CHAPITRE VINGTIÈME
tileàla cause de l'Église, et après avoir exprimé à son ambassadeur en France combien elle était reconnaissante de son dévouement, elle lui recommanda ses serviteurs.
Cependant Elisabeth ne prenait pas de décision. Elle fit connaître dans tout le royaume la condamnation de la reine, et comme on ne manqua pas d'accompagner de calomnies cette proclamation, le peuple s'en réjouit. Il crut avoir échappé à un grand danger. Cet assentiment dont elle savait la valeur la fortifiait, mais une exécution publique lui répugnait. Un assassinat mystérieux, un empoisonnement lui auraient mieux convenu.
Marie le craignit un moment, et elle écrivit à Elisabeth, pour lui demander la grâce d'une exécution publique à cause des bruits que l'on ne manquerait pas de faire courir contre elle.
« Je prie, disait-elle en terminant, le Dieu de miséricorde et le juste juge qu'il vous veuille illuminer et me donnera moi la grâce de mourir en parfaite charité, pardonnant ma mort à tous ceux qui y ont coopéré ; et telle sera ma prière jusqu'à la fin. Ne m'accusez de présomption si, abandonnant ce monde,et me préparant pour un meilleurje vous ramentois qu'un jour vous aurez à répondre de votre charge, aussi bien que ceux qui y sont envoyés les premiers.» (19 décembre 1586.)
En présence d'une issue fatale, Henri III envoya M. de Bellièvre à Londres. Dans une audience qu'il n'obtint que huit jours après^on arrivée, il défendit la reine, et demanda sa délivx'ance. Elisabeth répondit avec son hypocrisie ordinaire, déclara qu'elle avait plus besoin d'aide, elle « pauvre femme » que la reine d'Ecosse, et, à de nouvelles supplications de Bellièvre et de Châteauneuf, elle répondit en accordant un sursis de douze jours pour l'exécution.
A la suite d'une seconde audience, elle annonça aux deux ambassadeurs qu'elle enverrait au roi de France quelqu'un qui lui ferait connaître ses intentions. En même temps, ses ministres tendaient un piège à M. de Châteauneuf. Un de ses secrétaires, Destrappes, fut prévenu par le père de l'embassadeur anglais à Paris, Staffort, qu'à la Tour, un prisonnier avait d'importantes communications à faire à l'ambassadeur français. Destrappes fut envoyé par son maître, et le prisonnier, après lui avoir demandé de l'argent, lui proposa de tuer la reine d'Angleterre. Châteauneuf indigné chassa
Staffort. Mais l'affaire se répandit.et l'ambassadeur de France fut accusé de complot contre la reine. Il protesta, se plaignit et n'obtint rien. Elisabeth envoya un ambassadeur à Henri III pour demander justice de cette affaire. Le roi refusa de le recevoir et les rapports furent un moment interrompus entre les deux Etats. C'est ce que voulait Elisabeth. Henri 1 1 1 ne pouvait plus intervenir efficacement en faveur de Marie.
Elisabeth n'eut pas moins facilement raison de Jacques. Il n'avait jamais pris sérieusement en main les affaires de sa mère, parce qu'il avait été toujours trompé sur son compte par les communications d'Elisabeth et les renseignements de ses propres ambassadeurs. Il n'avait pas d'inquiétude pour la vie de la reine. Mieux informé, il fit faire des représentations énergiques, mais son ambassadeur faillit être chassé, et il eut peur.
Deux nouveaux ambassadeurs qu'il envoya en Angleterre ne furent pas mieux reçus. Peut-être n'avait-il pas d'autre but que de sauver les apparences, car il ne s'était pas montré longtemps un fils aimant et dévoué.
Le warrant pour l'exécution^ rédigé le 20 décembre, resta oublié jusqu'au Ier février 15S7. Elisabeth se le fit alors porter, le parcourut, le signa et défendit à son secrétaire Davison de lui parler désormais de cette affaire. Après avoir ordonné que l'exécution aurait lieu à Fothcringay aussi secrètement que possible, elle revint à ses premières pensées et insinua qu'on aurait pu la décharger d'un si lourd fardeau. Walsingham et Davison transmirent discrètement à Paulet et à Drury ce désir à peine voilé de la reine, que Marie fût assassinée.Paulet répondit avec indignation à cette ouverture. Il ne voulait pas léguer à ses enfants un pareil déshonneur.
Les ministres, pour mettre fin aux hésitations et aux inquiétudes de la reine.se hâtèrent de faire exécuter le warrant. Beale reçut l'ordre de se rendre à Fothcringay et de convoquer les comtes de Shrewsbury et de Kent pour l'accomplissement du jugement. Ils étaient à leur poste le 7, avec le shérif de Northampton.
Ils demandèrent audience à la reine. Elle était malade et couchée. Comme ils dirent que leur commission ne pouvait souffrir de retard, elle s'habilla, et les reçut assise au pied de son lit, entourée de ses femmes et de son médecin Bourgoin.
Shrewsbury lui dit que la reine, cédant à la demande de ses sujets, s'était décidée à faire exécuter la sentence, et il