‹ Marie StuartChapitre 104 sur 107 · CHAPITRE VINGTIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE VINGTIÈME

le pavé de la maison et toutes aultres choses assoulées de son sang, furent incontinent, une partie bruslez, une partie lavez, de peur qu'au temps advenir, ils ne servissent à superstition, c'est-à-dire de peur qu'aucuns catholiques soigneux ne les vinssent un jour à achepter ou recueillir avec respect et honneur et révérence (quelle crainte, qui pourra servir possible de prophétie et augure !), comme les bons pères anciens avoient de coustume de garder les reliques et observer avec dévotion les monuments des martyrs »

Le récit de l'exécution fut immédiatement apporté à Elisabeth qui feignit, pendant quatre jours, de n'en rien savoir, et qui se laissa ensuite aller à tous les emportements d'une grande colère. Elle accusa violemment ses ministres de l'avoir trompée, en remplaça plusieurs, prit le deuil, chassa Burleigh, Leicester, Hatton, et fit mettre Davison à la Tour.

Elle ne trompa personne ni en Angleterre, ni en Europe. Ce ne fut qu'une indigne comédie de plus dans cette vie où le ridicule et l'odieux se côtoient sans cesse et où l'hypocrisie domine toujours. Ses victimes momentanées reprirent bientôt le poste qu'elle ne leur avait enlevé que pour donner le change sur l'auteur véritable de cette grande infamie.

Le 31 juillet 1587, le corps de Marie fut transporté dans la cathédrale de Pétersborough et inhumé dans le chœur, en face de celui de Catherine d'Aragon, première femme de Henri VIII.

En 1607, Jacques Ier, roi d'Angleterre, fit déposer sa mère à Westminster dans un monument que lui éleva sa tardive piété filiale.

Ainsi s'est terminée l'existence de cette femme si belle et si aimable, si richement ornée de tous les dons de l'esprit et si grande par le cœur. Elle a été pour son temps et pour le nôtre, malgré d'indignes calomnies, digne de pitié pour ses longues infortunes, d'admiration pour son courage, de respect pour la dignité de sa conduite, et de vénération pour la fidélité invincible qui a fait de sa vie et de sa mort, à cause de son inébranlable attachement à la foi] un martyre.

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