‹ Marie StuartChapitre 103 sur 107 · CHAPITRE VINGTIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE VINGTIÈME

faire, lui promettant que la damoiselle luy payeroit trois fois la valeur.

Ainsy s'estans toute aprestée, après avoir baisé les damoi-

selles, elle leur donna congé de se retirer avec sa bénédiction, en faisant le signe de la croix sur elles. Et voyant que l'une des deux ne se pouvoit contenir de plorer, elle luy imposa silence, disant qu'elle s'estoit obligée de promesse qu'elles ne féroient aucun trouble par leurs pleurs et gémissements, leur commandant de se retirer doucement,de prier Dieu pour elle, et porter bon et fidèle tesmoignagedesa mort en la relligion ancienne, saincte et catholique.

L'une des deux luy aiant bandé les yeux avec son mouchouer, incontinent elle se jeta à genoux de grand courage, sans donner la moindre démonstration ou signe d'aucune crainte delà mort. Sa constance estoit telle, que toute l'assistance, mesme ses ennemis, furent esmeus ; et n'y eust pas quatre personnes qui se peurent garder de plorer, tant ils trouvèrent ce spectacle estrange, et condamnans eux-mêmes en leur conscience d'une telle injustice.

Et parce que le bourreau, ou plutost ministre de Sathan l'importunoit, lui voulant tuer l'âme avecques le corps et la troubloit en ses prières, en haussant sa voix pour la surmonter, elle dict en latin le psaume, In te, Domine, speravi ; non confundar in œternum, lequel elle récita tout au long. Aiant achevé, se mist la teste sur le billot ; et comme elle repetoit derechef, In manu s tuas, Domine, commendo spiritum meum, le bourreau lui bailla un grand coup de hache, dont il luy enfonça ses attiffets dans la teste, laquelle il n'emporta qu'au troisiesme coup, pour rendre le martyre plus grand et plus illustre, combien que ce n'est pas la peine, mais la cause qui faict le martyre.

Ce faict, il prend la teste en la main et la monstrant aux assistans.dict: «Dieu sauve la reyne Elisabeth! Ainsy adviène aux ennemis de l'Évangile !>> Et, en ce disant,la descoiffa, par manière de mespris, affin de monstrer ses cheveux desjà blancs, qu'elle ne craignoit pourtant, estant en vie, de les monstrer, ny se les tordre et friser, comme quand elle les avoit si beaux, si blonds et cendrez ; car ce n'estoit pas la vieillesse qui les avoit ainsy rendus changez... mais c'estoient les ennuits, tristesses et maux qu'elle avoit endurez en son royaume et en sa prison. »

Le corps fut porté en sa chambre, embaumé sans grand soin et enfermé dans un cercueil de plomb. « La revesche, dont l'eschaffaut estoit couvert, rnesme les aisses(I)d'iceluy,

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