‹ Marie StuartChapitre 102 sur 107 · CHAPITRE VINGTIÈME. 20Ç · texte numérisé non relu

CHAPITRE VINGTIÈME. 20Ç

grâce comme si elle fust entrée dans une salle de bal, où on l'avoit veue d'autrefois si excellemment paroistre, sans jamais changer de contenance. Et ainsy qu'elle fust auprès de reschaffaut,elle appela son maistred'hôtel et luy dict: «Aidezmoi à monter; c'est le dernier office que je recevray de vous,» et luy réitéra tout ce qu'elle lui avoit dict en sa chambre pour dire à son fils. Puis, estant sur l'eschaffaut, elle demanda son aumosnier, priant les officiers qui estoient là de permettre qu'il vinst ; ce qui luy fut refusé tout à plat, luy disant, le comte de Kent, qu'il la plaignoit grandement de la voir ainsy adonnée aux superstitions du temps passé, et qu'il falloit porter la croix de Christ en son cœur et non en les mains.Aquoy elle fist response qu'il estoit mal aisé de porter tel etsi beau object en la main, sans que le cœur en fust touché de quelque esmotion et souvenance; que la chose la plus séante à toute personnechrétienne c'estoit de porter la vraye marque de sa rédemption lorsque la mort la menaçait. Et, voyant qu'elle ne pouvoit avoir son aumosnier, elle pria de faire venir ses femmes, ainsy qu'ils lui avoient promis ; ce qu'ils feirent : l'une desquelles à son entrée dans la salle, appercevant sa maîtresse sur l'eschaffaut, en tel équipage parmi les bourreaux, ne se peut engarder de crier, gémir et perdre contenance ; mais incontinent la reyne luy aiant faict signe du doigt contre la bouche, elle se retint.

Sa Majesté alors commença à faire des protestations que jamais elle n'avoit attenté ny à Testât, ny à la vie de la reyne, sa bonne sœur ; ouy bien d'avoir voulu rechercher sa liberté, comme tous les captifs sont obligez; mais qu'elle voyoit bien que la cause de sa mort estoit la relligion, dont elle s'estimoit très heureuse de terminer sa vie pour ce subject ; et prioit la reyne, en bonne sœur, d'avoir pitié de ses pauvres serviteurs qu'elle tenoit captifs, en considération de l'affliction dont ils avoient esté meus à rechercher la liberté de leur maistresse, puisqu'elle en devoit pâtir pour tous.

On lui emmena un ministre pour l'exorter ; mais elle lui dict en anglois : « Oh ! mon amy, donnez-moi patience, » lui déclarant qu'elle ne vouloit communiquer avec luy ny avoir aucuns propos avec ceux de sa secte.etqu'elleestoit apprestée à mourir sans son conseil et que telles gens que luy ne luy pouvoient apporter aucune consolation ou contentement d'esprit. Ce néantmoins, voyant qu'il continuoit ses prières en son barragouin, elle ne laissa de dire les siennes en latin,

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eslevant sa voix par dessus celle du ministre ; et puis redit qu'elle s'estimoit beaucoup heureuse de répandre la dernière goutte de son sang pour sa relligion, plus que de vivre longuement, et qu'elle ne pouvoit attendre que nature parachevast le cours ordonné de la vie, et qu'elle espéroit tout en celuy qui estoit représenté par la croix qu'elle tenoit en sa main, et devant les pieds duquel elle se prosternoit, que ceste mort temporelle, soufferte pour son nom, luy seroit le passage, le commencement et l'entrée de la vie éternelle avec les anges et les âmes bienheureuses qui recevroient d'elle son sang et la représenteroient devant Dieu, en dévotion de toutes ses offences, les priant de luyestre intercesseurs pour obtenir pardon de grâce.

Telles estoient ses prières, estant à genoux sur l'eschaffaut lesquelles elle faisoit d'un cœur fort ardent, y acljoutant plusieurs autres pour le pape, les roys de France, d'Espagne, et mesme pour la reyne d'Angleterre, priant Dieu la vouloir illuminer de son sainct esprit ; t pria aussi pour son fils, et pour l'isle de la Bretagne et d'Ecosse, pour les vouloir convertir.

Cela faict, elle appela ses femmes pour luy aider à oster son voyle noir, sa coiffure et ses autres ornements : et ainsy que le bourreau y vouloit toucher ; elle luy dict : Ha! mon amy, ne me touche point. »

Toutesfois, elle ne peut engarder qu'il n'y touchoit ; car après qu'on eut abbaissé sa robbe, ce vilain la tira par le bras assez lourdement et luy osta son pourpoint.

Elle mesme s'accommoda le plus diligemment qu'elle pouvoit, disant qu'elle n'estoit pas accoutumée de se despouiller devant le monde, ny en si grand'compaignie (on dict qu'il y pouvoit bien avoir quatre à cinq cens personnes), ne se servir de tels valets de chambre.

Le bourreau se mist à genoux et luy demanda pardon, à quoy elle dict qu'elle luy pardonnoit, et à tous ceux qui estoient aulteurs de sa mort, d'aussy bon cœur qu'elle desiroit ses péchez lui estre pardonnez de Dieu.

Puis elle dict à la femme, à qui elle avoit donné auparavant le mouchouer, qu'elle luy portast le dict mouchoer.

Elle portoit une croix d'or, où il avoit du bois de la vraye croix, avec l'image de Notre-Seigneur, qu'elle vouloit bailler à l'une de ses damoiselles , mais le bourreau l'en empescha, nonobstant que Sa Majesté l'eust prié de ce

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