de deux heures, les genoux tous nuds contre